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P. Lefebvre, Président de Primo-Europe, répond vertement à Millière et à la Ména, dans une interview
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le label de «webmaster salarié de l’UPJF» (un mercenaire, en quelque sorte) qu'accole à ma personne - dont le nom même disparaît dans le mépris que me voue le Chrétien Pierre Lefebvre, Pasteur, de surcroît - l'Upjf ne m'a pas donné l'ordre de mettre en ligne ce plaidoyer pro domo, amer et revanchard, du président de Primo-Europe. Je le fais donc de mon plein gré. Non sans déplorer qu'un homme de la stature morale qu'il affiche, en vienne à une telle acrimonie verbale à l'encontre de Guy Millière et de la Ména. Etait-il nécessaire de laver ce linge purulent en public, même si, comme il le soulignera sans doute, P. Lefebvre n'a pas "tiré" le premier? Je ne le pense pas. "Pour solde de tout compte", écrit l'offensé pugnace. M'est avis qu'il s'agit plutôt d'un règlement de compte. Pas très heureux pour le disciple d'un Maître qui a prescrit à ses fidèles de tendre la joue gauche après avoir pris une torgnole sur la droite. En tout cas, quel gâchis !... (Menahem Macina).
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28 Juin 2008

Interview de Pierre Lefebvre (Partie I)

Sur le site de Primo Europe 


Après la grave mise en cause de Primo par la Mena (lire), après la charge sévère à notre encontre de Guy Millière sur le site de l’UPJF (lire), un internaute très attaché à Primo, mais également à la Mena et à Guy Millière, a pris à partie Pierre Lefebvre de manière courtoise mais ferme. Ce dernier lui a proposé alors une mise au point sous forme d’une interview par téléphone. Il s’est engagé à répondre à toutes les questions, sans tabous. Le défi a été relevé. Primo s’est même engagé auprès de cet internaute à publier l’interview.

Voici l’intégralité de cet entretien pour solde de tout compte dans ce contentieux. Nous avions choisi la discrétion depuis le début de cette affaire. D’autres ont préféré la publicité intempestive. Nous ne pouvions rester sans réagir. Nous espérons juste qu’une fois ces éclaircissements donnés, tout le monde pourra enfin se consacrer à autre chose que ces luttes intestines, stériles, et faisant le jeu de nos adversaires communs.

 

***

 

Depuis quelques mois, vous êtes régulièrement mis en cause par une agence de presse franco-israélienne, la Mena. Votre attitude dans cette affaire a été pour moi une immense déception. A part un bref communiqué, vous ne vous êtes pas exprimé.

On ne voulait pas, et c’était une volonté de l’équipe, s’étendre sur le sujet. Premièrement, parce qu’il y a des choses plus graves actuellement, ensuite parce que, entre temps, nous avons été fortement mobilisés pour une action qui nous tenait à cœur. Et les journées n’ont que 24 H.

Et maintenant, vous vous décidez à parler ? Pourtant, votre dernière mise au point sur Primo (lire) tendait à dire que vous ne vous exprimeriez plus sur le sujet.

C’est vrai, mais nous avons été sollicités par quelques personnes qui nous font confiance et qui ne comprennent pas notre silence. Et puis la dernière « production » de Guy Millière sur le site de l’UPJF a représenté pour moi le point limite. À lire la dureté des propos de Guy, je ne pouvais me taire plus longtemps. Je suis personnellement mis en cause dans cet article. Et maintenant, vos demandes d'explications... alors allons-y !

Vous êtes donc de nouveau attaqué sur le site de l’UPJF par un article de Guy Millière. Mais, tout d’abord, comment avez-vous vécu le procès ?

Pour être franc, lorsque j’ai été informé que Johan Weisz portait plainte contre Guy Millière et moi, es qualité de président de Primo, j’ai d’abord cru à une plaisanterie. C’est lorsque j’ai reçu le papier de la Police judiciaire que je me suis rendu compte que c’était sérieux.

Vous pouvez rappeler les circonstances ?

Lors de la parution du livre OPA sur les juifs de France, nous avons été amenés à prendre un certain nombre de positions sur Primo. Nous avons été d’emblée très défavorables à ce livre. Plusieurs personnes mises en cause nous ont apporté leur témoignage. Suite à la mise en ligne de ces opinions, Johan Weisz a demandé à Primo un entretien sous forme de droit de réponse. Guy Millière a réagi à ce droit de réponse. Et c’est le texte de Millière qui a suscité la plainte en justice.

C’était la première fois pour vous ?

Oui, à part un léger dépassement de vitesse qui m’a valu une comparution devant le tribunal administratif en 1988, j’avais affaire à la justice pour la toute première fois.

Impressionnant ?

Bien évidemment, la convocation à Paris devant la Police judiciaire, puis devant le juge d’instruction, rien de cela n’est agréable. Mais on ne vit tout de même pas dans un régime totalitaire. Je ne suis pas certain que les innocents d’Outreau aient la même compréhension que moi, mais passons… Alors, impressionné, non ! Agacé, certainement.

Agacé par quoi ?

Tout simplement qu’on puisse aller en justice pour une telle raison. Ce n’est pas ce que j’ai appris en faculté de théologie et dans le protestantisme en général où l'on peut débattre de manière féroce et en se traitant de noms d’oiseaux mais se serrer la main ensuite et lutter pour les mêmes causes.

Ecrire un livre implique de supporter qu’on en fasse une critique. C’est la même chose pour un article. Mais là, il y avait des insultes.

Tout à fait entre nous, êtes-vous favorable à ce livre ? À lire Primo, vous avez changé d’avis.

Vous plaisantez, je suppose ? Ou alors, vous avez mal lu le site. Je n’ai pas à être favorable ou non. Ils ont écrit un livre. Je n’ai pas à le censurer, à demander son interdiction. Nous avons dit sur Primo et à l’audience que ce livre était mal écrit, peu inspiré et qu’il comportait des affirmations à notre avis erronées. Je n’ai rien à ajouter. Tout est dit sur Primo à ce sujet et, contrairement à ce qu’ont affirmé quelques détracteurs, les articles critiques sont toujours en ligne sur le site. Il me semble que c’est là le minimum de liberté que les auteurs peuvent accorder aux lecteurs.

À qui pensez-vous ensuite ?

Pour comprendre mon propos, il faut raconter le procès. Et, comme certains ne se sont pas privés de donner leur version, je vais le faire à mon tour.
Vous ne savez peut-être pas, mais les avocats, par correction, s’échangent leurs conclusions avant l’audience. C’est un document fort épais, circonstancié, avec un vocabulaire bizarre et une syntaxe plus ou moins obscure pour le commun des mortels.

Dans mon esprit, Guy Millière et moi étions solidaires et je n’avais aucune raison d’en douter. Les Millière m’ont assuré que leur avocat, Maître Goldnadel, avait trouvé une parade juridique. Mon conseil, Maître di Caro, lui, ne m’avait laissé aucune illusion. Les termes employés par Guy Millière étaient répréhensibles en droit. « Salaud » est une insulte. « Juif antisémite » est un terme fortement condamné depuis la Loi Gayssot, passible du pénal.

Un peu fort quand même quand on connaît l’engagement de Primo et de Guy Millière justement contre l’antisémitisme.

Tout à fait. Je comprends que cela puisse agacer, mais c’est la loi. Si vous n’aimez pas la loi, il faut la changer, agir pour qu’elle évolue, mais tant qu’elle n’a pas changé, c’est ainsi. Après tout, nous votons pour ceux qui sont chargés de rédiger les lois et d’en proposer de nouvelles. Cela s’appelle le suffrage universel. On peut bien ratiociner dans les colloques, écrire que c’est un scandale depuis le sommet d’une montagne, ça ne changera rien.

On sait parfaitement que l’appareil judiciaire n’est pas là pour rendre la justice mais pour dire le droit. Il ne s’est pas prononcé sur le fond comme tout citoyen aurait aimé qu’il le fasse, mais sur la forme. Le tribunal ne s'est pas prononcé sur le fait que Guy et moi étions le contraire d'antisémites. La forme était répréhensible au regard de la loi. Cela peut choquer nos consciences, mais c’est ainsi.

De plus, j’ai l’impression que certains confondent trop souvent le tribunal avec une tribune. Une salle d’audience, ce n’est pas un spectacle. La justice n’est pas humaine. L’appareil judiciaire est inhumain en ce sens qu’il ne vous écoute pas, qu’il ne vous entend pas. La juge d’instruction m’a reçu 3 minutes, montre en main. Et elle n’a pas voulu entendre mon point de vue.

On souhaiterait tous une justice humaine mais elle serait alors dans l’obligation de respecter l’immense diversité des opinions, des consciences, des vécus de chacun. Et la loi ne serait plus égale pour tous. Dans ce domaine, je ne crois pas en l’universalité de la loi. La proximité en est naturellement absente. Mais Levinas a dit ces choses mieux que moi.

Bref, votre avocat ne vous a laissé aucune illusion.

Aucune, et depuis le début. Il a été en l’affaire d’une perspicacité rare. Il ne s’est pas laissé entraîner dans le sentimentalisme. C’était à nous de plaider pour que la sanction soit la moins sévère possible avec l’espoir que le tribunal entende le fait qu’une discussion idéologique pouvait, devait être passionnée.

Quand je relis les échanges de courriers de Descartes, des philosophes des Lumières, des théologiens protestants entre eux et avec leurs contradicteurs, je me dis que Millière a été plutôt sympa avec Weisz. Et j’étais tout à fait en phase avec lui sur le fond. Sur la forme, c’était plus discutable.

Vous parliez des conclusions que vous deviez vous échanger.

C’est vrai, merci de me remettre sur les rails. Le jour de l'audience, l’avocat de Millière est arrivé en retard. Un malheureux concours de circonstances a empêché Maitre Goldnadel de venir et il a dépêché une de ses collaboratrices qui m’a confié ne rien connaître du dossier. Mais ce sont des professionnels. Ils sont habitués à ce cas de figure.

Mon avocat a enfin réussi à prendre connaissance des conclusions de notre ami Millière, quelques minutes seulement avant d'entrer dans la salle. Il y avait, en introduction, une remarque préalable qui disait ceci : « À titre préalable, Monsieur Guy Millière entend indiquer au tribunal que, s’il reconnaît l’esprit du texte qui lui est imputé, il émet cependant les plus vives réserves quant à la lettre de celui-ci. En effet, n’ayant conservé ni l’original ni même une copie de l’article adressé en ligne au site Primo-europe.org, le concluant n’est pas en mesure de confirmer l’intégralité des termes qui lui sont reprochés ».

Vous m’excuserez, je n’y crois pas. Vous allez trop loin.

Vous croyez que j’aurais pu inventer ça ? Voulez-vous prendre connaissance du document ? (Les deux interlocuteurs conviennent de reprendre la conversation téléphonique dés réception du document. L’interview reprend quelques heures plus tard).

J'ai lu. A votre avis, cela signifie ?

Vous ne savez pas lire ? Si Guy Millière ne peut confirmer l’intégralité des propos qui lui sont reprochés et que ces propos ont été tenus, c’est que quelqu’un d’autre les a rajoutés. Et vers qui le tribunal se serait-il tourné, à votre avis ?

Ces conclusions, déposées sur la table du procureur, comportent en préalable une accusation : celle d’avoir trafiqué l’article pour y introduire des insultes et des propos diffamatoires. Cette remarque conditionne la compréhension du reste du document.

J’ai pris cela comme une gifle. Mon avocat m’a pris à l’écart et m’a dit que cela changeait du tout au tout le visage du procès. Je me suis senti lâché, humilié, non seulement moi mais aussi Primo où nous avons toujours tenu à respecter la plus élémentaire déontologie. J’étais accusé de manipulation, ce qui me fait horreur.

Accuser Primo d’avoir trafiqué un texte alors que nous avions critiqué le livre de Weisz sans concession, alors que nous avions permis à Guy Millière de laver son honneur en acceptant de publier sa réaction !

Moi qui ne suis pas un habitué des salles d’audience, je l’ai vécu comme un camouflet. Avec une telle remarque préalable, mon avocat m’a bien fait comprendre qu’il y avait manifestement acte de désolidarisation. Je risquais plus gros que prévu car le tribunal pouvait retenir une faute supplémentaire me concernant, c'est-à-dire une tentative de nuire également à une autre personne. Là, ce n’était plus seulement d’insultes ou calomnies concernant un livre mais bel et bien intention de nuire à Millière et tromperie.

Qu’avez-vous fait alors ?

Au fond, j’étais certain à l’époque – et je le suis encore – que Millière n’avait jamais voulu cela, qu’il n’avait pas mesuré l’importance de cette remarque préalable. Mais il fallait alors le préciser devant le tribunal. D’où notre décision, à l’audience, de demander à Guy Millière s’il assumait l’exactitude des propos de son article, à la lettre. Il a fort courageusement, et avec une grande autorité, répondu oui. Je dois même dire qu’il a été brillant, comme à son habitude, et au grand dam de son avocat qui voyait une partie de sa stratégie mise à mal.

Mais le fait que mon avocat lui ait posé cette question a été interprété comme une désolidarisation. Alors qu’on lui a juste donné l’occasion d’assumer publiquement ses propos. Ainsi, le tribunal s’est trouvé devant deux versions, l’une orale de Guy Millière et l’autre écrite, avec la remarque préalable, deux versions qui se contredisaient.

Que ressent-on dans ces moments-là ?

La solitude du gardien de but au moment du penalty (rires). Plus sérieusement, on se dit qu’il doit y avoir une explication, que tout ne peut être aussi noir, qu’il y a incompréhension. On se sent pris dans une spirale. C’est amusant comme sensation. Moi qui aime les montées d’adrénaline, j’étais servi.

Lorsque Guy Millière a assumé la totalité de son article, j’ai ressenti un soulagement. Il a été tempéré aussitôt lorsque la procureure a posé une question à Monsieur Millière à propos du terme « salaud », en expliquant qu’il s’agissait bel et bien d’une insulte. Guy Millière a répondu qu’il fallait prendre le terme dans son sens Sartrien, dans le cadre d’une dispute philosophique. Je ne sais pas si ces explications ont été du goût du tribunal.

La procureure lui a demandé « Mais alors, pourquoi ne l’avez-vous pas précisé dans une note en bas de page, pour éviter toute ambiguïté ? ». Guy Millière a évasivement répondu qu’il l’avait peut-être fait mais qu’il ne s’en souvenait plus. Là encore, je me suis senti lâché. Cette incertitude induisait que la note avait pu être supprimée.

On en revient aux termes mêmes de la remarque préalable.

À peu près. Je n’aurais jamais osé enlever de ma propre initiative une telle mention. De toute manière, si Monsieur Millière n’a pas conservé l’original, nous l’avons, nous, dans nos archives. Et les ordinateurs ont de la mémoire. C’est d’ailleurs ce qu’on leur demande de plus en plus, avec la vitesse du processeur.

Vous vous rendez compte que la version que vous nous donnez de l’audience diffère radicalement de celle qu’en a faite la correspondante de la Mena ?

De quelle correspondante parlez-vous ? Certes, la Mena a produit le lendemain même du procès un article tout à fait ignoble, censé être un compte rendu d’audience, parsemé d’insultes et de sous-entendus. Mais il n’y avait pas, à ma connaissance, de correspondante de la Mena dans la salle. L’audience s’est déroulée en fin de journée. Notre affaire était la dernière à être traitée.

Et ce sera ma parole contre celle de la Mena, mais il n’y avait dans la salle que 3 personnes, la compagne de Guy Millière et un couple que je connais. J’affirme ici, tranquillement, qu’il n’y avait que ces trois personnes. La salle était vide. Qui est cette mystérieuse correspondante ? Une de ces trois personnes ? Pourquoi donc ce secret sur son identité alors que d’habitude, tous les articles de la Mena sont signés ?

Pourquoi la Mena ne m’a-t-elle pas demandé ma version des faits ? Je l’ignore. Cela m’étonne de professionnels qui critiquent la presse française au motif qu’elle ne vérifie pas ses sources et ne laisse entendre qu’un son de cloche.

Et passons sur la dramaturgie poussée à l’extrême, ce faux effet d’intensité théâtrale. Lorsque cette correspondante dit : « Je me suis glissée dans le prétoire de la 17° chambre correctionnelle ». Si quelqu’un s’était glissé, je l’aurais vu. La 17° chambre, ce n’est pas le Champ de Mars un 14 juillet.

C’est pourtant cet article qui a déclenché une certaine crise entre Primo et la Mena.

Malheureusement non, cela a contribué à maintenir un état de méfiance, pour dire les choses poliment. La crise de confiance a débuté bien avant ce stupide événement. J’y reviendrai.

Ce pseudo compte-rendu comporte d’autres contre-vérités tout aussi graves. La Mena écrit sur la timidité et la brièveté de mes réponses, par exemple. Lorsque le président du tribunal me demande si j’ai bien mis en ligne l’article en tant que directeur de la publication, j’ai répondu « oui ». Il ne m’a pas semblé utile de disserter à l’envi sur une telle évidence.

Notre avocat n’a jamais présenté Primo comme « victime de son amateurisme » mais a parlé d’une association de « bénévoles ». C’est ce que nous sommes, même si le terme semble avoir du mal à passer dans certains milieux journalistiques, en France comme en Israël.

Relisez l’article du mois de février de la Mena (lire). Cette agence utilise les guillemets pour donner l’illusion qu’elle me cite ou qu’elle cite mon avocat de manière littérale. C’est un procédé journalistique qui permet de faire la distinction entre citation et analyse du journaliste. Ce qui est entre guillemets est faux, du début à la fin.

Nous n’avons pas non plus « chargé » Monsieur Millière – là encore, ce sera ma parole contre la « correspondante » invisible de la Mena.

Cette agence, si au fait de la désinformation pour l’avoir si souvent combattu avec un immense talent, oublie simplement de préciser que le seul témoignage - favorable, faut-il le préciser - évoqué oralement par Maître Boisgard, défenseur de Guy Millière, lors de sa plaidoirie est celui de Josiane Sberro, la vice-présidente de Primo. Un témoignage qu’elle m’avait fait parvenir avant le procès. Qui a soutenu qui ? Qui a lâché qui ?

Vous affirmez avoir soutenu Guy Millière ?

Vous voulez une réponse franche ? Eh bien, je ne l’ai pas soutenu autant qu’il l’aurait souhaité, certainement. Si le soutien avait été réciproque, les choses auraient été différentes. Il aurait peut-être aimé que je fasse des effets de manche, que ma voix tremble d’indignation. Le spectacle, ce n’est pas mon truc.

Qu’est ce que cette histoire vous a enseigné ?

Que Primo ne pouvait être le réceptacle de toutes les animosités et de toutes les querelles, ce qui est le cas ici. Je crois que nous avons apporté la preuve que nous pouvions être sans concession, mais maintenant, nous examinons plus attentivement les textes qui nous arrivent de l’extérieur. S’ils comportent des insultes, nous ne publions pas. Mais il nous reste l’humour, la dérision, l’attaque...

Nous avons dû soumettre certains articles à notre avocat pour nous assurer qu’il n’y avait pas de faille utilisable par nos adversaires. Je n’ai pas envie de prendre un abonnement à vie au métro Cité. Et j’ai une vie professionnelle. Je ne peux pas me permettre de perdre des heures à attendre mon tour à la 17° chambre.

La prochaine fois que j’irai devant le tribunal, ce sera pour une vraie raison, contre de vrais adversaires, non pour servir de punching-ball à quelque auteur en mal de reconnaissance.

Cela m’a confirmé autre chose que je savais déjà : un avocat défend son client quoi qu’il arrive et quelles qu’en soient les conséquences pour les autres. Ces remarques préalables, qui sont à mes yeux une honte absolue, une trahison des engagements moraux, sont le quotidien des avocats, particulièrement dans les procès en diffamation. Elles font partie des arguties juridiques, des conventions. Et un avocat doit défendre avant tout SON client. Il est payé pour cela. C’est son métier.

Dans ce cas d’espèce, je ne sais ni comment ni pourquoi Millière a pu laisser passer ce pseudo compte-rendu dans la Mena. Sans aucun doute, car je ne peux pas penser autrement, ne l’a-t-il point lu !

Ce que j’interprète moi, comme un manquement total à la plus élémentaire solidarité, c’est simplement, de la part des défenseurs de celui qui était avec moi dans le box des accusés, comme une défense normale, logique. Si nous avions eu le temps de nous concerter, peut-être aurais-je pu comprendre et tenter de faire harmoniser ! Mais porter le chapeau à la place de, non, c’était un peu fort de café.

À lire Guy Millière sur le site UPJF, celui-ci vous demande de faire amende honorable. Il précise même que l’article de la Mena ne contient aucune insulte envers vous et il vous appelle à revenir à de meilleurs sentiments.

Je remercie Guy Millière pour ses bonnes paroles, mais tant qu’il ne m’aura pas expliqué pourquoi il a mis cette remarque préalable dans son document, je resterai sur ma réserve. Et puis-je lui rappeler que c’est à cause de son texte que je suis condamné avec sursis ?

Amende honorable ? Jamais sur ce point. Je sais, j’affirme que la Mena a proféré des mensonges éhontés, que Guy Millière, en me demandant cela, les approuve. Cela me suffit.

En tant qu’ancien pasteur, les appels à la repentance, je connais et je sais comment cela se pratique et surtout ce que cela implique. Pour ma part, ce ne sera jamais devant les hommes. Surtout qu’en la matière, je n’ai strictement rien à me reprocher.

Maintenant, mon casier judiciaire n’est plus vierge parce que j’ai permis à une personne attaquée, Guy Millière, de se défendre. Je ne sais quelle conséquence cela pourra avoir sur son avenir professionnel. Pour lui c’est différent, il est professeur d’université : je le crois et l'espère relativement à l’abri.

Une telle mention sur mon casier peut me nuire fortement si je dois chercher un autre travail. Alors les jérémiades que j’ai lues sous sa plume dans un précédent article, cela me laisse de marbre.

Vos propos sont durs. Ils sont même inacceptables. Guy Millière et vous partagez le même combat.

Et alors ? Depuis quand le soutien à Israël dispense-t-il de toute critique ? Lorsque Millière affirme que le papier de la Mena ne contient aucune insulte, j’invite les internautes à juger. Le papier de la « journaliste stagiaire » est écrit dans un style qui rappelle étrangement celui de l’article non signé. J’y suis traité de lâche et les membres de Primo de personnes disposant de beaucoup « d’élasticité morale ». Et je passe sur les autres affirmations.

J’ajoute que, lorsque le webmaster salarié de l’UPJF a mis en ligne ce réquisitoire contre Primo et contre moi, il a cru bon de le faire précéder, comme à son habitude, d’une très longue introduction qui finit par ces termes : « Je suis indéfectiblement aux côtés de Guy Millière, qui n’est pas juif mais auquel tant de juifs doivent fidélité ».

La fidélité n’est pas un dû. Ainsi, selon eux, défendre Israël serait une sorte de passe-droit, un certificat d’honnêteté et de droiture, de rectitude morale. Je ne doute pas que Millière soit un homme honnête et courageux, il l’a prouvé à maintes reprises. Mais s’il estime que se faire traiter de lâche n’est pas se faire insulter, je lui recommande de revoir son vocabulaire. Et sans l’aide de Jean-Paul Sartre, cette fois-ci.

Juif ou pas, nous ne devons fidélité à rien d’autre qu’à nos idéaux. Les êtres humains sont par essence susceptibles de décevoir. C’est mon côté protestant qui ressort. Pas de dogme, pas d’admiration inconditionnelle, pas d’idole, pas de confiance donnée et renouvelée automatiquement et par principe aux êtres humains, en tout temps et en tout lieu.

Le fait que Millière défende Israël ne saurait l’exonérer du fait qu’il a gravement porté atteinte à mon honneur. Je n’avais pas réagi jusqu’à maintenant. C’est fait. Et cela marquera pour ma part la fin des hostilités.

On a l’impression que vous lui en voulez.

Pas du tout. Comme lui, je souhaite qu’on passe maintenant à autre chose. Pour ma part, j’ai accepté avec vous le principe de cet entretien et ce sera pour solde de tout compte. Je pense que nous avons affaire à un homme courageux, lucide et humaniste, non à un illuminé sectaire d’extrême droite comme certains se complaisent à le décrire.

Guy Millière n’est pas de droite, comme l’affirment les auteurs du livre OPA ?

Je m’en fiche un peu, dois-je le dire ! Ce n’est pas mon problème. Si vous pouvez me dire qui est à droite et qui est à gauche, qui est à la droite de qui, je pourrai peut-être vous répondre. Il est libéral. Et alors ? Est-ce un crime ? Mais déconsidérer les opinions de Guy Millière en le traitant de suppôt d’extrême droite, voilà une vraie calomnie.

Je ne partage pas, loin s’en faut, certaines options politiques de Guy, mais ce dont je suis absolument persuadé, c’est qu’il n’est pas ce que certains mouvements pro-islamistes ou pro-palestiniens disent de lui. J’ai souvenir, lors des émeutes de 2005, d’avoir lu un texte de lui sur le sujet, sur la Mena. Je mets au défi quiconque, même au sein de la gauche la plus sectaire, de trouver autre chose que de l’humanisme dans ce texte. C’est probablement ce qui a été écrit de plus fort sur ces événements.

Mais, contrairement à ce qu’affirment la Mena et Guy Millière dans un article sur UPJF, nous n’avons jamais refusé de lui donner la parole. Pour nous, c’était d’une telle évidence qu’il pouvait continuer à s’exprimer chez nous. Cela l’était moins concernant Johan Weisz. C’est pour cela que nous l’avons précisé.

Une querelle qui s’ajoute à d’autres, serait-on tenté de dire ?

Certes, mais ce n’est pas vraiment le moment. Israël n’est-il pas assez déchiré que ses partisans soient également obligés de se foutre sur la gueule à la première occasion ? Savez-vous le pitoyable spectacle qu’offrent les querelles d’ego, les ambitions, les places d’honneur à prendre et surtout à conserver, les revendications de paternité sur les projets, les enquêtes, expertises et contre-expertises ?

Il n’y a pas de fatalité à la discorde. C’était le sens du communiqué que nous ont vertement reproché Millière et la Mena. Cela n’a pas été compris. Ce n’est au fond pas très important. Mais j’affirme que Juffa a utilisé cela pour régler de vieux contentieux.

En disant tout cela, vous allez décevoir nombre de lecteurs de la Mena, dont moi.

La vie n’est que déception. Ils s’en remettront, vous vous en remettrez, ou plus certainement, ils ne me croiront pas. Cela m’est absolument égal que vous puissiez me croire à l’issue de cet entretien.

Lorsque la Mena, dans la dernière livraison qui parle de moi, en remet une couche sur ma lâcheté supposée et déplore que je sois moins lourdement condamné que Millière, elle ment effrontément.

Le jugement rendu stipule que Millière et moi sommes condamnés tous les deux à un euro symbolique de dommages et intérêts et à 1500 euros d’amendes avec sursis. Pas simplement lui, mais moi aussi.

Lorsque la « correspondante de la Mena » parle de 5000 euros pour Millière, elle raconte n’importe quoi. Nous avons eu tous les deux la même condamnation. Je suis très étonné que Millière affirme que le compte rendu de la Mena correspond à la stricte réalité. Où est-il allé pêcher cela ? Le jugement est pourtant public.

Monsieur Millière a payé plus cher quand même.

Guy a été, lui, condamné aux dépens et à publier le jugement sur le média de son choix. Cela s’élève-t-il à 5000 euros ? Si c’est vrai, je le déplore mais je n’y peux rien. Il est l’auteur des lignes. Peut-être le tribunal en a-t-il tenu compte ? Il semble logique que celui qui écrit l’article soit plus sévèrement condamné que celui qui a favorisé sa parution.

Comment se fait-il que la Mena s'attache à un point strictement juridique pour estimer que Primo aurait dû être condamné plus lourdement que Millière ? Et si la Mena s’attache à ce point au juridique, elle aurait dû dire que Millière et moi avons subi la même condamnation et précisé que Millière a été condamné, lui, aux dépens. Mais là, elle a fait de la désinformation. Millière l’accepte. C’est son problème.

Habituellement, la Mena revendique que l’on suive l’esprit et non la lettre de la loi. Le délit est constitué par la publication, mais l’auteur du délit n’en est pas moins l’auteur de l’article. La Mena préférerait sans doute que l’on tue celui qui apporte le message plutôt que l’auteur du message lui-même. Je n’ai pas plus de commentaires à faire.

On vous a accusé de ne pas assumer, ce qui semble logique.

Là-dessus, je n’ai pas vraiment de leçon à recevoir, ni de Millière ni de Stéphane Juffa. Si Millière est furieux du jugement, ce que je ne sais pas, c’est qu’il juge peut-être que j’aurais dû censurer son article. Si je l’avais censuré, que m’aurait-il dit ?

Il y a eu un autre épisode qui là, me concernait directement. Et cela a marqué pour moi la fin de toute relation. Je n’en ai fait aucune mention en public, pour ne pas nuire à la cause. Maintenant, à cause des attaques, je m’estime libre de toutes ces contingences.

En juin 2007, alors que l’instruction de notre procès était encore en cours, la Mena a fait paraître un article de Guy Millière qui abordait le sujet et en citant Primo, entre autres (lire).

J'ai lu cet article. Il n'y a rien de choquant.

Bien sûr que non. J’aurais simplement souhaité que Guy me demande mon avis avant publication puisque j’y étais cité et que nous étions solidaires. La règle est qu’on ne se prononce pas sur une affaire en cours d’instruction pour ne pas nuire à l’impartialité de l’instruction. Les journalistes le savent. Cela est considéré comme une tentative de pression sur l’appareil judiciaire. Les juges n’aiment pas ça. Et ils le font payer.

Encore une fois, c’est une règle. On pourra gloser à l’infini sur l’impartialité de la Justice pour cette affaire comme pour tant d’autres, mais c’est ainsi.

Donc, il faut se taire, ne rien dire et tout supporter ?

Il faut surtout garder son calme et ne pas décréter, avant que l’instruction ne soit terminée et la date du procès fixée, que le jugement final déterminera à lui seul le statut de la liberté d’expression en France.

Et surtout, puisque nous étions solidaires, c’est du moins ce que j’avais compris, j’aurais aimé être informé de cet article avant sa parution. Cela m’aurait paru être une attitude respectueuse.

Vous savez, un procès, cela prend du temps, de l’énergie. Être auditionné par un officier de police judiciaire, c’est crevant. Et puis les huissiers qui viennent chez vous pour vous apporter les convocations du tribunal, les papiers que vous êtes obligé d’aller chercher en mairie, avec le regard soupçonneux du fonctionnaire, il faut le vivre, tout cela. C’est harassant, chronophage.

Millière le dit bien: nous aurions préféré être assigné en justice par d'autres que ceux qui se réclament de notre propre camp. Là, ca vaudrait le coup et on supporterait ça avec enthousiasme, même.

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Diffusé par © Primo, le 28 Juin 2008

 

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Entretien avec Pierre Lefebvre (Partie II)

Sur le site de Primo Europe
 

Voici la deuxième partie de l'intégralité de cet entretien pour solde de tout compte dans le contentieux Primo-Mena-Millière. Nous avions choisi la discrétion depuis le début de cette affaire. (Lire partie I)

Une querelle qui s’ajoute à d’autres, serait-on tenté de dire ?

Certes, mais ce n’est pas vraiment le moment. Israël n’est-il pas assez déchiré que ses partisans soient également obligés de se foutre sur la gueule à la première occasion ? Savez-vous le pitoyable spectacle qu’offrent les querelles d’ego, les ambitions, les places d’honneur à prendre et surtout à conserver, les revendications de paternité sur les projets, les enquêtes, expertises et contre-expertises ?

Il n’y a pas de fatalité à la discorde. C’était le sens du communiqué que nous ont vertement reproché Millière et la Mena. Cela n’a pas été compris. Ce n’est au fond pas très important. Mais j’affirme que Juffa a utilisé cela pour régler de vieux contentieux.

En disant tout cela, vous allez décevoir nombre de lecteurs de la Mena, dont moi.

La vie n’est que déception. Ils s’en remettront, vous vous en remettrez, ou plus certainement, ils ne me croiront pas. Cela m’est absolument égal que vous puissiez me croire à l’issue de cet entretien.

Lorsque la Mena, dans la dernière livraison qui parle de moi, en remet une couche sur ma lâcheté supposée et déplore que je sois moins lourdement condamné que Millière, elle ment effrontément.

Le jugement rendu stipule que Millière et moi sommes condamnés tous les deux à un euro symbolique de dommages et intérêts et à 1500 euros d’amendes avec sursis. Pas simplement lui, mais moi aussi.

Lorsque la « correspondante de la Mena » parle de 5000 euros pour Millière, elle raconte n’importe quoi. Nous avons eu tous les deux la même condamnation. Je suis très étonné que Millière affirme que le compte rendu de la Mena correspond à la stricte réalité. Où est-il allé pêcher cela ? Le jugement est pourtant public.

Monsieur Millière a payé plus cher quand même.

Guy a été, lui, condamné aux dépens et à publier le jugement sur le média de son choix. Cela s’élève-t-il à 5000 euros ? Si c’est vrai, je le déplore mais je n’y peux rien. Il est l’auteur des lignes. Peut-être le tribunal en a-t-il tenu compte ? Il semble logique que celui qui écrit l’article soit plus sévèrement condamné que celui qui a favorisé sa parution.

Comment se fait-il que la Mena s'attache à un point strictement juridique pour estimer que Primo aurait dû être condamné plus lourdement que Millière ? Et si la Mena s’attache à ce point au juridique, elle aurait dû dire que Millière et moi avons subi la même condamnation et précisé que Millière a été condamné, lui, aux dépens. Mais là, elle a fait de la désinformation. Millière l’accepte. C’est son problème.

Habituellement, la Mena revendique que l’on suive l’esprit et non la lettre de la loi. Le délit est constitué par la publication, mais l’auteur du délit n’en est pas moins l’auteur de l’article. La Mena préférerait sans doute que l’on tue celui qui apporte le message plutôt que l’auteur du message lui-même. Je n’ai pas plus de commentaires à faire.

On vous a accusé de ne pas assumer, ce qui semble logique.

Là-dessus, je n’ai pas vraiment de leçon à recevoir, ni de Millière ni de Stéphane Juffa. Si Millière est furieux du jugement, ce que je ne sais pas, c’est qu’il juge peut-être que j’aurais dû censurer son article. Si je l’avais censuré, que m’aurait-il dit ?

Il y a eu un autre épisode qui là, me concernait directement. Et cela a marqué pour moi la fin de toute relation. Je n’en ai fait aucune mention en public, pour ne pas nuire à la cause. Maintenant, à cause des attaques, je m’estime libre de toutes ces contingences.

En juin 2007, alors que l’instruction de notre procès était encore en cours, la Mena a fait paraître un article de Guy Millière qui abordait le sujet et en citant Primo, entre autres (lire).

J'ai lu cet article. Il n'y a rien de choquant.

Bien sûr que non. J’aurais simplement souhaité que Guy me demande mon avis avant publication puisque j’y étais cité et que nous étions solidaires. La règle est qu’on ne se prononce pas sur une affaire en cours d’instruction pour ne pas nuire à l’impartialité de l’instruction. Les journalistes le savent. Cela est considéré comme une tentative de pression sur l’appareil judiciaire. Les juges n’aiment pas ça. Et ils le font payer.

Encore une fois, c’est une règle. On pourra gloser à l’infini sur l’impartialité de la Justice pour cette affaire comme pour tant d’autres, mais c’est ainsi.

Donc, il faut se taire, ne rien dire et tout supporter ?

Il faut surtout garder son calme et ne pas décréter, avant que l’instruction ne soit terminée et la date du procès fixée, que le jugement final déterminera à lui seul le statut de la liberté d’expression en France.

Et surtout, puisque nous étions solidaires, c’est du moins ce que j’avais compris, j’aurais aimé être informé de cet article avant sa parution. Cela m’aurait paru être une attitude respectueuse.

Vous savez, un procès, cela prend du temps, de l’énergie. Être auditionné par un officier de police judiciaire, c’est crevant. Et puis les huissiers qui viennent chez vous pour vous apporter les convocations du tribunal, les papiers que vous êtes obligé d’aller chercher en mairie, avec le regard soupçonneux du fonctionnaire, il faut le vivre, tout cela. C’est harassant, chronophage.

Millière le dit bien: nous aurions préféré être assigné en justice par d'autres que ceux qui se réclament de notre propre camp. Là, ca vaudrait le coup et on supporterait ça avec enthousiasme, même.

Vous ne pouvez pas nier que la Mena a été en pointe sur bien des thèmes.

Ai-je dis une seule fois le contraire ? Bien entendu qu’elle a été et qu’elle reste, sur le plan de l’analyse, une référence. Mais de là à se poser en seule détentrice de la vérité, il y a une marge. Je n’aime pas la suffisance.

Prenons l’exemple de l’affaire al Dura. La Mena a fait un travail d’enquête indéniable et heureusement qu’elle était là. Mais je suis surpris de voir qu’elle ne fait jamais mention des actions, des articles de Pierre Rehov, d’Alexandre Feigenbaum, d’Hélène Keller-Lindt, de Jacques Tarnero, de Serge Farnel, de Gérard Huber, du site AC Médias de Patrick Van Stratten et, j’en parlais tout à l’heure, de Nicolas Ciarapica de Vox Dei avec lequel ils ont été rien moins qu’irrespectueux. Le webmaster du site Désinfos a, lui aussi, encouru les foudres de la justice à cause d’un de leurs articles. Lui, ils l’ont défendu et avec beaucoup de talent, comme à leur habitude. J’en oublie certainement. Ah oui, Esther Shapira, Richard Landes, tous se sont battus.

Que la Mena ait accompli un travail immense sur cette affaire, personne ne le nie. Mais personne non plus n’est propriétaire de cet enfant.

Souvenez-vous également avec quelle violence la Mena a dénoncé la manifestation devant les portes de France 2 pour attribuer le Prix de la désinformation à Charles Enderlin.

Vous êtes injuste. En tant qu’agence de presse, elle ne pouvait prêter son concours à une telle manifestation et vous le savez.

Désolé mais je n’en suis pas certain. C’est un choix éditorial qu’ils ont fait, en toute connaissance de cause. Et même si cela était, il y a des manières de le dire, avec empathie, avec un minimum de bonté. Nous ne sommes pas que dans un monde de brutes. La Mena avait affaire à des citoyens qui n’étaient pas payés, qui faisaient cela par conviction, par militance. Je suis issu du monde associatif. Les militants, les bénévoles, même s’ils sont maladroits, ce qui reste à prouver, par rapport aux « professionnels », ça se respecte, car c’est beau.

Primo a vraiment été l’association des amis de la Mena ?

Oui. Nous ne l’avons jamais caché. Au départ, nous nous sommes réunis parce que nous trouvions dans la Mena cette respiration que tous attendaient. Enfin un autre discours sur le Moyen-Orient, sur Israël. J’y lisais surtout les articles de Sami el Soudi et je me disais qu’une initiative comme celle-ci devait être plus connue et reconnue. J’ai découvert la Mena l’été 2002.

En septembre, je contactais Stéphane Juffa pour lui proposer de créer en France une association qui pourrait faire connaître la Mena. Et c’est ce que nous avons fait les premières années.

Je crois que la Mena voulait une association de soutien également financier. Nos statuts précisaient qu’un membre de la Mena était membre de droit du Conseil d’administration avec voix délibérative. À l’époque, c’était Gérard Huber qui avait été désigné.

Puis il s’est passé deux événements. Gérard Huber a quitté la Mena, pour des raisons que je n’ai pas à connaître et il a eu l’honnêteté, par rapport à ses anciens camarades, de ne rien nous en dire. Nous n’avions plus de représentant de la Mena à notre CA. Et surtout, nous avions l’intention de porter plainte contre France 2. Nous avons d’abord commencé par envoyer une lettre à Marc Tessier, alors PDG, par huissier. Le monsieur nous a répondu fort civilement, mais en noyant le poisson, comme d’habitude.

Nous avons donc voulu passer à la vitesse supérieure. Mais nos statuts étaient incompatibles avec le fait de soutenir la Mena vis-à-vis de France 2 puisque la Mena faisait partie de Primo. Il y avait donc risque de voir notre plainte ne pas aboutir et être déclaré nulle, pour conflit d’intérêt. Cela aurait discrédité toute l’affaire.

C’est en plein accord avec Stéphane Juffa que nous avons décidé de modifier nos statuts et de prendre notre indépendance. Tout, je dis bien tout a été fait en plein accord avec Juffa et nous sommes en possession de cet accord écrit.

Nous avons modifié les statuts. Il nous a fallu trouver un avocat pour les rédiger. Et quelques mois après, les statuts ont été adoptés en AG extraordinaire. Les adhérents de Primo peuvent en porter témoignage. Ensuite, deuxième tuile, nos conseils juridiques de l’époque nous ont dit que pour se constituer partie civile, il fallait avoir 5 années d’existence. Primo était à l’époque trop jeune. Nous n’avions pas encore 3 ans, donc nous n’étions pas recevables.

Et puis Primo n’avait de toute façon pas les moyens financiers pour se lancer dans une telle opération. Ah, si nous avions eu les moyens du MRAP à l’époque !

Mais maintenant, vous êtes séparés ?

Comme tout organisme vivant, une association évolue. C’est le cas de Primo et c’est le cas de la Mena. A un moment, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas évolué parallèlement. Et surtout que nous avions, d'emblée, fait le choix d’une stratégie différente.

Bénévoles nous restons et nous resterons. Nous avons choisi de rester en libre accès, c'est-à-dire gratuit. Je me souviens qu’Elisabeth Schemla en voulait elle aussi à Primo, à la fin de l’aventure Proche Orient Info. C’est la vie. Une SA ne peut, à mon sens, prétendre dégager des bénéfices sur Internet. C’est un leurre. Ce faisant, elle a trompé quantité de gens, par simple naïveté, parce qu’elle croyait qu’un site d’informations sur le Moyen Orient pouvait générer sa propre économie.

Nous avons toujours su que la rentabilité d’un site Internet n’était pas encore tout à fait affinée. Les récentes tentatives de Daniel Schneiderman, de l’ancien directeur du Monde, Colombani, pour trouver un point d’équilibre entre information et rentabilité sont encore fragiles. Et c’est un euphémisme.

De toute façon, Primo reste gratuit et représente un bon exemple de ce que les citoyens peuvent faire quand ils s’emparent d’un sujet sans dépendre de personne. Cela nous fait plaisir, tout simplement. Et nous dépendons des dons et des cotisations, comme toute association.

Désolé, mais cela n’explique pas la violence des accusations que tient la Mena à votre encontre.

J’aimerais avoir votre optimisme. Ceci étant, je n’oublie pas que Metula se trouve à 500 mètres des positions du Hezbollah, même si la FINUL censée protéger le cessez-le-feu, prétend le contraire. Et qu’ils sont aux premières loges en cas de conflit avec ces « frappadingues ».

Mais, pour dire les choses calmement, certaines orientations de la Mena ne nous convenaient plus tout à fait. Cela arrive dans toute institution et dans tout groupe. Il faut faire attention à ne pas trop exiger de la part de bonnes volontés qui s'unissent pour un projet.

Il y a eu également la demande que Primo puisse collecter des fonds pour la Mena. Nous y étions prêts. Mais la Mena avait fait le choix d’un établissement bancaire au Luxembourg, il me semble. Pour une association loi 1901 française, cela me semblait un peu difficile à expliquer au Trésor Public. Il aurait fallu que nous changions de régime fiscal alors que nous n’avions aucune recette et que nous ne vendions aucun service.

Je me souviens avoir proposé à Juffa que ce soit fait par une banque française, mais il n’a pas pu ou voulu le faire. Les mécanismes de dons étaient tellement compliqués à l’époque, cela demandait trop de changement. Les paiements sécurisés étaient encore rares. Nous avons préféré renoncer à ce que Primo, association française, collecte des fonds pour une structure de droit israélien en passant par une banque étrangère. Je vous signale qu’en tant que président, j’étais responsable de tout sur mes biens propres.

Si j’en juge par ce qui est dit sur leur site, ils ont maintenant un système sécurisé qui marche bien. J’en suis heureux. À l’époque, c’était trop compliqué.

Et cela justifie la querelle ?

Non, mais je pense que cela a pu jouer. Juffa a ressenti cela comme un lâchage, alors que cela n’en était pas un. D’où, peut-être sa colère contenue dans certains articles. Nous ne nous sommes pas servis d’eux et il n’y avait aucune intention de le faire. Primo a ensuite continué son travail avec l’équipe de bénévoles. Certains sont partis, d’autres sont arrivés.

Régulièrement, des personnes envoient des textes. Nous sommes une association normale avec une vie statutaire normale et notre ligne éditoriale ne dépend pas d’influence extérieure. Cela, nous l’avons toujours refusé.

Le contentieux est lourd. Vous ne les avez pas soutenus, voilà mon impression.

Je ne peux pas vous interdire d’avoir vos impressions. J’ai accepté de répondre à vos questions. Et puisque vous m’accusez à votre tour, alors allons-y.

Nous sommes plusieurs au sein de Primo à avoir émis des doutes sur leur stratégie concernant l’affaire al-Dura.

Dans l’ensemble, l’enquête de la Mena a été menée de manière sérieuse, recoupée et fouillée. Ils ont fait un véritable travail d’investigation. Mais dans la forme, il y aurait à redire. Et je crois que leur précipitation à balancer des choses sur la place publique a nui à la résolution de l’affaire.

Tiens donc. Vous êtes gonflé !

Vous voulez bien me laisser finir. On se croirait à la télévision (rires).

Il y a quelques années, un syndicat de France 2 a émis un tract qui demandait une enquête interne ou quelque chose comme ça. On sait – et si on ne le sait pas, il vaut mieux ne pas prétendre se passionner pour l’audiovisuel - que les syndicats ont tout de même une certaine importance. Leur pouvoir n’est pas que revendicatif.

Au lieu de laisser ce syndicat aller plus loin, à son rythme, la Mena a balancé immédiatement un article triomphal, sommant la direction de France 2 d’écouter ce syndicat. Le résultat est qu’ils se sont coupés du seul soutien que l’on commençait à avoir au sein de la forteresse. Le syndicat s’est senti instrumentalisé. La direction a pris langue avec ce syndicat et les réflexes-maison ont fait le reste.

Puisque vous en parlez ! A votre avis, que devrait faire Charles Enderlin ?

La question n’est pas là. Je me moque pas mal de son sort, de ses émois et de ses sentiments. L’affaire al-Dura n’est pas la seule dans laquelle il a été, sinon fautif, du moins léger. Mais ce qu’il a fait là est d’une gravité extrême. Ses commentaires sont trop souvent biaisés. Enderlin, en constatant l’énormité de sa faute, aurait dû proposer sa démission. Il ne l’a pas fait. Je constate, c’est tout.

La question n’est pas tant ce que fera Charles Enderlin que ce que doit faire France Télévisions. Elle vit grâce à la redevance que nous payons tous. Et France Télévisions aurait dû sanctionner Enderlin pour faute grave. Elle ne l’a pas fait. Les directions successives l’ont soutenu. Je n’y vois aucun honneur, aucune éthique.

Là encore, même avec les réserves que j’ai pu émettre sur la stratégie de la Mena sur cette affaire, c’est une ignominie sans nom de la part des responsables de France 2 de traiter la Mena et les autres protagonistes comme ils le font depuis des années. Cette caste intouchable est vraiment déplaisante.

Ce que je vous reproche également, c’est qu’on a l’impression que vous ne prenez pas position sur Weisz et sur Klugman, son avocat.

A propos de Weisz, Je ne sais pas si la phrase « On ne commente pas la chose jugée » vous dit quelque chose. Donc, je me tais.

Pour le reste, pourquoi voulez-vous qu'on prenne position ? Je ne suis pas juif. Primo n'est pas un site communautaire. Pourquoi voulez-vous qu'on prenne part à cette dispute ?

Patrick Klugman, avocat de Johann Weisz, est aussi membre du CRIF. Cela ne vous gêne pas ?

J’étais certain que vous me poseriez cette question. Mon impression est que, dans toutes ces affaires, et parce que chacun veut tirer la couverture à lui, on oublie facilement qui est l’adversaire. Mais, que je sache, un adversaire n’est pas un ennemi. Je n’ai rien à dire de plus.

On ne peut pas reprocher à Klugman de défendre Johann Weisz et d’être en même temps dans le comité directeur du CRIF. N’importe quel citoyen français peut avoir des responsabilités dans une association et mener de front une vie professionnelle. La loi 1901 est une loi de liberté. Elle est le résultat d'une conquête. Un avocat peut défendre un chauffard de la route et faire partie d’une association qui lutte contre la violence routière. Où est le problème ?

Appeler à l’aide le Président du CRIF, lui envoyer une lettre ouverte qui plus est (lire), le mettre en demeure de réagir à propos d’un des membres de son comité directeur, ne me semble pas justifié. Prasquier, à mon sens, n’a pas à intervenir dans cette affaire.

Faire également le procès à Klugman de se lancer en politique et de se servir de son aura UEJF-SOS Racisme pour obtenir des voix me paraît délirant.

Après tout, bien des anciens responsables de SOS Racisme ont fini en politique. Harlem Désir ne fait pas un si mauvais député européen. Malek Boutih défend des idées honorables au sein du PS. Et alors ? Klugman ne me paraît pas dénué d’ambitions. Qu’il utilise son passé associatif pour un projet politique, cela le regarde, lui et sa conscience.

Dans les années 80, la droite a bien tenté de lancer un mouvement concurrent, France Plus, et il y a eu les mêmes tentations. La droite, un peu moins intelligente, n'avait pas été aussi habile, mais c'est souvent le cas.

Je ne suis pas certain qu’on se grandisse en intentant de tels procès d’intention. À Klugman maintenant de se débrouiller avec le suffrage universel. S’il est bon, les électeurs lui conserveront leur confiance. Sinon, il y aura la sanction des urnes. C’est la démocratie, la culture du mandat.

Le reste, les ambitions personnelles, les passe-droits, les alliances politiques chargées d'affectivité et de mauvaise foi souvent, qui changent au fil des mois, les récupérations, c’est le cirque habituel. Rien de vraiment nouveau sous le soleil.

J’aurais encore quantité de questions. J’ai l’impression que vous avez dit pas mal de choses, et je me dis : quel gâchis !

Je partage un peu votre impression. Vous avez pu remarquer que c’est la première fois que je m’exprime vraiment sur cette affaire. Mais, comme vous avez pu le remarquer aussi, le respect des traditions, le silence obligé pour ne pas nuire à la cause et toutes ces conventions surannées, ce n’est pas vraiment mon truc.

Je me suis tu par trois fois et chaque fois, l’attaque suivante était encore plus décevante, plus outrageante. Vient un moment où on ne peut plus se taire.

Ceci étant, il faut relativiser. Cela n'a rien à voir avec les querelles à TF1. Un peu de modestie sur nos audiences respectives ne saurait nuire.

Vous êtes déçu, amer ?

Amer, pas du tout. Mais je ne pensais vraiment pas que les agressions puissent venir de ce côté-là. Être du même bord ne met visiblement pas à l’abri des querelles d’ego et de sensibilité. Je le déplore, mais c’est ainsi. Je pense qu’il faut faire avec.

Peu m’importent maintenant les attaques qui viendront, du moment qu’elles portent sur mes convictions. Le mensonge, les règlements de compte, je ne supporte pas.

Vraiment pour solde de tout compte aujourd'hui ?

C'est mon souhait. Millière, la Mena où d'autres réagiront peut-être à cet entretien. Je m'en contrefiche. J'espère simplement qu'on ne perdra pas trop de temps et d'énergie avec ça. J'espère surtout que le débat restera dans les hauteurs sans descendre dans le caniveau.

Désormais, je prends ma liberté de parole. Nous verrons bien ce qui arrivera. Je ne vous ai pas convaincu. Tant pis, ou tant mieux. Ce que j’aime dans Primo, c’est la liberté de ton et ne pas faire acception de personne. Nous n’avons rien à craindre puisque nous ne dépendons de personne.

Vous savez, je vais vous dire une chose : nous étions heureux le 15 avril, à cette fameuse soirée ou nous recevions l’Ecole Hattie Friedland, de Jérusalem, pour leur remettre un Prix.

Et croyez-moi, le sourire des deux directrices, la joie des enfants, Israéliens arabes et juifs, enfants palestiniens des Territoires, qui vont pouvoir, grâce à Primo et Yago, semer une petite graine d’amitié, tant que celle-ci est encore possible, tout cela est bien plus important. C’est pour cela que Primo se bat.

 

© Primo

 

Mis en ligne le 28 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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