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A. Chabot, sur la défensive, au micro de RCJ: commission al-Dura, oui, mais sans le CRIF!
Agressive, coupant fréquemment la parole, incapable de cacher la colère que lui inspirent ses critiques, Madame Chabot, interviewée sur l’antenne de RCJ par un Shlomo Malka, pourtant courtois et modéré, a donné d’elle-même une image extrêmement antipathique, que les auditeurs ne sont pas près d’oublier. Thème de l’interview : la commission d’enquête préconisée par le CRIF, et plus précisément la conférence de presse y afférant. Durant la vingtaine de minutes de l'interview, la directrice de l’Information de France 2 fulmine l’excommunication majeure contre Richard Prasquier, coupable, siffle-t-elle, courroucée, d’avoir «présenté cette conférence de presse avec des gens qui sont nos accusateurs». Et la dame d’ajouter, impérieuse : «il n’est pas tout à fait neutre dans cette affaire». J’ai transcrit le plus scrupuleusement possible cet échange, tendu, souvent chaotique, d’où il ressort – en doutiez-vous ? - que France 2, Charles Enderlin, et Talal Abu Rahma sont au-dessus de tout soupçon, et que, par contraste, leurs détracteurs, ou critiques, sont de sinistres coquins. L’audition de l’enregistrement [*] est indispensable à la perception du climat. Attention : gros temps ! (Menahem Macina).
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[*] Pour écouter le mp3, cliquer ici.

 

3 juillet 2008

 

Transcription : Menahem Macina, pour upjf.com

 

Cliché emprunté au Blog Bakchich


Shlomo Malka : Le conseil Représentatif des Institutions juives de France souhaite une commission d’enquête indépendante sur l’affaire Mohammed Al-Dura. En ligne avec nous, Arlette Chabot, directrice de l’information sur France 2. Arlette Chabot, Bonjour. Merci d’avoir accepté notre invitation…

-          Merci à vous…

-          en dépit d’une actualité, j’imagine, très chargée, avec la libération d’Ingrid Betancourt. Alors, nous revenons, avec vous, Arlette Chabot, sur un épisode ancien, dont nous avons déjà parlé ensemble, mais qui ressurgit avec un procès en diffamation, une pétition du Nouvel Observateur, et la conférence de presse du CRIF, hier [1]. Donc, ce fameux reportage diffusé par France 2, le 30 septembre 2000, il y a bientôt 8 ans, sur la mort du petit Mohammed al-Dura dans les bras de son père, au carrefour dit [de] Netzarim, Richard Prasquier, le président du CRIF, réclamait hier, dans une conférence de presse, une commission indépendante pour examiner les faits, en soulignant qu’il y avait un certain nombre de choses troublantes. Est-ce que France 2 est d’accord pour contribuer à ce que les faits soient réexaminés ?

-          Nonצ mais, moi je répète depuis 4 ans que je dirige l’information de France 2 et étant le troisième directeur de l’information de France 2 à gérer cette affaire, que nous n’avons rien à cacher. Je le dis et je le répète, et j’aimerais bien que ce soit entendu une fois pour toutes. Maintenant, qu’est-ce que ça veut dire une commission d’enquête ? Je voudrais simplement – je ne sais pas si vous l’avez vu… hier soir, il y a eu un communiqué du ministère israélien des Affaires étrangères, qui rappelle – et je vais vous lire le communiqué et franchement il a été publié, je l’ai découvert hier soir :

"L’Etat d’Israël soutient tous les efforts qui peuvent être déployés dans le but de dévoiler la vérité dans la tragique affaire « Mohammed al-Dourah ». Israël rappelle que les autorités de Tsahal avaient enquêté sur les circonstances de cette tragédie. Le rapport, publié en novembre 2000, avait établi l’incertitude - l’incertitude, i – n - certitude - quant à l’origine des tirs."

Voilà [2]. Donc, quand moi j’entends parler d’une commission d’enquête, alors, je vois bien la réponse déjà : cette commission d’enquête, de toute façon, sur l’origine des tirs, n’a pas de sens. L’enquête a déjà eu lieu. Voilà. Et, deuxièmement, le problème que nous avons avec ceux qui nous accusent, c’est de dire que cette scène a été jouée, que l’enfant que nous voyons sur ces images n’est pas mort, vit aujourd’hui à Gaza, et que le père n’a jamais été blessé. Alors, il y a d’abord une chose que j’attends depuis 4 ans, c’est qu’on me donne la preuve de vie de cet enfant. Où est-il ? Qu’on nous le montre. Bon. Deuxièmement, nous, nous avons proposé, à plusieurs reprises, de façon tout à fait publique, même lors de l’audience de notre procès, nous avons proposé deux choses : nous avons dit que le père de l’enfant, qui a déjà montré ses cicatrices publiquement – et nous avons montré les images -, accepte de se soumettre à une expertise de médecins qui pourront confronter les cicatrices d’aujourd’hui avec les radios qui ont été montrées, à l’époque, et puis, qui pourront ensuite être confrontées ne serait-ce qu’aux images de sortie de l’hôpital palestinien où il a été soigné, et même le bulletin médical de l’hôpital militaire jordanien, dans lequel il a été également soigné, et où il a reçu la visite du roi Abdallah de Jordanie. Donc, voilà, le père accepte ça. Et deuxièmement, le père accepte aussi que le corps de son fils soit exhumé à Gaza, puisque il a évidemment une tombe, et qu’on procède à des tests, au moins en paternité – c’est-à-dire des tests ADN – et qu’on voie si on peut établir – parce que, effectivement, je ne sais pas (et pardonnez-moi, je trouve ça extrêmement choquant) sur ce qui peut rester de son fils – qu’il y a des traces, des preuves, que son gamin a été tué par balles. Voilà. Si nous nous l’avons vu, ça, je ne veux pas…

-          Alors, est-ce que vous êtes – Arlette Chabot, est-ce que vous êtes prête à discuter avec, euh, à dialoguer avec le président du CRIF au sujet de cette commission indépendante, faire en sorte qu’elle soit mise en place et qu’elle puisse, je veux dire, euh, découvrir la vérité en procédant aux examens nécessaires, en interrogeant qui bon lui semblera, etc. ?

-          Je vais vous dire, Monsieur, y’a juste un tout petit problème. C’est que le président du CRIF, quand il fait une conférence de presse – je respecte infiniment le CRIF, hein, c’est pas du tout, euh, le problème – mais, moi je regrette infiniment que, lorsque le président du CRIF fait une conférence de presse pour demander une commission d’enquête, et encore une fois, en général, et après il faut, après, voir sur quoi on enquête. Voilà… Quand je vois que le communiqué israélien dit "tragédie", j’ai l’impression que la tragédie ça veut quand même dire qu’il s’est passé quelque chose…

-          Mais personne n’a jamais nié que c’était une tragédie.

-          Ah, mais si, Monsieur, parce que quand on me dit que l’enfant est vivant et qu’il est rentré chez lui, après, les mains dans les poches[3]

-          Ça n’est pas, euh, ça n’est pas ce qu’a dit Richard Prasquier.

-          Non, mais simplement Monsieur Prasquier est entouré de gens qui disent ça. Voilà. Il a fait une conférence de presse…

-          C’est possible, mais c’est lui qui a fait la conférence de presse…

-          [Sur un ton aigu] Non, non, non, non ! Attendez, moi je suis très précise. Il a fait une conférence de presse. Il n’a pas tenu lui-même ces propos, mais il fait, il présente cette conférence de presse avec des gens qui sont nos accusateurs. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que forcément – j’en suis navrée -, il n’est pas tout à fait neutre dans cette affaire[4].

-          [Inaudible]

-          Moi, j’accepte tout à fait – d’ailleurs, j’ai déjà rencontré Monsieur Prasquier, et je lui avais déjà fait cette proposition, parce que commission d’enquête, je lui avais dit que sur les tirs, ça n’avait pas de sens, et le communiqué israélien d’hier, évidemment, dit la même chose [5]

-          C’est quand même en contradiction…

-          …en plus, c’est pas mon problème…

-          …c’est quand même en contradiction avec… Vous-même, d’ailleurs, vous nous aviez dit, ici même : On ne saura jamais d’où viennent…

-          [Cri] Eh bien, oui…

-          mais jamais… les tirs

-          …oui…

-          mais jamais : c’est contradictoire avec…

-          Pas du tout…

-          … la position qui a été celle de Charles Enderlin : de de de dire, euh, que les tirs provenaient, euh, que l’enfant a été pris, euh, comme cible de tirs provenant de la position israélienne…

-          Non, mais comme…

-          …c’est, d’ailleurs, la position

-          vous avez sûrement… vu l’enfant… [les deux protagonistes parlent en même temps, mais la voix de Chabot est plus forte]

-          Pardonnez-moi, est-ce que j’ai une chance de vous répondre ?…

-          [Inaudible]

-          [Agressive] C’est une question, ou c’est une polémique ? [6]

-          Pas du tout, non…

-          Sinon c’est un débat, c’est autre chose. Je suis navrée, mais vous avez sûrement vu, dans les jours qui ont suivi – c’est-à-dire dès le lendemain –, l’interrogation, le compte-rendu justement de l’enquête de Tsahal, avec le porte-parole de Tsahal, qui disait qu’effectivement, la conclusion de l’enquête était qu’on ne pouvait pas déterminer [si les tirs étaient palestiniens ou israéliens] – nous l’avons diffusé nous-mêmes à l’antenne, à l’époque [7]. Voilà, donc…

-          L’embêtant, c’est que la pétition du Nouvel Observateur, euh…

-          Non mais, monsieur, je n’ai pas…

-          qui soutient Charles Enderlin reprend l’idée que les tirs venaient…

-          [Les deux parlent en même temps, mais Chabot prend le dessus avec sa voix forte] …le problème, aujourd’hui, n’est pas les tirs. Le problème est : est-ce que cette scène est jouée ? Parce que si ça veut dire qu’il y a des tirs, ça veut dire que le gamin, de toute façon, est mort. Donc, aujourd’hui, on me dit quoi ? On me dit que cet enfant est vivant, et que le père, ce sont des blessures-bidon. Voilà, donc. Et que la scène est bidon. Donc, le problème, il est là. L’accusation, elle est là, aujourd’hui. Donc, moi je vous dis deux choses, c’est ce que je répète inlassablement depuis 4 ans : Un, je n’ai rien à cacher, s’il y a eu faute, elle sera sanctionnée. Deux, j’attends la preuve – j’attends une preuve, parce que, au bout d’un moment, on ne peut pas toujours accuser sans preuve, il faut donner la preuve de ce qu’on avance ; la preuve que cette scène a été jouée, c’est quoi ? - le gamin est vivant ? Je vous promets que, s’il est vivant, il sera l’invité du journal de 20 heures de France 2, on fera un immense reportage, je présenterai des excuses au nom de la Rédaction de France 2, et nous prendrons des sanctions. J’attends qu’on me montre cet enfant dont on me parle depuis 4 ans [8]. Troisièmement…

-          Vous l’avez dit effectivement…

-          Ben oui, je l’ai dit…

-          … au Figaro, mais, est-ce que vous feriez la même chose si on découvre qu’il n’y a pas eu de blessures par balles, par exemple, sur Jamal al-Dura, le père ?

-          Mais, Monsieur, j’ai déjà montré des photos, euh, du père qui – pardonnez-moi – se déshabille pour montrer les cicatrices ; et je viens de vous dire que le père accepte qu’il y ait une expertise. Et nous sommes tout à fait, ça nous avons, je vous l’ai déjà dit, faisons une expertise avec des médecins qui sont indépendants et qui diront, ben, euh, voilà comment ce type a été blessé ; voilà les certificats médicaux, puisqu’il existe des certificats médicaux, qui ont été produits par des médecins palestiniens et jordaniens, sur la qualité des blessures et les séquelles qu’il a aujourd’hui. Voilà, je veux dire, moi je ne peux pas dire plus. Il y a longtemps que je dis : évidemment faisons ça. Maintenant…

-          (Ils parlent en même temps) : Alors qu’est-ce qui empêche de le faire dans le cadre d’une commission…

-          Ben…

-          …puisque Richard Prasquier a dit – vous aviez quelqu’un de France 2 qui a assisté à la conférence de presse, donc, on a dû vous le dire -, il a dit : ça dépasse le cas de Charles Enderlin. C’est pas n’importe… tout journaliste peut se tromper. Il n’est à l’abri de critiques. Nous souhaitons simplement connaître la vérité. Est-ce que vous êtes contre cela ?

-          Non, mais moi je vous dis la même chose. Je dis simplement que je ne peux pas m’associer à la démarche de quelqu’un qui porte les accusations de gens contre lesquels nous sommes en procès, parce que je vous signale que la procédure n’est pas terminée : nous avons déposé un pourvoi en cassation. Donc, la procédure n’est pas… donc je suis infiniment désolée de dire que, s’il y a des personnes qui, en toute indépendance, qui ne sont pas liées, qui ne prennent pas parti, qui ne font pas une conférence de presse avec nos accusateurs, peuvent effectivement, avec nous, travailler sur la composition d’une équipe médicale, française, américaine, anglaise, ça m’est complètement égal, qui pourraient se livrer à cette expertise dans n’importe quel hôpital, etc.

-          Eh bien, écoutez, enfin, vous n’êtes pas…

-          Mais je ne peux pas…

-          … parce que, là encore…

-          [une fois de plus A. Chabot essaie de couper la parole] …non mais à côté [confus]

-          …là encore, la proposition que fait le CRIF n’a rien à voir avec les problèmes entre Monsieur Karsenty et…

-         Si, Monsieur, parce que…

-          … et France 2...

-          Non, non, mais attendez

-          ça n’est pas un combat…

-          On peut discuter jusqu’à l’infini. Je ne peux pas accepter, et je regrette infiniment que, lorsque le président du CRIF [9] – et je ne veux pas polémiquer avec le CRIF, qui est une institution éminemment respectable, évidemment, et je peux moi-même, je me rends, euh, chaque année, à ce qu’il est convenu de définir ce fameux dîner, parce que je respecte cette institution, je respecte ceux qui sont membres de cette institution, et je respecte ce qu’elle représente, et évidemment je respecte la communauté dans son ensemble… J’ai juste un souci de responsabilité, moi aussi j’aimerais que tout le monde ait ce souci, et je ne veux pas – et je ne comprends même pas comment une institution aussi respectable, pardonnez-moi de le dire, et pour laquelle, donc, encore une fois, dont je mesure l’importance, peut relayer des accusations sans preuves. Voilà, ça, ça me choque beaucoup. Donc, je comprends et j’ai déjà encore une fois discuté avec Monsieur Prasquier, donc, je lui ai déjà fait ces propositions, dont visiblement il n’a pas tenu compte, et après, il a basculé et, pour moi, pris position pour un autre camp. Et j’en suis infiniment désolée. Donc, s’il y a des personnalités qui, en dehors de cette institution, acceptent un vrai dialogue, acceptent qu’on travaille ensemble, je le ferai volontiers, parce qu’ils ne seront pas – comment dirais-je ? – des relais d’accusateurs, de gens qui nous mettent effectivement[10]

-          Mais enfin, c’est une proposition qui a été faite à France 2. Arlette Chabot, nous sommes 8 ans après cet événement…

-          Ah, j’en suis infiniment désolée…

-          …est-ce…

-          … je trouve ça grotesque…

-          est-ce que c’est illégitime, est-ce que c’est inimaginable de concevoir qu’il y ait une réflexion sur ces images, comment elles ont été montées, comment elles ont été montrées, les commentaires qui les accompagnent, ça pose quand même un certain nombre de problèmes, et qui…

-          Non, mais on peut… écoutez…

-          …on a posé des questions semblables sur la fausse interview de Castro, sur le SMS du Nouvel Observateur, sur des choses qui…

-          Bien sûr, on a même dit que les Tours jumelles de New York[11]

-          ...ont été dites par Sara Daniel [12] dans un reportage…

-          …mais, Monsieur, permettez-moi de vous dire qu’on dit même que ce sont les Juifs qui ont organisé les attentats du 11 septembre [13]. Voilà. Moi je refuse de me poser des questions là-dessus. Mais nous, on a tout donné nos images. On propose, euh, on a tout proposé, je les ai déjà montrées, j’ai déjà organisé une conférence de presse [14]. Simplement, j’aimerais que toutes nos images soient montrées, et pas une partie des images. Donc, nous les tenons à votre disposition. Nous avons fait une présentation de ces images. Nous avons une série de photos, qui sont des images arrêtées de l’ensemble de la prise [= séquence]. Donc, franchement, moi je n’ai... je suis en toute transparence, je ne dis pas qu’on ne peut pas s’interroger, je dis simplement, malheureusement…

-          D’autant, d’autant...

-          [Chabot continue à parler en même temps que S. Malka. Inaudible]... D’autant plus que vous n’étiez pas en poste à l’époque…

-          Justement…

-          Vous n’êtes pas en cause. Mais est-ce que France 2 ne se grandirait pas en acceptant une…

-          Non, mais attendez…

-          …une commission présidée par une personnalité – vous l’avez dit tout à l’heure – totalement, euh, une personnalité respectée, une personnalité

-          Mais, Monsieur

-          …indépendante…

-          faites-moi crédit [= l'honneur] d’écouter ce que je dis. Je dis…

-          Je vous écoute avec beaucoup…

-          Ça fait…

-          … d’attention…

-          plusieurs années que j’ai dit, y compris devant [le tribunal], à la dernière audience : que nous acceptons, euh, que le père l’accepte – donc, ce n’est pas moi qui l’accepte, parce que c’est le père, Monsieur Mohammed [15] al-Dura, [qui] accepte lui-même de se soumettre à une expertise. Ce n’est pas moi qui la demande. Ce n’est pas le président du CRIF qui pousse Monsieur al-Dura ; ça fait quand même à peu près 2 ans, voyant la polémique, dont il a [inaudible] été assez pénible, j’imagine, pour lui, il dit : j’accepte de me soumettre [aux expertises] – alors, attendez, je veux dire, donc, je ne suis pas dans les cordes, en train d’être obli… acculée à accepter quelque chose [16], j’ai moi-même proposé ça parce que le père l’accepte aussi. Donc, je, voyez y’a, y’a pas de souci. Simplement, j’aimerais que ce soit fait dans une démarche, qui est la nôtre, de transparence – vous l’avez dit, je n’étais pas directeur de l’information, à l’époque….

-          Absolument.

-          ...donc je n’ai pas couvert [l’événement] je suis tout à fait à l’aise avec cette affaire. Voilà. Donc, j’ai moi-même cherché la vérité. J’ai moi-même proposé effectivement, j’ai bien regardé les choses, j’ai interrogé les gens ; donc je suis tout à fait prête, parce que le père l’accepte, et j’ai fait ces deux propositions publiquement. Alors, après, je veux juste que ça soit fait, euh, une expertise soit réalisée, euh, avec des gens indépendants, et des gens qui n’aient pas, a priori, un avis sur le résultat, euh, de l’investigation [17]. Voilà…

-          C’est le…

-          C’est ce que je vous dis très tranquillement.

-          …vous ne pensez pas que c’est le cas de Richard Prasquier ?

-          [D’un ton las] Je vous répète, depuis hier, que la manière dont s’est déroulée la conférence de presse me perturbe beaucoup.

-          Très bien, écoutez… je…

-          Voilà…

-          …je vous propose, je vous propose d’aller plus loin, parce que, on a entendu ce que vous avez dit. Je pense qu’il y a tout de même certaines ouvertures, si vous me permettez, et donc, moi je propose euh, que, euh, RCJ vous fasse rencontrer et dialoguer avec Richard Prasquier…

-          [Avec précipitation] Je l’ai déjà vu, j’ai même déjeuné avec lui, il y a trois mois, je pense. Voilà, voyez. Donc, j’ai déjà déjeuné avec lui. Je lui ai expliqué tout le dossier, il y a plusieurs mois, et voilà, et j’ai malheureusement constaté que le CRIF, qui était jusqu’à présent dans une position, euh, j’allais dire, de respect du fonctionnement de la justice, puisqu’il y a une procédure en cours, ait changé d’attitude et pris position. C’est-à-dire qu’on n’est plus dans une interrogation, que je peux comprendre, que j’accepte tout à fait, mais que, maintenant, je ne voudrais pas qu’il soit le relais, euh, de nos accusateurs [18], contre lesquels, effectivement, il y a une procédure, euh, en cours. Voilà.

-          Vous avez vu quand même que des gens de bonne volonté, comme Elie Barnavi, ou quelqu’un comme Jean Daniel, qui était sur la position de la pétition, est revenu en demandant, en réclamant la même chose que le CRIF, c’est-à-dire ….

-          Alors, je me permets…

-          …une commission d’enquête indépendante…

-          …pardonnez-moi, je me permets de vous demander, notamment parce que je suis allée rencontrer Jean Daniel, il y a quelque temps, qui souhaite en parler avec Denis Olivennes, demandez-leur ce qu’ils ont conclu de notre conversation. Voilà. Cela ne m’empêche pas, moi, de dire que, si ça peut calmer les esprits, euh, j’accepte, encore une fois parce que le père lui-même l’accepte, qu’on procède à un certain nombre d’expertises. Mais vous savez, je pense qu’il faut, dans cette affaire, ce que je souhaite, c’est que l’on mette du rationnel [insistance dans le ton, sur ce mot], de la raison [même procédé] du calme, de la transparence – elle ne me gêne pas, pour les raisons que nous avons évoquées, je voudrais juste un tout petit peu de raison [insistance dans le ton, sur ce mot]. Et je pense que lorsque vous parlez, effectivement, d’un certain climat en France, que vous dénoncez [19], je comprends tout à fait votre inquiétude, et c’est pour ça que je prends cette affaire avec beaucoup de responsabilité. Et je ne veux en aucun cas participer à des opérations qui renforceraient un sentiment extrêmement odieux dans ce pays. Voilà. Et je prends ça avec beaucoup de responsabilité. Je ne veux pas aggraver les tensions. Je veux qu’on se calme. Je veux que tout le monde ait des propos responsables, parce que je déteste un certain climat qui paraît s’installer de temps en temps et qui vise une communauté juive que je respecte, et je ne veux pas participer, ou, en tout cas, par irresponsabilité, donner crédit à ceux qui veulent attiser les tensions.

-          Vous reconnaissez tout de même que ce reportage a fait un mal considérable ?

-          Mais, Monsieur, ce n’est pas… je veux dire… attendez… vous êtes… je ne peux pas accepter la formulation de la question [20]. Il y a des images qui ont, parce qu’elles ont été effectivement choquantes, mais, euh - comment dirais-je ? – créent une émotion dans le monde, comme d’autres images, comme la, le petit enfant vietnamien qu’on a vu pendant des années [21]. Voilà. Mais, attendez, euh, ça, c’est la médiatisation. Moi, je suis confrontée à quoi ? La Rédaction de France 2 est confrontée à une accusation de mise en scène. Donc, mettons du rationnel : c’est une mise en scène, ou est-ce qu’il faut parler d’une tragédie, comme le dit le gouvernement israélien ? Tragédie, ça veut dire quoi ? C’est quelque chose de grave qui s’est passé. Oui, cet enfant est devenu un symbole, parce que, parce que c’était un moment particulier, il y a toujours de l’émotion. Combien d’enfants israéliens ont été tués depuis, par des attentats commis par des organisations palestiniennes ? Combien d’enfants palestiniens ont été tués depuis 8 ans ? [22]. Il y a d’autres martyrs, des deux côtés. Voilà. Moi je respecte les martyrs. Je respecte ceux, heu, des, des, des, des… des, j’ai vu des parents d’enfants juifs français qui ont été accusés, voire maltraités, parce qu’il y a eu cette affaire al-Dura et des images qui ont choqué. Je respecte toutes les douleurs. Je respecte tout le monde. Je demande juste qu’on fasse preuve de rationnel, qu’on n’accuse pas sans preuve, qu’on ne jette pas, qu’on ne tente pas de jeter l’opprobre sur un certain nombre de gens,  et que si on peut amener encore du rationnel par de l’expertise sans préjugé, je l’accepte tout à fait.

-          Arlette Chabot, directrice de l’information sur France 2, merci d’avoir été avec nous.

 

Interview de Shlomo Malka, pour RCJ

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Voir : "Conférence de presse du CRIF sur l’affaire Al-Dura et une commission d’enquête à son propos".

[2] Bel exemple de citation tronquée pour en dissimuler la portée réelle. Voici la suite du Communiqué du Ministère israélien des Affaires étrangères, escamotée par Mme Chabot : "En tant qu'Etat démocratique qui respecte la liberté d'expression et la liberté de la presse quotidiennement et en toute circonstance, Israël appuie toute procédure à même de contribuer à établir la vérité que ce soit au regard de l'événement lui-même, ou que ce soit au regard de la manière avec laquelle la presse l'a couvert''. On ne saurait être plus clair. (Newsletter de l’Ambassade d’Israël, n° 275, du 3 juillet 2008). 

[3] Personne, évidemment, n’a jamais dit qu’après la fusillade, l’enfant al-Dura était « rentré chez lui… les mains dans les poches ». Le procédé est grossier, mais hélas efficace sur les esprits faibles ou déjà hostiles. Son but : ridiculiser les critiques du reportage de France 2.

[4] Comprenez : comment faire confiance à l’objectivité d’un président du CRIF qui côtoie un aussi dangereux émule de Thierry Meyssan, que Philippe Karsenty ?

[5] On se demande où Mme Chabot lit, dans le communiqué cité plus haut (voir note [2], ci-dessus] : qu’ « enquêter sur les tirs, ça n’a pas de sens ».

[6] Bonjour l’intimidation !

[7] La mauvaise foi est patente. Il arrive qu’une commission d’enquête parvienne à des conclusions qui sont rectifiées ultérieurement. En l’occurrence, Mme Chabot omet de préciser que l’armée, d’une part, et le directeur du Bureau de presse gouvernemental, d’autre part, ont, par la suite, émis la possibilité, voire la quasi-certitude que les tirs étaient palestiniens et non israéliens.

[8] Belle audace que celle qui consiste à affirmer que depuis quatre ans, Madame Chabot n'a cessé de répéter que France 2 n'a rien à cacher! On l'a vu quand des dizaines de personnes, y compris Tsahal, et enfin Philippe Karsenty, par voie de justice, n'ont cessé de réclamer une copie des rushes et se sont vu éconduits sous divers motifs fallacieux. Quant à la bravade: "J’attends qu’on me montre cet enfant dont on me parle depuis 4 ans", c'est une exigence peu sérieuse et même ridicule. Il va de soi que, si l’enfant a été 'exfiltré' des lieux de la fusillade après que la batterie de la caméra de Talal Abu Rahma se soit malencontreusement avérée épuisée (!!!), il y a peu de chances pour que, huit ans plus tard, l'enfant d'alors, qui, aujourd'hui, devrait avoir 20 ans environ, puisse être retrouvé, et plus encore qu'il se laisse convaincre d’aller se faire interviewer dans les studios de France 2. On se demande comment la directrice de l'information de France 2, qui, visiblement se prend très au sérieux, peut émettre un propos aussi incohérent.

[9] A. Chabot perd le fil et n’achève pas son propos concernant R. Prasquier.

[10] Toutes les tentatives de Shlomo Malka de "réconcilier" Mme Chabot et le Président du CRIF se heurtent à un mur têtu de déni. Pas de compromis. Comme dit plus haut, la dame ne parle ni ne collabore avec quelqu’un qui a, d’une manière ou d’une autre, partie liée avec l’un des "détracteurs" du reportage de France 2.

[11] Encore le coup du stigmate à la Meyssan.

[12] Il s’agit d’un reportage de la fille de Jean Daniel qui relayait les accusations palestiniennes de viol, par Tsahal de femmes palestiniennes, dans le but machiavélique de les faire tuer pour l’honneur de la famille. Voir : M. Macina, "Des guillemets qui tombent... mal". 

[13] Quel mauvais goût ! A. Chabot joue sur le registre de la connivence (de très mauvais goût), dans le genre : ça vous a révulsés, vous Juifs, d’être accusés d’avoir organisé l’attentat du 11 septembre, n'est-ce pas? Alors, vous pouvez comprendre ce que ressent France 2, accusée de faux reportage. En effet, le parallèle est saisissant. Une seule questio, Madame Chabot: Combien de morts ou de blessés, cette hyper-critique de votre reportage a-t-elle causés dans les rangs du personnel de France-Télévisions ?

[14] Mme Chabot ose parler de conférence de presse, alors qu'i ne s'est agi que d'une projection privée réservée aux journalistes Jeambar et Leconte, plus Rosenzweig (qui travaillait alors, la main dans la main, avec la Ména, à l'insu de Mme Chabot, qui l'eût expulsé si elle l'avait su), et à quelques 'huiles' de France 2. Plusieurs collègues m'ont confirmé que l'accès à cette prétendue "conférence de presse" était rigoureusement filtré, et que des gendarmes sont même intervenus pour refouler certains 'candidats au savoir' particulièrement incisifs qui se plaignaient à voix haute de cette ségrégation.

[15] Mme Chabot n’a visiblement pas suivi l’affaire de près : Mohammed al-Dura, c’était le fils ; le père se prénomme Jamal.

[16] Curieuse contre-attaque à une attaque qui n’a pas été formulée. Cette sortie en dit long sur la posture défensive pavlovienne de la directrice de l’information, de France 2.

[17] Donc quiconque a un avis sur le résultat de la Commission d’enquête est automatiquement disqualifié ? A ce compte, personne ne pourrait en faire partie, car tout le monde a un avis sur tout. La bévue serait comique, si elle n’était pas inquiétante. On comprend que dans un tel état de confusion mentale, Mme Chabot ne puisse être raisonnée et ait lancé le ban contre le CRIF et son président, malgré ses expressions, aussi dithyrambiques que racoleuses, d’appréciation de cette « institution éminemment respectable »…

[18] On peut dire ce qu’on veut de Mme Chabot, mais nul ne peut dire qu’elle n’a pas de suite dans les idées. Non M. Malka, vous ne me rabibocherez pas avec Monsieur Prasquier. Na ! Non, c’est non, foi de Chabot !

[19] Sauf erreur, il n’a pas été question de cela dans cette interview.

[20] A l’évidence, Mme Chabot est perturbée par cette question, pourtant légitime. L'affirmation de Shlomo Malka, n'est que la reprise de la réflexion de la Cour d'appel de Paris, selon laquelle "le film... a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région" (voir référence, ci-après, note [22]). Aussi se réfugie-elle, une fois de plus dans le déni ; mais cette fois, il est frénétique et accompagné de bégaiements, ce qui révèle que la question a touché là où cela fait mal. D’ailleurs tout ce paragraphe final est une logorrhée proche de l’incohérence. L’émotionnel y domine, ce qui ne laisse pas de détoner après les invitations réitérées à la "rationalité" qu’elle prodiguait à tout va, une minute auparavant. L’interview se termine en fiasco.

[21] L’allusion est, semble-t-il, au drame de la noyade, lente mais inexorable, retransmise en direct dans le monde entier, d’une petite fille dont les jambes étaient bloquées par des blocs de béton, suite à des inondations catastrophiques. La comparaison est d’ailleurs, scandaleusement inadéquate. La mort de la petite malheureuse n’était pas attribuable à de méchants nazis israéliens, et elle n’a pas causé les vengeances sanglantes consécutives à la fusillade de Netzarim.

[22] Autre comparaison inadéquate, mais, cette fois, crapuleuse. Tout journaliste honnête sait que l’arme de propagande favorite des Palestiniens, ce sont leurs morts, surtout les enfants. Ils savent également qu’ils n’empêchent pas les enfants de s’exposer, voire qu’ils les y incitent, au point qu’on ne compte plus les cas de tirs à balles réelles de "militants" palestiniens, environnés d’enfants, conformément à la tactique dite du "bouclier humain". Le sophisme ici, est : Pourquoi des gens qui tuent de centaines d’enfants [entendez volontairement, alors que c’est précisément l’inverse], se priveraient-ils d’en prendre un pour cible, uniquement pour le plaisir ? Au reste, l'argument consistant à inférer des centaines de morts d'enfants palestiniens pour justifier la conviction de la culpabilité de Tsahal dans le tir qui aurait tué l'enfant al-Dura, est inadmissible en journalisme. Ici Mme Chabot est sur la ligne de défense de Charles Enderlin, qui, rappelons-le, écrivait, dans Le Figaro du 27 janvier 2005 : « pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles ». Ce que n’a pas apprécié la Cour d’appel de Paris, qui écrit, dans les attendus de son Arrêt: "Considérant qu’en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, dans Le Figaro du 27 janvier 2005, que « l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie », alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel DAYAN, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation (pièce n° 5)…" (Voir : "Transcription intégrale de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris  Karsenty/France 2/ Enderlin". 

 

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© RCJ

 

Mis en ligne le 6 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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