Voilà huit ans que la controverse sur l'affaire Al Doura n'en finit pas de rebondir. Au point de rendre de plus en plus délicat un examen rationnel de l'histoire.
Rappelons-en les termes : France 2 diffuse, ce jour-là, des images d'un père et de son petit garçon apeuré, blottis contre un parapet [?] tandis que retentit la mitraille. Le commentaire présente ces images comme celles de la mort en direct d'un enfant palestinien tombé sous les balles de l'armée israélienne. Elles vont faire le tour du monde, devenant vite une arme de propagande palestinienne pour dénoncer la cruauté de l'occupant israélien.
Au départ, Israël ne conteste pas cette version des faits. Si l'armée israélienne ne massacre évidemment pas les enfants palestiniens par sadisme, il est arrivé, à plusieurs reprises, que la guerre urbaine que lui livrent les Palestiniens fasse de jeunes victimes, comme l'a rappelé Rony Brauman. Pour l'état-major israélien, Mohammed Al Doura n'est malheureusement qu'un dérapage de plus. Regrettable, mais finalement assez banal [1].
Enderlin bouc émissaire ?
Huit ans plus tard, il apparaît comme probable que la version des faits présentée par France 2 et par des dizaines de télévisions étrangères ait été fausse, voire manipulée. Mais toute version équilibrée et tout débat serein [ont] été rendu[s] impossible[s].
Pour les défenseurs de Charles Enderlin, journaliste israélien, auteur du commentaire des images de France 2, un procès inique tend à faire [de lui] le bouc-émissaire d'un reportage, alors que la plupart des télévisions du monde ont diffusé les mêmes images [2]. Ils dénoncent les persécuteurs d'Enderlin, qui n'hésiteraient pas à affirmer que «Al Doura est vivant et vendrait des fruits sur un marché de Gaza», thèse qu'on a du mal à retrouver sur le Net [3].
Communautarisation de l'affaire
Ne revenons pas sur les faits, même si la démonstration présentée lors de cette conférence de presse par Gil Mihaely, de causeur.fr, est très convaincante; [elle] s'appuie [en effet], sur les rush[e]s de France 2 visionnés par la cour d'appel du tribunal de Paris qui a débouté Charles Enderlin et la chaîne publique de sa plainte contre ses accusateurs, Philippe Karsenty et son agence Media-ratings.
Ce qui nous intéresse ici est d'aborder une autre question : alors que l'affaire Al-Doura relève des débats sur les médias et le fonctionnement des images, la controverse a pris une tournure essentiellement communautaire et idéologique : on est, avec Al-Doura et les Palestiniens, ou bien avec les extrémistes sionistes les plus patentés [4]. L'entrée du CRIF dans l'arène accentue cette communautarisation : pourquoi une association juive de France se lance-t-elle seule dans ce combat ?
Les raisons en sont à la fois évidentes et désastreuses :
2) On comprend l'explication de Richard Pasquier [sic], le nouveau président du CRIF : c'est parce que la diffusion des images du petit Al-Doura a fortement contribué à la flambée antisémite en France et dans le monde entier, au début de la deuxième Intifada rappelons-nous comment certains manifestants extrémistes s'étaient emparés de cette affaire pour vilipender «le sionisme assassin», voire les Juifs criminels , que le CRIF a décidé d'entrer dans cette bataille. Mais cette décision, pour compréhensible qu'elle soit, n'en aboutit pas moins à une catastrophe : donner l'impression qu'en France, la question de l'antisémitisme ne concerne plus que les Juifs.
À l'évidence, cette affaire ennuie tout le monde. Les journalistes n'ont pas envie de décortiquer les pratiques du reportage «de guerre», et en particulier celles d'un confrère plutôt estimé, Charles Enderlin. Les hommes politiques n'ont pas envie, dans le contexte actuel, où les passions anti-sionistes semblent s'être un peu apaisées en France depuis 2003, de raviver le conflit politico-communautariste, à l'heure où pourrait se négocier une nouvelle phase de la feuille de route.
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Notes de la Rédaction d'upjf.org
[1] L'auteur de cet article insinue que c'est ce qu'a dit Rony Brauman. Ce n'est pas du tout le cas. Ce dernier écrivait dans l'article cité : "La mort de Al Doura, tué par un inconnu lors dun échange de tirs entre résistants et occupants aurait pu nêtre [et non pas "n'est"] quun dommage collatéral [et non "un dérapage"] parmi dautres, regrettable et fugace [et non "banal"].
[2] "...alors que la plupart des télévisions du monde ont diffusé les mêmes images"... Un comble, surtout quand on sait [mais Marianne le sait-il?] que ces "télévisions du monde" [entier] ont diffusé ces images parce que France 2 leur a fait savoir qu'elle en permettrait la diffusion à toute chaîne qui en ferait la demande, et sans contrepartie financière !
[3] Et pourquoi ne pas dire franchement que cette expression ne figure dans aucun média traditionnel ou électronique, et qu'elle n'est évoquée que pour discréditer les contradicteurs et les critiques d'Enderlin et de France 2 ?
[4] Comprenez: les contradicteurs sont TOUS des extrémistes sionistes... patentés. A ce compte, en jetant, lui aussi, le doute sur l'authenticité du reportage contesté, Elie Barnavi, l'ancien ambassadeur d'Israël en France, membre de la gauche israélienne, soutien inconditionnel du "camp de la paix" et partisan des accords d'Oslo, prouverait qu'il est un extrémiste sioniste patenté.
[5] L'auteur de cet article n'est apparemment pas au fait de l'actualité. A l'en croire, en effet, France 2 serait prête à collaborer [à la commission d'enquête]. Or, Arlette Chabot elle-même affirme le contraire dans une interview récente accordée à RCJ, la Radio Communautaire [...horreur!] juive; interview à laquelle je me permets de le renvoyer ("A. Chabot, sur la défensive, au micro de RCJ: commission al-Dura, oui, mais sans le CRIF!").
[6] "Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti" (Albert Camus).
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Mis en ligne le 8 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











