28 Juin 2008
Interview de Pierre Lefebvre (Partie I)
Sur le site de Primo Europe
Après la grave mise en cause de Primo par la Mena (lire), après la charge sévère à notre encontre de Guy Millière sur le site de lUPJF (lire), un internaute très attaché à Primo, mais également à la Mena et à Guy Millière, a pris à partie Pierre Lefebvre de manière courtoise mais ferme. Ce dernier lui a proposé alors une mise au point sous forme dune interview par téléphone. Il sest engagé à répondre à toutes les questions, sans tabous. Le défi a été relevé. Primo sest même engagé auprès de cet internaute à publier linterview.
Voici lintégralité de cet entretien pour solde de tout compte dans ce contentieux. Nous avions choisi la discrétion depuis le début de cette affaire. Dautres ont préféré la publicité intempestive. Nous ne pouvions rester sans réagir. Nous espérons juste quune fois ces éclaircissements donnés, tout le monde pourra enfin se consacrer à autre chose que ces luttes intestines, stériles, et faisant le jeu de nos adversaires communs.
***
Depuis quelques mois, vous êtes régulièrement mis en cause par une agence de presse franco-israélienne, la Mena. Votre attitude dans cette affaire a été pour moi une immense déception. A part un bref communiqué, vous ne vous êtes pas exprimé.
On ne voulait pas, et cétait une volonté de léquipe, sétendre sur le sujet. Premièrement, parce quil y a des choses plus graves actuellement, ensuite parce que, entre temps, nous avons été fortement mobilisés pour une action qui nous tenait à cur. Et les journées nont que 24 H.
Et maintenant, vous vous décidez à parler ? Pourtant, votre dernière mise au point sur Primo (lire) tendait à dire que vous ne vous exprimeriez plus sur le sujet.
Cest vrai, mais nous avons été sollicités par quelques personnes qui nous font confiance et qui ne comprennent pas notre silence. Et puis la dernière « production » de Guy Millière sur le site de lUPJF a représenté pour moi le point limite. À lire la dureté des propos de Guy, je ne pouvais me taire plus longtemps. Je suis personnellement mis en cause dans cet article. Et maintenant, vos demandes d'explications... alors allons-y !
Vous êtes donc de nouveau attaqué sur le site de lUPJF par un article de Guy Millière. Mais, tout dabord, comment avez-vous vécu le procès ?
Pour être franc, lorsque jai été informé que Johan Weisz portait plainte contre Guy Millière et moi, es qualité de président de Primo, jai dabord cru à une plaisanterie. Cest lorsque jai reçu le papier de la Police judiciaire que je me suis rendu compte que cétait sérieux.
Vous pouvez rappeler les circonstances ?
Lors de la parution du livre OPA sur les juifs de France, nous avons été amenés à prendre un certain nombre de positions sur Primo. Nous avons été demblée très défavorables à ce livre. Plusieurs personnes mises en cause nous ont apporté leur témoignage. Suite à la mise en ligne de ces opinions, Johan Weisz a demandé à Primo un entretien sous forme de droit de réponse. Guy Millière a réagi à ce droit de réponse. Et cest le texte de Millière qui a suscité la plainte en justice.
Cétait la première fois pour vous ?
Oui, à part un léger dépassement de vitesse qui ma valu une comparution devant le tribunal administratif en 1988, javais affaire à la justice pour la toute première fois.
Impressionnant ?
Bien évidemment, la convocation à Paris devant la Police judiciaire, puis devant le juge dinstruction, rien de cela nest agréable. Mais on ne vit tout de même pas dans un régime totalitaire. Je ne suis pas certain que les innocents dOutreau aient la même compréhension que moi, mais passons
Alors, impressionné, non ! Agacé, certainement.
Agacé par quoi ?
Tout simplement quon puisse aller en justice pour une telle raison. Ce nest pas ce que jai appris en faculté de théologie et dans le protestantisme en général où l'on peut débattre de manière féroce et en se traitant de noms doiseaux mais se serrer la main ensuite et lutter pour les mêmes causes.
Ecrire un livre implique de supporter quon en fasse une critique. Cest la même chose pour un article. Mais là, il y avait des insultes.
Tout à fait entre nous, êtes-vous favorable à ce livre ? À lire Primo, vous avez changé davis.
Vous plaisantez, je suppose ? Ou alors, vous avez mal lu le site. Je nai pas à être favorable ou non. Ils ont écrit un livre. Je nai pas à le censurer, à demander son interdiction. Nous avons dit sur Primo et à laudience que ce livre était mal écrit, peu inspiré et quil comportait des affirmations à notre avis erronées. Je nai rien à ajouter. Tout est dit sur Primo à ce sujet et, contrairement à ce quont affirmé quelques détracteurs, les articles critiques sont toujours en ligne sur le site. Il me semble que cest là le minimum de liberté que les auteurs peuvent accorder aux lecteurs.
À qui pensez-vous ensuite ?
Pour comprendre mon propos, il faut raconter le procès. Et, comme certains ne se sont pas privés de donner leur version, je vais le faire à mon tour.
Vous ne savez peut-être pas, mais les avocats, par correction, séchangent leurs conclusions avant laudience. Cest un document fort épais, circonstancié, avec un vocabulaire bizarre et une syntaxe plus ou moins obscure pour le commun des mortels.
Dans mon esprit, Guy Millière et moi étions solidaires et je navais aucune raison den douter. Les Millière mont assuré que leur avocat, Maître Goldnadel, avait trouvé une parade juridique. Mon conseil, Maître di Caro, lui, ne mavait laissé aucune illusion. Les termes employés par Guy Millière étaient répréhensibles en droit. « Salaud » est une insulte. « Juif antisémite » est un terme fortement condamné depuis la Loi Gayssot, passible du pénal.
Un peu fort quand même quand on connaît lengagement de Primo et de Guy Millière justement contre lantisémitisme.
Tout à fait. Je comprends que cela puisse agacer, mais cest la loi. Si vous naimez pas la loi, il faut la changer, agir pour quelle évolue, mais tant quelle na pas changé, cest ainsi. Après tout, nous votons pour ceux qui sont chargés de rédiger les lois et den proposer de nouvelles. Cela sappelle le suffrage universel. On peut bien ratiociner dans les colloques, écrire que cest un scandale depuis le sommet dune montagne, ça ne changera rien.
On sait parfaitement que lappareil judiciaire nest pas là pour rendre la justice mais pour dire le droit. Il ne sest pas prononcé sur le fond comme tout citoyen aurait aimé quil le fasse, mais sur la forme. Le tribunal ne s'est pas prononcé sur le fait que Guy et moi étions le contraire d'antisémites. La forme était répréhensible au regard de la loi. Cela peut choquer nos consciences, mais cest ainsi.
De plus, jai limpression que certains confondent trop souvent le tribunal avec une tribune. Une salle daudience, ce nest pas un spectacle. La justice nest pas humaine. Lappareil judiciaire est inhumain en ce sens quil ne vous écoute pas, quil ne vous entend pas. La juge dinstruction ma reçu 3 minutes, montre en main. Et elle na pas voulu entendre mon point de vue.
On souhaiterait tous une justice humaine mais elle serait alors dans lobligation de respecter limmense diversité des opinions, des consciences, des vécus de chacun. Et la loi ne serait plus égale pour tous. Dans ce domaine, je ne crois pas en luniversalité de la loi. La proximité en est naturellement absente. Mais Levinas a dit ces choses mieux que moi.
Bref, votre avocat ne vous a laissé aucune illusion.
Aucune, et depuis le début. Il a été en laffaire dune perspicacité rare. Il ne sest pas laissé entraîner dans le sentimentalisme. Cétait à nous de plaider pour que la sanction soit la moins sévère possible avec lespoir que le tribunal entende le fait quune discussion idéologique pouvait, devait être passionnée.
Quand je relis les échanges de courriers de Descartes, des philosophes des Lumières, des théologiens protestants entre eux et avec leurs contradicteurs, je me dis que Millière a été plutôt sympa avec Weisz. Et jétais tout à fait en phase avec lui sur le fond. Sur la forme, cétait plus discutable.
Vous parliez des conclusions que vous deviez vous échanger.
Cest vrai, merci de me remettre sur les rails. Le jour de l'audience, lavocat de Millière est arrivé en retard. Un malheureux concours de circonstances a empêché Maitre Goldnadel de venir et il a dépêché une de ses collaboratrices qui ma confié ne rien connaître du dossier. Mais ce sont des professionnels. Ils sont habitués à ce cas de figure.
Mon avocat a enfin réussi à prendre connaissance des conclusions de notre ami Millière, quelques minutes seulement avant d'entrer dans la salle. Il y avait, en introduction, une remarque préalable qui disait ceci : « À titre préalable, Monsieur Guy Millière entend indiquer au tribunal que, sil reconnaît lesprit du texte qui lui est imputé, il émet cependant les plus vives réserves quant à la lettre de celui-ci. En effet, nayant conservé ni loriginal ni même une copie de larticle adressé en ligne au site Primo-europe.org, le concluant nest pas en mesure de confirmer lintégralité des termes qui lui sont reprochés ».
Vous mexcuserez, je ny crois pas. Vous allez trop loin.
Vous croyez que jaurais pu inventer ça ? Voulez-vous prendre connaissance du document ? (Les deux interlocuteurs conviennent de reprendre la conversation téléphonique dés réception du document. Linterview reprend quelques heures plus tard).
J'ai lu. A votre avis, cela signifie ?
Vous ne savez pas lire ? Si Guy Millière ne peut confirmer lintégralité des propos qui lui sont reprochés et que ces propos ont été tenus, cest que quelquun dautre les a rajoutés. Et vers qui le tribunal se serait-il tourné, à votre avis ?
Ces conclusions, déposées sur la table du procureur, comportent en préalable une accusation : celle davoir trafiqué larticle pour y introduire des insultes et des propos diffamatoires. Cette remarque conditionne la compréhension du reste du document.
Jai pris cela comme une gifle. Mon avocat ma pris à lécart et ma dit que cela changeait du tout au tout le visage du procès. Je me suis senti lâché, humilié, non seulement moi mais aussi Primo où nous avons toujours tenu à respecter la plus élémentaire déontologie. Jétais accusé de manipulation, ce qui me fait horreur.
Accuser Primo davoir trafiqué un texte alors que nous avions critiqué le livre de Weisz sans concession, alors que nous avions permis à Guy Millière de laver son honneur en acceptant de publier sa réaction !
Moi qui ne suis pas un habitué des salles daudience, je lai vécu comme un camouflet. Avec une telle remarque préalable, mon avocat ma bien fait comprendre quil y avait manifestement acte de désolidarisation. Je risquais plus gros que prévu car le tribunal pouvait retenir une faute supplémentaire me concernant, c'est-à-dire une tentative de nuire également à une autre personne. Là, ce nétait plus seulement dinsultes ou calomnies concernant un livre mais bel et bien intention de nuire à Millière et tromperie.
Quavez-vous fait alors ?
Au fond, jétais certain à lépoque et je le suis encore que Millière navait jamais voulu cela, quil navait pas mesuré limportance de cette remarque préalable. Mais il fallait alors le préciser devant le tribunal. Doù notre décision, à laudience, de demander à Guy Millière sil assumait lexactitude des propos de son article, à la lettre. Il a fort courageusement, et avec une grande autorité, répondu oui. Je dois même dire quil a été brillant, comme à son habitude, et au grand dam de son avocat qui voyait une partie de sa stratégie mise à mal.
Mais le fait que mon avocat lui ait posé cette question a été interprété comme une désolidarisation. Alors quon lui a juste donné loccasion dassumer publiquement ses propos. Ainsi, le tribunal sest trouvé devant deux versions, lune orale de Guy Millière et lautre écrite, avec la remarque préalable, deux versions qui se contredisaient.
Que ressent-on dans ces moments-là ?
La solitude du gardien de but au moment du penalty (rires). Plus sérieusement, on se dit quil doit y avoir une explication, que tout ne peut être aussi noir, quil y a incompréhension. On se sent pris dans une spirale. Cest amusant comme sensation. Moi qui aime les montées dadrénaline, jétais servi.
Lorsque Guy Millière a assumé la totalité de son article, jai ressenti un soulagement. Il a été tempéré aussitôt lorsque la procureure a posé une question à Monsieur Millière à propos du terme « salaud », en expliquant quil sagissait bel et bien dune insulte. Guy Millière a répondu quil fallait prendre le terme dans son sens Sartrien, dans le cadre dune dispute philosophique. Je ne sais pas si ces explications ont été du goût du tribunal.
La procureure lui a demandé « Mais alors, pourquoi ne lavez-vous pas précisé dans une note en bas de page, pour éviter toute ambiguïté ? ». Guy Millière a évasivement répondu quil lavait peut-être fait mais quil ne sen souvenait plus. Là encore, je me suis senti lâché. Cette incertitude induisait que la note avait pu être supprimée.
On en revient aux termes mêmes de la remarque préalable.
À peu près. Je naurais jamais osé enlever de ma propre initiative une telle mention. De toute manière, si Monsieur Millière na pas conservé loriginal, nous lavons, nous, dans nos archives. Et les ordinateurs ont de la mémoire. Cest dailleurs ce quon leur demande de plus en plus, avec la vitesse du processeur.
Vous vous rendez compte que la version que vous nous donnez de laudience diffère radicalement de celle quen a faite la correspondante de la Mena ?
De quelle correspondante parlez-vous ? Certes, la Mena a produit le lendemain même du procès un article tout à fait ignoble, censé être un compte rendu daudience, parsemé dinsultes et de sous-entendus. Mais il ny avait pas, à ma connaissance, de correspondante de la Mena dans la salle. Laudience sest déroulée en fin de journée. Notre affaire était la dernière à être traitée.
Et ce sera ma parole contre celle de la Mena, mais il ny avait dans la salle que 3 personnes, la compagne de Guy Millière et un couple que je connais. Jaffirme ici, tranquillement, quil ny avait que ces trois personnes. La salle était vide. Qui est cette mystérieuse correspondante ? Une de ces trois personnes ? Pourquoi donc ce secret sur son identité alors que dhabitude, tous les articles de la Mena sont signés ?
Pourquoi la Mena ne ma-t-elle pas demandé ma version des faits ? Je lignore. Cela métonne de professionnels qui critiquent la presse française au motif quelle ne vérifie pas ses sources et ne laisse entendre quun son de cloche.
Et passons sur la dramaturgie poussée à lextrême, ce faux effet dintensité théâtrale. Lorsque cette correspondante dit : « Je me suis glissée dans le prétoire de la 17° chambre correctionnelle ». Si quelquun sétait glissé, je laurais vu. La 17° chambre, ce nest pas le Champ de Mars un 14 juillet.
Cest pourtant cet article qui a déclenché une certaine crise entre Primo et la Mena.
Malheureusement non, cela a contribué à maintenir un état de méfiance, pour dire les choses poliment. La crise de confiance a débuté bien avant ce stupide événement. Jy reviendrai.
Ce pseudo compte-rendu comporte dautres contre-vérités tout aussi graves. La Mena écrit sur la timidité et la brièveté de mes réponses, par exemple. Lorsque le président du tribunal me demande si jai bien mis en ligne larticle en tant que directeur de la publication, jai répondu « oui ». Il ne ma pas semblé utile de disserter à lenvi sur une telle évidence.
Notre avocat na jamais présenté Primo comme « victime de son amateurisme » mais a parlé dune association de « bénévoles ». Cest ce que nous sommes, même si le terme semble avoir du mal à passer dans certains milieux journalistiques, en France comme en Israël.
Relisez larticle du mois de février de la Mena (lire). Cette agence utilise les guillemets pour donner lillusion quelle me cite ou quelle cite mon avocat de manière littérale. Cest un procédé journalistique qui permet de faire la distinction entre citation et analyse du journaliste. Ce qui est entre guillemets est faux, du début à la fin.
Nous navons pas non plus « chargé » Monsieur Millière là encore, ce sera ma parole contre la « correspondante » invisible de la Mena.
Cette agence, si au fait de la désinformation pour lavoir si souvent combattu avec un immense talent, oublie simplement de préciser que le seul témoignage - favorable, faut-il le préciser - évoqué oralement par Maître Boisgard, défenseur de Guy Millière, lors de sa plaidoirie est celui de Josiane Sberro, la vice-présidente de Primo. Un témoignage quelle mavait fait parvenir avant le procès. Qui a soutenu qui ? Qui a lâché qui ?
Vous affirmez avoir soutenu Guy Millière ?
Vous voulez une réponse franche ? Eh bien, je ne lai pas soutenu autant quil laurait souhaité, certainement. Si le soutien avait été réciproque, les choses auraient été différentes. Il aurait peut-être aimé que je fasse des effets de manche, que ma voix tremble dindignation. Le spectacle, ce nest pas mon truc.
Quest ce que cette histoire vous a enseigné ?
Que Primo ne pouvait être le réceptacle de toutes les animosités et de toutes les querelles, ce qui est le cas ici. Je crois que nous avons apporté la preuve que nous pouvions être sans concession, mais maintenant, nous examinons plus attentivement les textes qui nous arrivent de lextérieur. Sils comportent des insultes, nous ne publions pas. Mais il nous reste lhumour, la dérision, lattaque...
Nous avons dû soumettre certains articles à notre avocat pour nous assurer quil ny avait pas de faille utilisable par nos adversaires. Je nai pas envie de prendre un abonnement à vie au métro Cité. Et jai une vie professionnelle. Je ne peux pas me permettre de perdre des heures à attendre mon tour à la 17° chambre.
La prochaine fois que jirai devant le tribunal, ce sera pour une vraie raison, contre de vrais adversaires, non pour servir de punching-ball à quelque auteur en mal de reconnaissance.
Cela ma confirmé autre chose que je savais déjà : un avocat défend son client quoi quil arrive et quelles quen soient les conséquences pour les autres. Ces remarques préalables, qui sont à mes yeux une honte absolue, une trahison des engagements moraux, sont le quotidien des avocats, particulièrement dans les procès en diffamation. Elles font partie des arguties juridiques, des conventions. Et un avocat doit défendre avant tout SON client. Il est payé pour cela. Cest son métier.
Dans ce cas despèce, je ne sais ni comment ni pourquoi Millière a pu laisser passer ce pseudo compte-rendu dans la Mena. Sans aucun doute, car je ne peux pas penser autrement, ne la-t-il point lu !
Ce que jinterprète moi, comme un manquement total à la plus élémentaire solidarité, cest simplement, de la part des défenseurs de celui qui était avec moi dans le box des accusés, comme une défense normale, logique. Si nous avions eu le temps de nous concerter, peut-être aurais-je pu comprendre et tenter de faire harmoniser ! Mais porter le chapeau à la place de, non, cétait un peu fort de café.
À lire Guy Millière sur le site UPJF, celui-ci vous demande de faire amende honorable. Il précise même que larticle de la Mena ne contient aucune insulte envers vous et il vous appelle à revenir à de meilleurs sentiments.
Je remercie Guy Millière pour ses bonnes paroles, mais tant quil ne maura pas expliqué pourquoi il a mis cette remarque préalable dans son document, je resterai sur ma réserve. Et puis-je lui rappeler que cest à cause de son texte que je suis condamné avec sursis ?
Amende honorable ? Jamais sur ce point. Je sais, jaffirme que la Mena a proféré des mensonges éhontés, que Guy Millière, en me demandant cela, les approuve. Cela me suffit.
En tant quancien pasteur, les appels à la repentance, je connais et je sais comment cela se pratique et surtout ce que cela implique. Pour ma part, ce ne sera jamais devant les hommes. Surtout quen la matière, je nai strictement rien à me reprocher.
Maintenant, mon casier judiciaire nest plus vierge parce que jai permis à une personne attaquée, Guy Millière, de se défendre. Je ne sais quelle conséquence cela pourra avoir sur son avenir professionnel. Pour lui cest différent, il est professeur duniversité : je le crois et l'espère relativement à labri.
Une telle mention sur mon casier peut me nuire fortement si je dois chercher un autre travail. Alors les jérémiades que jai lues sous sa plume dans un précédent article, cela me laisse de marbre.
Vos propos sont durs. Ils sont même inacceptables. Guy Millière et vous partagez le même combat.
Et alors ? Depuis quand le soutien à Israël dispense-t-il de toute critique ? Lorsque Millière affirme que le papier de la Mena ne contient aucune insulte, jinvite les internautes à juger. Le papier de la « journaliste stagiaire » est écrit dans un style qui rappelle étrangement celui de larticle non signé. Jy suis traité de lâche et les membres de Primo de personnes disposant de beaucoup « délasticité morale ». Et je passe sur les autres affirmations.
Jajoute que, lorsque le webmaster salarié de lUPJF a mis en ligne ce réquisitoire contre Primo et contre moi, il a cru bon de le faire précéder, comme à son habitude, dune très longue introduction qui finit par ces termes : « Je suis indéfectiblement aux côtés de Guy Millière, qui nest pas juif mais auquel tant de juifs doivent fidélité ».
La fidélité nest pas un dû. Ainsi, selon eux, défendre Israël serait une sorte de passe-droit, un certificat dhonnêteté et de droiture, de rectitude morale. Je ne doute pas que Millière soit un homme honnête et courageux, il la prouvé à maintes reprises. Mais sil estime que se faire traiter de lâche nest pas se faire insulter, je lui recommande de revoir son vocabulaire. Et sans laide de Jean-Paul Sartre, cette fois-ci.
Juif ou pas, nous ne devons fidélité à rien dautre quà nos idéaux. Les êtres humains sont par essence susceptibles de décevoir. Cest mon côté protestant qui ressort. Pas de dogme, pas dadmiration inconditionnelle, pas didole, pas de confiance donnée et renouvelée automatiquement et par principe aux êtres humains, en tout temps et en tout lieu.
Le fait que Millière défende Israël ne saurait lexonérer du fait quil a gravement porté atteinte à mon honneur. Je navais pas réagi jusquà maintenant. Cest fait. Et cela marquera pour ma part la fin des hostilités.
On a limpression que vous lui en voulez.
Pas du tout. Comme lui, je souhaite quon passe maintenant à autre chose. Pour ma part, jai accepté avec vous le principe de cet entretien et ce sera pour solde de tout compte. Je pense que nous avons affaire à un homme courageux, lucide et humaniste, non à un illuminé sectaire dextrême droite comme certains se complaisent à le décrire.
Guy Millière nest pas de droite, comme laffirment les auteurs du livre OPA ?
Je men fiche un peu, dois-je le dire ! Ce nest pas mon problème. Si vous pouvez me dire qui est à droite et qui est à gauche, qui est à la droite de qui, je pourrai peut-être vous répondre. Il est libéral. Et alors ? Est-ce un crime ? Mais déconsidérer les opinions de Guy Millière en le traitant de suppôt dextrême droite, voilà une vraie calomnie.
Je ne partage pas, loin sen faut, certaines options politiques de Guy, mais ce dont je suis absolument persuadé, cest quil nest pas ce que certains mouvements pro-islamistes ou pro-palestiniens disent de lui. Jai souvenir, lors des émeutes de 2005, davoir lu un texte de lui sur le sujet, sur la Mena. Je mets au défi quiconque, même au sein de la gauche la plus sectaire, de trouver autre chose que de lhumanisme dans ce texte. Cest probablement ce qui a été écrit de plus fort sur ces événements.
Mais, contrairement à ce quaffirment la Mena et Guy Millière dans un article sur UPJF, nous navons jamais refusé de lui donner la parole. Pour nous, cétait dune telle évidence quil pouvait continuer à sexprimer chez nous. Cela létait moins concernant Johan Weisz. Cest pour cela que nous lavons précisé.
Une querelle qui sajoute à dautres, serait-on tenté de dire ?
Certes, mais ce nest pas vraiment le moment. Israël nest-il pas assez déchiré que ses partisans soient également obligés de se foutre sur la gueule à la première occasion ? Savez-vous le pitoyable spectacle quoffrent les querelles dego, les ambitions, les places dhonneur à prendre et surtout à conserver, les revendications de paternité sur les projets, les enquêtes, expertises et contre-expertises ?
Il ny a pas de fatalité à la discorde. Cétait le sens du communiqué que nous ont vertement reproché Millière et la Mena. Cela na pas été compris. Ce nest au fond pas très important. Mais jaffirme que Juffa a utilisé cela pour régler de vieux contentieux.
En disant tout cela, vous allez décevoir nombre de lecteurs de la Mena, dont moi.
La vie nest que déception. Ils sen remettront, vous vous en remettrez, ou plus certainement, ils ne me croiront pas. Cela mest absolument égal que vous puissiez me croire à lissue de cet entretien.
Lorsque la Mena, dans la dernière livraison qui parle de moi, en remet une couche sur ma lâcheté supposée et déplore que je sois moins lourdement condamné que Millière, elle ment effrontément.
Le jugement rendu stipule que Millière et moi sommes condamnés tous les deux à un euro symbolique de dommages et intérêts et à 1500 euros damendes avec sursis. Pas simplement lui, mais moi aussi.
Lorsque la « correspondante de la Mena » parle de 5000 euros pour Millière, elle raconte nimporte quoi. Nous avons eu tous les deux la même condamnation. Je suis très étonné que Millière affirme que le compte rendu de la Mena correspond à la stricte réalité. Où est-il allé pêcher cela ? Le jugement est pourtant public.
Monsieur Millière a payé plus cher quand même.
Guy a été, lui, condamné aux dépens et à publier le jugement sur le média de son choix. Cela sélève-t-il à 5000 euros ? Si cest vrai, je le déplore mais je ny peux rien. Il est lauteur des lignes. Peut-être le tribunal en a-t-il tenu compte ? Il semble logique que celui qui écrit larticle soit plus sévèrement condamné que celui qui a favorisé sa parution.
Comment se fait-il que la Mena s'attache à un point strictement juridique pour estimer que Primo aurait dû être condamné plus lourdement que Millière ? Et si la Mena sattache à ce point au juridique, elle aurait dû dire que Millière et moi avons subi la même condamnation et précisé que Millière a été condamné, lui, aux dépens. Mais là, elle a fait de la désinformation. Millière laccepte. Cest son problème.
Habituellement, la Mena revendique que lon suive lesprit et non la lettre de la loi. Le délit est constitué par la publication, mais lauteur du délit nen est pas moins lauteur de larticle. La Mena préférerait sans doute que lon tue celui qui apporte le message plutôt que lauteur du message lui-même. Je nai pas plus de commentaires à faire.
On vous a accusé de ne pas assumer, ce qui semble logique.
Là-dessus, je nai pas vraiment de leçon à recevoir, ni de Millière ni de Stéphane Juffa. Si Millière est furieux du jugement, ce que je ne sais pas, cest quil juge peut-être que jaurais dû censurer son article. Si je lavais censuré, que maurait-il dit ?
Il y a eu un autre épisode qui là, me concernait directement. Et cela a marqué pour moi la fin de toute relation. Je nen ai fait aucune mention en public, pour ne pas nuire à la cause. Maintenant, à cause des attaques, je mestime libre de toutes ces contingences.
En juin 2007, alors que linstruction de notre procès était encore en cours, la Mena a fait paraître un article de Guy Millière qui abordait le sujet et en citant Primo, entre autres (lire).
J'ai lu cet article. Il n'y a rien de choquant.
Bien sûr que non. Jaurais simplement souhaité que Guy me demande mon avis avant publication puisque jy étais cité et que nous étions solidaires. La règle est quon ne se prononce pas sur une affaire en cours dinstruction pour ne pas nuire à limpartialité de linstruction. Les journalistes le savent. Cela est considéré comme une tentative de pression sur lappareil judiciaire. Les juges naiment pas ça. Et ils le font payer.
Encore une fois, cest une règle. On pourra gloser à linfini sur limpartialité de la Justice pour cette affaire comme pour tant dautres, mais cest ainsi.
Donc, il faut se taire, ne rien dire et tout supporter ?
Il faut surtout garder son calme et ne pas décréter, avant que linstruction ne soit terminée et la date du procès fixée, que le jugement final déterminera à lui seul le statut de la liberté dexpression en France.
Et surtout, puisque nous étions solidaires, cest du moins ce que javais compris, jaurais aimé être informé de cet article avant sa parution. Cela maurait paru être une attitude respectueuse.
Vous savez, un procès, cela prend du temps, de lénergie. Être auditionné par un officier de police judiciaire, cest crevant. Et puis les huissiers qui viennent chez vous pour vous apporter les convocations du tribunal, les papiers que vous êtes obligé daller chercher en mairie, avec le regard soupçonneux du fonctionnaire, il faut le vivre, tout cela. Cest harassant, chronophage.
Millière le dit bien: nous aurions préféré être assigné en justice par d'autres que ceux qui se réclament de notre propre camp. Là, ca vaudrait le coup et on supporterait ça avec enthousiasme, même.
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Diffusé par © Primo, le 28 Juin 2008
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Entretien avec Pierre Lefebvre (Partie II)
Sur le site de Primo Europe
Voici la deuxième partie de l'intégralité de cet entretien pour solde de tout compte dans le contentieux Primo-Mena-Millière. Nous avions choisi la discrétion depuis le début de cette affaire. (Lire partie I)
Une querelle qui sajoute à dautres, serait-on tenté de dire ?
Certes, mais ce nest pas vraiment le moment. Israël nest-il pas assez déchiré que ses partisans soient également obligés de se foutre sur la gueule à la première occasion ? Savez-vous le pitoyable spectacle quoffrent les querelles dego, les ambitions, les places dhonneur à prendre et surtout à conserver, les revendications de paternité sur les projets, les enquêtes, expertises et contre-expertises ?
Il ny a pas de fatalité à la discorde. Cétait le sens du communiqué que nous ont vertement reproché Millière et la Mena. Cela na pas été compris. Ce nest au fond pas très important. Mais jaffirme que Juffa a utilisé cela pour régler de vieux contentieux.
En disant tout cela, vous allez décevoir nombre de lecteurs de la Mena, dont moi.
La vie nest que déception. Ils sen remettront, vous vous en remettrez, ou plus certainement, ils ne me croiront pas. Cela mest absolument égal que vous puissiez me croire à lissue de cet entretien.
Lorsque la Mena, dans la dernière livraison qui parle de moi, en remet une couche sur ma lâcheté supposée et déplore que je sois moins lourdement condamné que Millière, elle ment effrontément.
Le jugement rendu stipule que Millière et moi sommes condamnés tous les deux à un euro symbolique de dommages et intérêts et à 1500 euros damendes avec sursis. Pas simplement lui, mais moi aussi.
Lorsque la « correspondante de la Mena » parle de 5000 euros pour Millière, elle raconte nimporte quoi. Nous avons eu tous les deux la même condamnation. Je suis très étonné que Millière affirme que le compte rendu de la Mena correspond à la stricte réalité. Où est-il allé pêcher cela ? Le jugement est pourtant public.
Monsieur Millière a payé plus cher quand même.
Guy a été, lui, condamné aux dépens et à publier le jugement sur le média de son choix. Cela sélève-t-il à 5000 euros ? Si cest vrai, je le déplore mais je ny peux rien. Il est lauteur des lignes. Peut-être le tribunal en a-t-il tenu compte ? Il semble logique que celui qui écrit larticle soit plus sévèrement condamné que celui qui a favorisé sa parution.
Comment se fait-il que la Mena s'attache à un point strictement juridique pour estimer que Primo aurait dû être condamné plus lourdement que Millière ? Et si la Mena sattache à ce point au juridique, elle aurait dû dire que Millière et moi avons subi la même condamnation et précisé que Millière a été condamné, lui, aux dépens. Mais là, elle a fait de la désinformation. Millière laccepte. Cest son problème.
Habituellement, la Mena revendique que lon suive lesprit et non la lettre de la loi. Le délit est constitué par la publication, mais lauteur du délit nen est pas moins lauteur de larticle. La Mena préférerait sans doute que lon tue celui qui apporte le message plutôt que lauteur du message lui-même. Je nai pas plus de commentaires à faire.
On vous a accusé de ne pas assumer, ce qui semble logique.
Là-dessus, je nai pas vraiment de leçon à recevoir, ni de Millière ni de Stéphane Juffa. Si Millière est furieux du jugement, ce que je ne sais pas, cest quil juge peut-être que jaurais dû censurer son article. Si je lavais censuré, que maurait-il dit ?
Il y a eu un autre épisode qui là, me concernait directement. Et cela a marqué pour moi la fin de toute relation. Je nen ai fait aucune mention en public, pour ne pas nuire à la cause. Maintenant, à cause des attaques, je mestime libre de toutes ces contingences.
En juin 2007, alors que linstruction de notre procès était encore en cours, la Mena a fait paraître un article de Guy Millière qui abordait le sujet et en citant Primo, entre autres (lire).
J'ai lu cet article. Il n'y a rien de choquant.
Bien sûr que non. Jaurais simplement souhaité que Guy me demande mon avis avant publication puisque jy étais cité et que nous étions solidaires. La règle est quon ne se prononce pas sur une affaire en cours dinstruction pour ne pas nuire à limpartialité de linstruction. Les journalistes le savent. Cela est considéré comme une tentative de pression sur lappareil judiciaire. Les juges naiment pas ça. Et ils le font payer.
Encore une fois, cest une règle. On pourra gloser à linfini sur limpartialité de la Justice pour cette affaire comme pour tant dautres, mais cest ainsi.
Donc, il faut se taire, ne rien dire et tout supporter ?
Il faut surtout garder son calme et ne pas décréter, avant que linstruction ne soit terminée et la date du procès fixée, que le jugement final déterminera à lui seul le statut de la liberté dexpression en France.
Et surtout, puisque nous étions solidaires, cest du moins ce que javais compris, jaurais aimé être informé de cet article avant sa parution. Cela maurait paru être une attitude respectueuse.
Vous savez, un procès, cela prend du temps, de lénergie. Être auditionné par un officier de police judiciaire, cest crevant. Et puis les huissiers qui viennent chez vous pour vous apporter les convocations du tribunal, les papiers que vous êtes obligé daller chercher en mairie, avec le regard soupçonneux du fonctionnaire, il faut le vivre, tout cela. Cest harassant, chronophage.
Millière le dit bien: nous aurions préféré être assigné en justice par d'autres que ceux qui se réclament de notre propre camp. Là, ca vaudrait le coup et on supporterait ça avec enthousiasme, même.
Vous ne pouvez pas nier que la Mena a été en pointe sur bien des thèmes.
Ai-je dis une seule fois le contraire ? Bien entendu quelle a été et quelle reste, sur le plan de lanalyse, une référence. Mais de là à se poser en seule détentrice de la vérité, il y a une marge. Je naime pas la suffisance.
Prenons lexemple de laffaire al Dura. La Mena a fait un travail denquête indéniable et heureusement quelle était là. Mais je suis surpris de voir quelle ne fait jamais mention des actions, des articles de Pierre Rehov, dAlexandre Feigenbaum, dHélène Keller-Lindt, de Jacques Tarnero, de Serge Farnel, de Gérard Huber, du site AC Médias de Patrick Van Stratten et, jen parlais tout à lheure, de Nicolas Ciarapica de Vox Dei avec lequel ils ont été rien moins quirrespectueux. Le webmaster du site Désinfos a, lui aussi, encouru les foudres de la justice à cause dun de leurs articles. Lui, ils lont défendu et avec beaucoup de talent, comme à leur habitude. Jen oublie certainement. Ah oui, Esther Shapira, Richard Landes, tous se sont battus.
Que la Mena ait accompli un travail immense sur cette affaire, personne ne le nie. Mais personne non plus nest propriétaire de cet enfant.
Souvenez-vous également avec quelle violence la Mena a dénoncé la manifestation devant les portes de France 2 pour attribuer le Prix de la désinformation à Charles Enderlin.
Vous êtes injuste. En tant quagence de presse, elle ne pouvait prêter son concours à une telle manifestation et vous le savez.
Désolé mais je nen suis pas certain. Cest un choix éditorial quils ont fait, en toute connaissance de cause. Et même si cela était, il y a des manières de le dire, avec empathie, avec un minimum de bonté. Nous ne sommes pas que dans un monde de brutes. La Mena avait affaire à des citoyens qui nétaient pas payés, qui faisaient cela par conviction, par militance. Je suis issu du monde associatif. Les militants, les bénévoles, même sils sont maladroits, ce qui reste à prouver, par rapport aux « professionnels », ça se respecte, car cest beau.
Primo a vraiment été lassociation des amis de la Mena ?
Oui. Nous ne lavons jamais caché. Au départ, nous nous sommes réunis parce que nous trouvions dans la Mena cette respiration que tous attendaient. Enfin un autre discours sur le Moyen-Orient, sur Israël. Jy lisais surtout les articles de Sami el Soudi et je me disais quune initiative comme celle-ci devait être plus connue et reconnue. Jai découvert la Mena lété 2002.
En septembre, je contactais Stéphane Juffa pour lui proposer de créer en France une association qui pourrait faire connaître la Mena. Et cest ce que nous avons fait les premières années.
Je crois que la Mena voulait une association de soutien également financier. Nos statuts précisaient quun membre de la Mena était membre de droit du Conseil dadministration avec voix délibérative. À lépoque, cétait Gérard Huber qui avait été désigné.
Puis il sest passé deux événements. Gérard Huber a quitté la Mena, pour des raisons que je nai pas à connaître et il a eu lhonnêteté, par rapport à ses anciens camarades, de ne rien nous en dire. Nous navions plus de représentant de la Mena à notre CA. Et surtout, nous avions lintention de porter plainte contre France 2. Nous avons dabord commencé par envoyer une lettre à Marc Tessier, alors PDG, par huissier. Le monsieur nous a répondu fort civilement, mais en noyant le poisson, comme dhabitude.
Nous avons donc voulu passer à la vitesse supérieure. Mais nos statuts étaient incompatibles avec le fait de soutenir la Mena vis-à-vis de France 2 puisque la Mena faisait partie de Primo. Il y avait donc risque de voir notre plainte ne pas aboutir et être déclaré nulle, pour conflit dintérêt. Cela aurait discrédité toute laffaire.
Cest en plein accord avec Stéphane Juffa que nous avons décidé de modifier nos statuts et de prendre notre indépendance. Tout, je dis bien tout a été fait en plein accord avec Juffa et nous sommes en possession de cet accord écrit.
Nous avons modifié les statuts. Il nous a fallu trouver un avocat pour les rédiger. Et quelques mois après, les statuts ont été adoptés en AG extraordinaire. Les adhérents de Primo peuvent en porter témoignage. Ensuite, deuxième tuile, nos conseils juridiques de lépoque nous ont dit que pour se constituer partie civile, il fallait avoir 5 années dexistence. Primo était à lépoque trop jeune. Nous navions pas encore 3 ans, donc nous nétions pas recevables.
Et puis Primo navait de toute façon pas les moyens financiers pour se lancer dans une telle opération. Ah, si nous avions eu les moyens du MRAP à lépoque !
Mais maintenant, vous êtes séparés ?
Comme tout organisme vivant, une association évolue. Cest le cas de Primo et cest le cas de la Mena. A un moment, nous nous sommes rendu compte que nous navions pas évolué parallèlement. Et surtout que nous avions, d'emblée, fait le choix dune stratégie différente.
Bénévoles nous restons et nous resterons. Nous avons choisi de rester en libre accès, c'est-à-dire gratuit. Je me souviens quElisabeth Schemla en voulait elle aussi à Primo, à la fin de laventure Proche Orient Info. Cest la vie. Une SA ne peut, à mon sens, prétendre dégager des bénéfices sur Internet. Cest un leurre. Ce faisant, elle a trompé quantité de gens, par simple naïveté, parce quelle croyait quun site dinformations sur le Moyen Orient pouvait générer sa propre économie.
Nous avons toujours su que la rentabilité dun site Internet nétait pas encore tout à fait affinée. Les récentes tentatives de Daniel Schneiderman, de lancien directeur du Monde, Colombani, pour trouver un point déquilibre entre information et rentabilité sont encore fragiles. Et cest un euphémisme.
De toute façon, Primo reste gratuit et représente un bon exemple de ce que les citoyens peuvent faire quand ils semparent dun sujet sans dépendre de personne. Cela nous fait plaisir, tout simplement. Et nous dépendons des dons et des cotisations, comme toute association.
Désolé, mais cela nexplique pas la violence des accusations que tient la Mena à votre encontre.
Jaimerais avoir votre optimisme. Ceci étant, je noublie pas que Metula se trouve à 500 mètres des positions du Hezbollah, même si la FINUL censée protéger le cessez-le-feu, prétend le contraire. Et quils sont aux premières loges en cas de conflit avec ces « frappadingues ».
Mais, pour dire les choses calmement, certaines orientations de la Mena ne nous convenaient plus tout à fait. Cela arrive dans toute institution et dans tout groupe. Il faut faire attention à ne pas trop exiger de la part de bonnes volontés qui s'unissent pour un projet.
Il y a eu également la demande que Primo puisse collecter des fonds pour la Mena. Nous y étions prêts. Mais la Mena avait fait le choix dun établissement bancaire au Luxembourg, il me semble. Pour une association loi 1901 française, cela me semblait un peu difficile à expliquer au Trésor Public. Il aurait fallu que nous changions de régime fiscal alors que nous navions aucune recette et que nous ne vendions aucun service.
Je me souviens avoir proposé à Juffa que ce soit fait par une banque française, mais il na pas pu ou voulu le faire. Les mécanismes de dons étaient tellement compliqués à lépoque, cela demandait trop de changement. Les paiements sécurisés étaient encore rares. Nous avons préféré renoncer à ce que Primo, association française, collecte des fonds pour une structure de droit israélien en passant par une banque étrangère. Je vous signale quen tant que président, jétais responsable de tout sur mes biens propres.
Si jen juge par ce qui est dit sur leur site, ils ont maintenant un système sécurisé qui marche bien. Jen suis heureux. À lépoque, cétait trop compliqué.
Et cela justifie la querelle ?
Non, mais je pense que cela a pu jouer. Juffa a ressenti cela comme un lâchage, alors que cela nen était pas un. Doù, peut-être sa colère contenue dans certains articles. Nous ne nous sommes pas servis deux et il ny avait aucune intention de le faire. Primo a ensuite continué son travail avec léquipe de bénévoles. Certains sont partis, dautres sont arrivés.
Régulièrement, des personnes envoient des textes. Nous sommes une association normale avec une vie statutaire normale et notre ligne éditoriale ne dépend pas dinfluence extérieure. Cela, nous lavons toujours refusé.
Le contentieux est lourd. Vous ne les avez pas soutenus, voilà mon impression.
Je ne peux pas vous interdire davoir vos impressions. Jai accepté de répondre à vos questions. Et puisque vous maccusez à votre tour, alors allons-y.
Nous sommes plusieurs au sein de Primo à avoir émis des doutes sur leur stratégie concernant laffaire al-Dura.
Dans lensemble, lenquête de la Mena a été menée de manière sérieuse, recoupée et fouillée. Ils ont fait un véritable travail dinvestigation. Mais dans la forme, il y aurait à redire. Et je crois que leur précipitation à balancer des choses sur la place publique a nui à la résolution de laffaire.
Tiens donc. Vous êtes gonflé !
Vous voulez bien me laisser finir. On se croirait à la télévision (rires).
Il y a quelques années, un syndicat de France 2 a émis un tract qui demandait une enquête interne ou quelque chose comme ça. On sait et si on ne le sait pas, il vaut mieux ne pas prétendre se passionner pour laudiovisuel - que les syndicats ont tout de même une certaine importance. Leur pouvoir nest pas que revendicatif.
Au lieu de laisser ce syndicat aller plus loin, à son rythme, la Mena a balancé immédiatement un article triomphal, sommant la direction de France 2 découter ce syndicat. Le résultat est quils se sont coupés du seul soutien que lon commençait à avoir au sein de la forteresse. Le syndicat sest senti instrumentalisé. La direction a pris langue avec ce syndicat et les réflexes-maison ont fait le reste.
Puisque vous en parlez ! A votre avis, que devrait faire Charles Enderlin ?
La question nest pas là. Je me moque pas mal de son sort, de ses émois et de ses sentiments. Laffaire al-Dura nest pas la seule dans laquelle il a été, sinon fautif, du moins léger. Mais ce quil a fait là est dune gravité extrême. Ses commentaires sont trop souvent biaisés. Enderlin, en constatant lénormité de sa faute, aurait dû proposer sa démission. Il ne la pas fait. Je constate, cest tout.
La question nest pas tant ce que fera Charles Enderlin que ce que doit faire France Télévisions. Elle vit grâce à la redevance que nous payons tous. Et France Télévisions aurait dû sanctionner Enderlin pour faute grave. Elle ne la pas fait. Les directions successives lont soutenu. Je ny vois aucun honneur, aucune éthique.
Là encore, même avec les réserves que jai pu émettre sur la stratégie de la Mena sur cette affaire, cest une ignominie sans nom de la part des responsables de France 2 de traiter la Mena et les autres protagonistes comme ils le font depuis des années. Cette caste intouchable est vraiment déplaisante.
Ce que je vous reproche également, cest quon a limpression que vous ne prenez pas position sur Weisz et sur Klugman, son avocat.
A propos de Weisz, Je ne sais pas si la phrase « On ne commente pas la chose jugée » vous dit quelque chose. Donc, je me tais.
Pour le reste, pourquoi voulez-vous qu'on prenne position ? Je ne suis pas juif. Primo n'est pas un site communautaire. Pourquoi voulez-vous qu'on prenne part à cette dispute ?
Patrick Klugman, avocat de Johann Weisz, est aussi membre du CRIF. Cela ne vous gêne pas ?
Jétais certain que vous me poseriez cette question. Mon impression est que, dans toutes ces affaires, et parce que chacun veut tirer la couverture à lui, on oublie facilement qui est ladversaire. Mais, que je sache, un adversaire nest pas un ennemi. Je nai rien à dire de plus.
On ne peut pas reprocher à Klugman de défendre Johann Weisz et dêtre en même temps dans le comité directeur du CRIF. Nimporte quel citoyen français peut avoir des responsabilités dans une association et mener de front une vie professionnelle. La loi 1901 est une loi de liberté. Elle est le résultat d'une conquête. Un avocat peut défendre un chauffard de la route et faire partie dune association qui lutte contre la violence routière. Où est le problème ?
Appeler à laide le Président du CRIF, lui envoyer une lettre ouverte qui plus est (lire), le mettre en demeure de réagir à propos dun des membres de son comité directeur, ne me semble pas justifié. Prasquier, à mon sens, na pas à intervenir dans cette affaire.
Faire également le procès à Klugman de se lancer en politique et de se servir de son aura UEJF-SOS Racisme pour obtenir des voix me paraît délirant.
Après tout, bien des anciens responsables de SOS Racisme ont fini en politique. Harlem Désir ne fait pas un si mauvais député européen. Malek Boutih défend des idées honorables au sein du PS. Et alors ? Klugman ne me paraît pas dénué dambitions. Quil utilise son passé associatif pour un projet politique, cela le regarde, lui et sa conscience.
Dans les années 80, la droite a bien tenté de lancer un mouvement concurrent, France Plus, et il y a eu les mêmes tentations. La droite, un peu moins intelligente, n'avait pas été aussi habile, mais c'est souvent le cas.
Je ne suis pas certain quon se grandisse en intentant de tels procès dintention. À Klugman maintenant de se débrouiller avec le suffrage universel. Sil est bon, les électeurs lui conserveront leur confiance. Sinon, il y aura la sanction des urnes. Cest la démocratie, la culture du mandat.
Le reste, les ambitions personnelles, les passe-droits, les alliances politiques chargées d'affectivité et de mauvaise foi souvent, qui changent au fil des mois, les récupérations, cest le cirque habituel. Rien de vraiment nouveau sous le soleil.
Jaurais encore quantité de questions. Jai limpression que vous avez dit pas mal de choses, et je me dis : quel gâchis !
Je partage un peu votre impression. Vous avez pu remarquer que cest la première fois que je mexprime vraiment sur cette affaire. Mais, comme vous avez pu le remarquer aussi, le respect des traditions, le silence obligé pour ne pas nuire à la cause et toutes ces conventions surannées, ce nest pas vraiment mon truc.
Je me suis tu par trois fois et chaque fois, lattaque suivante était encore plus décevante, plus outrageante. Vient un moment où on ne peut plus se taire.
Ceci étant, il faut relativiser. Cela n'a rien à voir avec les querelles à TF1. Un peu de modestie sur nos audiences respectives ne saurait nuire.
Vous êtes déçu, amer ?
Amer, pas du tout. Mais je ne pensais vraiment pas que les agressions puissent venir de ce côté-là. Être du même bord ne met visiblement pas à labri des querelles dego et de sensibilité. Je le déplore, mais cest ainsi. Je pense quil faut faire avec.
Peu mimportent maintenant les attaques qui viendront, du moment quelles portent sur mes convictions. Le mensonge, les règlements de compte, je ne supporte pas.
Vraiment pour solde de tout compte aujourd'hui ?
C'est mon souhait. Millière, la Mena où d'autres réagiront peut-être à cet entretien. Je m'en contrefiche. J'espère simplement qu'on ne perdra pas trop de temps et d'énergie avec ça. J'espère surtout que le débat restera dans les hauteurs sans descendre dans le caniveau.
Désormais, je prends ma liberté de parole. Nous verrons bien ce qui arrivera. Je ne vous ai pas convaincu. Tant pis, ou tant mieux. Ce que jaime dans Primo, cest la liberté de ton et ne pas faire acception de personne. Nous navons rien à craindre puisque nous ne dépendons de personne.
Vous savez, je vais vous dire une chose : nous étions heureux le 15 avril, à cette fameuse soirée ou nous recevions lEcole Hattie Friedland, de Jérusalem, pour leur remettre un Prix.
Et croyez-moi, le sourire des deux directrices, la joie des enfants, Israéliens arabes et juifs, enfants palestiniens des Territoires, qui vont pouvoir, grâce à Primo et Yago, semer une petite graine damitié, tant que celle-ci est encore possible, tout cela est bien plus important. Cest pour cela que Primo se bat.
© Primo
Mis en ligne le 28 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











