Texte original : "Mehaqim le-hitnatslout"
Traduction française de lhébreu : Menahem Macina
Paris

Monsieur le Président Nicolas Sarkozy,
Il y a tout juste un mois, France 2, la plus importante chaîne publique de télévision de France, a perdu un procès en diffamation dans ce quon appelle "Laffaire Mohammed al-Dura". Les juges de la Cour dappel de Paris, qui ont réformé le jugement de première instance, ont expliqué leur décision de manière claire et sans ambiguïté : le reportage diffusé par la chaîne française, le 30 septembre 2000, et qui a causé une vague mondiale de stupeur, soulève de graves questions qui nont pas reçu de réponses adéquates.
Les juges ont examiné avec soin les enquêtes qua réalisées laccusé,
C'est Charles Enderlin, correspondant en Israël de la Deuxième chaîne de télévision française, qui a réalisé le reportage sur la base du matériau que lui avait envoyé Talal Abu Rahma. Il s'agit d'un journaliste confirmé, respecté et expérimenté, qui connaît très bien la région et les gens qui y travaillent.
Il ne faut pas non plus négliger le fait que, depuis la diffusion du reportage, lui et sa famille ont été victimes dun harcèlement insupportable, un comportement qui a conduit beaucoup de ses collègues à le soutenir et, ce faisant, à refuser dexaminer les faits en eux-mêmes. Cest une attitude qui, si compréhensible quelle soit, nest pas acceptable.
Comme tout individu, Enderlin peut aussi se tromper, et, dans le cas qui nous occupe, les conséquences de cette erreur ont été graves. Il suffit de souligner le fait que, dans la vidéo de la mise à mort du journaliste Daniel Pearl, on distingue, derrière les assassins, la célèbre image de Mohammed al-Dura et de son père.
Il y a près de huit ans, Enderlin a affirmé, de manière tranchée, que lun et lautre avaient été la cible de tirs israéliens. Quatre ans plus tard, la directrice de la chaîne a émis un son de cloche différent : on ne peut décider avec certitude qui étaient les tireurs, ni doù ils ont tiré. Il faut rappeler également que Talal Abu Rahma, qui a livré, depuis, plusieurs versions contradictoires de lévénement, a reconnu avec fierté son appartenance à lappareil de propagande de lOLP.
Ces faits et dautres entachent le crédit de Charles Enderlin. Comme lont écrit, dans leur décision, les juges de la Cour dappel, on ne peut plus écarter dun revers de main les questions gênantes soulevées par les experts et par plusieurs journalistes qui ont enquêté sur cette affaire au cours des années écoulées, et qui soulèvent de graves doutes sur la vraisemblance du récit qua diffusé dans le monde la chaîne officielle française.
Depuis le premier instant, Monsieur le Président, cette affaire n'a pas été moins française quisraélienne ou palestinienne, et durant les années qui se sont écoulées depuis, la France a été la principale arène du combat pour la découverte de la vérité dans cette affaire. Cest également le cas, jusquici, du dernier acte qui sest déroulé dans un tribunal français lequel a examiné la plainte en diffamation quun organisme public français a déposée contre un citoyen français.
Monsieur le Président, il ne sagit pas d'entacher lhonneur dun homme : ce nest pas une "affaire Enderlin", ni même une affaire "al-Dura". Ce qui est mis sur le plateau de la balance, cest la crédibilité de linformation, prunelle de lil de la démocratie, et en particulier celle dune chaîne publique française centrale. Les dimensions de cette affaire ont dépassé le cadre étroit de la communication pour se muer en une affaire dEtat. Il semblerait convenable que le Président de la République se prononce là-dessus. Sa visite en Israël lui en fournit l'occasion appropriée.
Gil Mihaely
© Yedioth Aharonot

Mis en ligne le 22 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











