18 juin 2008
Libre opinion parue sur le site Die Achse des Guten (L'axe du bien)
Traduction française par Luc Rosenzweig
Ce moment, il l'avait attendu depuis six ans. Six ans, au cours desquels on avait fini par le considérer comme un exalté de plus en plus isolé, de qui même ses plus chauds partisans commençaient à douter, et lui suggéraient doucement d'abandonner la lutte. Mais pour
Le tribunal parisien ne se prononce pas sur la question d'une éventuelle falsification. Nous ne connaissons donc toujours pas la vérité sur l'affaire Al Dura. Mais l'arrêt prononcé fait tout de même date dans l'histoire des médias. Karsenty est parvenu à ce que le doute, formulé à propos cette histoire de martyr, ne soit plus rejeté d'un revers de la main comme une vulgaire propagande israélienne. Mieux, la justice a stigmatisé ce qui est la caractéristique de la couverture médiatique du conflit du Proche-orient: la crédulité et la complaisance avec lesquelles les médias occidentaux se laissent embarquer dans la propagande palestinienne. On se sert des journalistes occidentaux comme passeurs d'images qui viendront s'imprimer dans les cerveaux. Comme elles sont spectaculaires et confirment les préjugés des téléspectateurs, on peut se permettre les falsifications les plus grossières sans être démasqué. Et même lorsqu'elles sont démenties sans appel, elles restent imprimées dans la conscience collective. Ainsi, on trouve dans Google plus de 43000 occurrences de l'expression "massacre de Jénine", parmi lesquelles, seule une toute petite minorité s'attache à corriger ce mensonge propagandiste. Entre temps, même les autorités palestiniennes ont reconnu qu'il n'y avait pas eu, en avril 2002, plus de 500 Palestiniens tués comme ils l'avaient d'abord prétendu, mais 52, dont 14 civils. Même chose pour les prétendues fosses communes: la commission d'enquête de l'ONU, Amnesty international et Human Rights Watch n'en ont pas découvert la moindre trace. Mais la révélation de la vérité n'a pas sensiblement modifié le mythe médiatique du "massacre de Jénine"
"Les mots ne peuvent rien contre les images", avait alors dit Olivier Rafowicz, à l'époque, porte-parole de l'armée israélienne, pour expliquer l'attitude peu coopérative de l'Etat d'Israël dans la recherche, par des journalistes, de la vérité dans l'affaire Al-Dura. De toutes façons, l'image restera la plus forte, et les gens ne voudront pas savoir ce qui s'est réellement passé. La couverture au jour le jour du conflit semble lui donner raison. C'est le cas pour Jénine, et cela s'est reproduit en juin 2006, lorsque la marine israélienne fut accusée d'avoir exterminé, par un obus tiré du large des côtes de Gaza, sept membres d'une même famille qui pique-niquait tranquillement sur la plage. Là encore, les preuves apportées ultérieurement étaient sans équivoque: cette famille avait été victime d'un engin tiré par le Hamas. Mais l'effet médiatique n'en fut que très peu modifié.
On peut ajouter à cette liste des exemples de faits semblables établis lors de la guerre du Liban en juillet 2006, ou à l'occasion du blocus de Gaza au début de l'année 2008. On a pu voir ainsi le gouvernement de Gaza siéger à la lueur des bougies, et des couveuses pour bébés prématurés dans l'incapacité de fonctionner. On avait tiré les rideaux de la salle de réunion gouvernementale pour masquer la lumière du soleil et diffuser à travers le monde une photo dramatique. A l'hôpital, derrière les couveuses apparemment hors service on pouvait apercevoir des appareils de monitoring en parfait état de fonctionnement. On pourrait aligner indéfiniment ces exemples de la guerre de propagande. Mais l'affaire Mohammed Al-Dura est un cas à part: l'image de l'enfant sans défense, dans les bras de son père, s'est imposée comme l'icône de l'Intifada. Le jugement de Paris pourrait bien contribuer à ce qu'elle devienne, en Occident au moins, le symbole de "Pallywood", de la mise en scène d'images de propagande avec l'intention de manipuler les médias. Mais pour cela, il faudrait que soit résolue l'énigme de ce qui s'est réellement passé le 30 septembre 2000.
Huit ans plus tard, il subsiste plus de questions et de doutes qu'à l'époque où les faits se sont déroulés. Quelle est la longueur exacte du matériel filmé ? Que peut-on y voir ? Est-ce que Mohammed a réellement été tué par balles? Charles Enderlin, le correspondant qui a diffusé cette scène dans le monde entier, n'était pas sur les lieux. Il se base sur les déclarations de son caméraman, Talal Abou Rahma, lorsqu'il affirme, dans son commentaire:
« L'enfant est mort et son père grièvement blessé ».
Mais, déjà à l'époque, les images diffusées n'en fournissent aucune preuve: on ne voit aucun tir, ni la moindre goutte de sang.
France 2 a toujours affirmé avoir présenté l'ensemble des images du "drame", filmées ce jour là. C'est faux. La prétendue dernière image, sur laquelle Charles Enderlin affirme : « Mohammed est mort » n'est pas la dernière image tournée. On a coupé au moins dix secondes montrant le père et son fils, dans lesquelles on peut voir Mohammed, déclaré mort, lever la tête et lancer un regard vers la caméra. Ces images ont été montrées pour la première fois dans la salle de la Cour d'appel de Paris, le 14 novembre 2007. Une petite pierre de la mosaïque à partir de laquelle on pourra peut-être un jour reconstituer l'ensemble de la fresque... Le chemin vers la vérité est encore long, et la particularité de cette "affaire" est qu'elle en soit devenue une, en dépit de l'apparente clarté des faits.
« Les Arabes n'auraient eu aucune raison de tirer sur lui, car c'était un Arabe comme eux »,
a déclaré Abdelrazak El Masri, le médecin de Gaza. En conséquence il n'a pas jugé utile de procéder à une autopsie.
« Quand tout le monde est d'accord sur l'identité des coupables [les soldats israéliens NdT], on ne fait pas d'enquête »,
ajoute le général Saïb Ajez, chef de la police de Gaza, qui n'a collecté aucun indice. La collecte des munitions aurait ainsi pu donner des indications sur les armes automatiques qui les avaient tirées, les kalachnikovs des Palestiniens ou les M16 des Israéliens. Cette question n'a, à l'époque, intéressé personne. L'opinion publique mondiale s'est comportée comme le médecin et le chef de la police. Ceux qui voulaient en savoir plus long, qui enquêtaient de manière opiniâtre furent soupçonnés de poursuivre un objectif politique. France 2 menaçait de poursuites judiciaires tous ceux qui mettaient en doute l'authenticité du reportage. Mais toutes les tentatives d'étouffer dans l'oeuf ce questionnement échouèrent. La scène avait acquis une trop grande force symbolique. Pour les uns, c'était une scène-clé de la guerre des images. Pour les autres cétait la preuve visible de la politique criminelle d'occupation menée par Israël, qui légitimait le combat pour l'anéantissement de "l'entité sioniste".
Ce dernier message fut propagé par d'innombrables vidéoclips diffusés par la télévision palestinienne. On pouvait voir les images tournées par Talal Abou Rahma, dans lesquelles on avait inséré celle dun soldat israélien en position de tir. Bien que ce soldat ait été filmé à un tout autre moment et dans un tout autre lieu, il était nécessaire de l'ajouter pour donner aux images le caractère univoque qui leur manquait. Le monde arabe n'avait pas besoin de preuves supplémentaires. De nombreuses rues et places reçurent le nom de Mohammed Al Dura, des films, des chansons et des poèmes glorifiaient le martyr, on édita des timbres et même du papier toilette à son effigie. Des manifestants furieux exigaient la destruction d'Israël. A la télévision et sur Internet, dans les prêches du vendredi et dans des tracts, les musulmans étaient appelés à venger Mohammed Al-Dura. Cet appel fut suivi d'effet lors de l'horrible décapitation du journaliste Daniel Pearl. Dans la vidéo de son exécution la "sentence de mort" prononcée contre lui est justifiée comme un acte de vengeance contre "l'assassinat" de Mohammed Al Dura.
Jusqu'à aujourd'hui les enfants et les adolescents de Palestine sont invités à venger le "martyr Mohammed Al-Dura" et à suive son exemple. Le jeune Mohammed Besharat, était âgé de quinze ans et habitait le village de Tamun, en Cisjordanie, lorsqu'il vit ces images. Moins d'un an plus tard, il monte dans un autobus en Israël avec une ceinture d'explosifs pour commettre un attentat-suicide. Mais le chauffeur du bus parvient à le persuader de ne pas actionner le détonateur, lui sauvant ainsi la vie et celle des passagers. Quatre ans après les faits, interrogé sur ses motivations, le jeune homme répond:
« Regardez donc Mohammed Al Dura! Qui peut admettre qu'un petit garçon de sept ans soit assassiné et que personne ne fasse rien! Je voulais faire quelque chose pour défendre ma patrie, me défendre moi-même. Un jour je serai la victime de ces gens ».
Il n'y a aucun doute, pour Mohammed Besharat, sur la nationalité de "ces gens" dont Mohammed Al-Dura a été la victime. Il ne connaît que la version palestinienne de l'histoire.
C'est avec cette "vérité" comme bagage, que Jamal Al-Dura, le père de Mohammed, a sillonné le monde comme ambassadeur de l'Intifada. Il est, depuis longtemps, devenu un VIP dans le monde arabe. Il voyage en première classe et est traité comme un chef d'état. Il raconte, encore et encore, ce qui se serait passé le 30 septembre 2000 au carrefour de Netzarim à Gaza. Il a même été jusqu'à Durban pour décrire, lors de la grande conférence sur le racisme de l'ONU, comment son fils avait été assassiné par les soldats israéliens. Talal Abou Rahma est, lui aussi, l'hôte apprécié de manifestations internationales, où il raconte, de manière impressionnante, comment, au péril de sa vie, il a tourné ces images exceptionnelles. Il fut sacré caméraman de l'année 2001, lors du festival de photojournalisme de Perpignan.
Mais qu'a réellement tourné Talal Abou Rahma et durant combien de temps ? Pendant sept ans, France 2 a parlé de 27 minutes se trouvant sur la cassette de tournage. Lorsque celles-ci durent être présentées publiquement sur l'injonction de la Cour, les représentants de la chaîne déclarèrent, devant un public médusé, qu'ils s'étaient trompés, et qu'il n'y avait que 18 minutes. Et celles-ci, au premier regard étaient si peu spectaculaires qu'on se demandait pourquoi, diable, France 2 les avait, jusque-là, gardées sous clé. On peut y voir des jeunes gens jetant des pierres et des cocktails Molotov sur le poste militaire israélien, sans réaction perceptible des soldats. On pouvait également y voir des scènes " for camera only" [uniquement pour la caméra], que seuls les observateurs avertis pouvaient reconnaître comme telles. Les soldats israéliens appellent "For camera only" les pratiques consistant à mimer des blessures imaginaires et l'organisation de ballets d'ambulances venant évacuer ces prétendus blessés. Enfin, on pouvait voir, pour terminer, la séquence bien connue du père et du fils. Et pour la première fois les dix dernières secondes où l'enfant prétendu mort lève la tête et jette un regard vers la caméra. Charles Enderlin avait d'abord affirmé que tout ce qui avait été tourné de cette scène avait été diffusé. Plus tard il ajouta qu'il avait coupé, au montage, un plan montrant l'atroce agonie de l'enfant. De cette agonie, on n'a rien pu voir sur les images présentées à la Cour. Qu'en est-il exactement ? Ces "rushes" présentés comme complets ne le seraient-ils pas ? Ces images "atroces" existent-elles vraiment ?
La liste des questions et des contradictions n'a cessé de s'allonger. Cependant, une chose est sûre: la version présentée est, de toutes, la plus invraisemblable. C'était déjà la conclusion à laquelle nous étions parvenus dans notre documentaire de l'ARD [Première chaîne de télévision allemande], réalisé en 2002 « Trois balles et un enfant mort - Qui a tué Mohammed Al Dura? » [*]. Déjà, à l'époque, il était clair que les choses ne s'étaient pas déroulées comme on l'avait dit. Reste à savoir comment les choses se sont réellement passées.
Esther Schapira
© Die Achse des Guten
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Note de la Rédaction dupjf.org
Pour la vidéo du film, cliquer ICI. Une transcription française intégrale du script du film a été réalisée par Menahem Macina.
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[Texte aimablement signalé par Roseline.]
Mis en ligne le 6 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











