06/06/08
Jai mis du temps moi-même à prendre au sérieux la thèse selon laquelle le reportage de Charles Enderlin nétait pas crédible. Jai, au départ, refusé dentendre les gens, par exemple de la Ména, ou même Philippe Karsenty, qui avait cette prétention. Car je me disais : Ce fait est terrible. Il est inconfortable pour tous les amis dIsraël et la tendance naturelle de lêtre [humain] face à un fait inconfortable, cest de locculter. Or, toute une série de systèmes idéologiques au XXe siècle nous le permettent : on met en doute une réalité en allant regarder derrière. Dans les conflits entre réalité et système, cest la réalité qui doit céder le pas au système. Je me disais : voilà ce qui est en jeu dans ce reportage. Et puis, peu à peu, jai ouvert les yeux, jai ouvert les oreilles et jai fait donc le même cheminement que les magistrats de la Cour dappel. Nul ne peut suspecter Laurence Trébucq dêtre un agent sioniste, ni davoir une rancur spéciale vis-à-vis de Charles Enderlin. Elle devait avoir, au contraire, au départ, la même suspicion que moi. Et le jugement qui est très intéressant aurait dû alerter les journalistes, puisque, dans le jugement, il est dit que lexamen des rushes ne permet plus décarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure et qui avaient mis en doute lauthenticité du reportage
RCJ
Le Nouvel Observateur parle dune décision [judiciaire] inquiétante
A. Finkielkraut
Cest plutôt la réaction du Nouvel Observateur qui est inquiétante. Si je comprends, encore une fois, la crainte qui a motivé, au départ, ces signataires parce quil faut se souvenir que Charles Enderlin nétait pas sur place, quil a affirmé dans son commentaire du journal de 20h [du 30 septembre 2000] que lenfant était mort victime des tirs venus de la position militaire israélienne, que son caméraman, sous la foi du serment, a déclaré que lenfant a été tué intentionnellement et de sang-froid, par larmée israélienne, quil a dû lui-même revenir sur cette affirmation, que celle-ci est violemment contestée et que, dautre part, les images que Enderlin ne voulait pas montrer, sous prétexte quelles étaient insoutenables, eh bien, posent des questions [qui restent] sans réponse : aucune trace de sang napparaît sur le T-Shirt du père, alors quil affirme plus tard avoir été blessé par au moins huit balles, et on voit lenfant qui bouge, et qui jette un regard furtif en direction de la caméra. Donc tout cela ne nous dit pas
RCJ
Qui bouge après lannonce de sa mort
A. Finkielkraut
Après lannonce de sa mort
RCJ
Il y a des choses qui sont très troublantes, cest évident
A. Finkielkraut
Troublantes. Richard Prasquier a donc raison non de conclure en faveur dune thèse contre une autre, mais de demander la nomination dune commission dexperts. Je pense que tout cela est légitime. Et pour le coup, je me dis que lidéologie est du côté de ceux qui, au départ, ne voulaient pas tomber dans lidéologie. Ce sont eux qui pensent, en effet, que les sionistes veulent tout faire pour masquer les crimes dIsraël, et qui, sûrs de leur fait cest-à-dire de leurs préjugés se ferment délibérément au débat, refusent de rendre compte de la décision de justice, ce qui est quand même de la part des journalistes une attitude tout à fait singulière. Et cest révélateur à la fois du préjugé et du corporatisme
[A suivre]
© RCJ
Mis en ligne le 6 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











