06/07/08
Les suppressions de postes à l'éducation nationale passent par une plus grande souplesse des horaires des professeurs. En clair, si certains enseignants ne veulent pas faire d'heures supplémentaires et n'en feront donc pas, d'autres peuvent maintenant demander à ce que leur nombre d'heures de cours, donc leurs salaires, soit sensiblement augmenté. A priori, tout le monde devrait être content. Eh bien pas du tout. Voici comment les choses se passent.
Les adversaires des heures supplémentaires ne se contentent pas de les refuser pour eux-mêmes, ils s'opposent à ce que leurs collègues volontaires en bénéficient. Jusque-là les militants anti-"heures sup" se limitaient à des réunions (prises sur les temps de cours) pour demander que soit affichée la liste des héros qui refusent les heures sup (et, par défaut, celle des traîtres qui les acceptent). Mais ils sont passés à la vitesse supérieure en faisant également pression, et avec succès, auprès des chefs d'établissements, pour que ceux-ci refusent de donner un trop grand nombre d'heures supplémentaires à ceux qui en veulent. Les résultats de ce sabotage sont assez efficaces. Premièrement, des heures sont "rendues" au rectorat. Cela signifie que ces heures d'enseignement ne seront pas faites alors qu'il y a des candidats pour les prendre et qu'elles sont disponibles et destinées aux élèves (heures de soutien, de renforcement, ou de demi-groupe). Deuxièmement, les directions d'établissements se voient contraintes de demander des postes supplémentaires au rectorat, qui ne peut pas leur accorder.
Ainsi, dès les premiers jours de la rentrée, et grâce au concours de chefs d'établissements soucieux d'éviter les conflits internes, les adversaires des réformes pourront dire, arguments et chiffres à l'appui, donc, finalement, à juste titre:
1) il n'y a toujours pas assez de professeurs ;
2) il n'y a toujours pas assez d'heures pour les élèves ;
3) les professeurs ne sont toujours pas assez payés.
S'il veut faire aboutir ses réformes, Xavier Darcos serait bien inspiré de rappeler à ses principaux de collèges et proviseurs de lycées qu'ils travaillent pour un service public.
Michel Segal
* Michel Segal est auteur de Autopsie de l'école républicaine, aux éditions Autres Temps (fév. 2008).
Mis en ligne le 6 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











