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Touchez la bosse, Mes Seigneurs !
Il a du panache cet éditorialiste ! Primo a bien de la chance de publier sa prose. Je m’en réjouis, car elle nous conte, dans un style à la Dumas, les méfaits de la caste médiatique. Bravo ! (Menahem Macina).
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04/06/08

Texte repris du site de Primo-Europe

Charles Enderlin est-il mort ? Point du tout. Pourtant, c'est l'impression que l'on a, en lisant Le Nouvel Obs, avec un sous-titre, pour une fois non rédigé par l’AFP.

Edgard Morin, il y a quelques années (lire) avait eu le soutien de Libération. Charles Enderlin aujourd'hui bénéficie des services du Nouvel Obs.

Leur méfait, à ces deux sires ? Avoir, durant un temps, tenu des propos mensongers et/ou diffamatoires à l’encontre d’Israël.

Et lorsque certaines agences ou sites Internet ont l’incroyable audace de toucher au sacro-saint statut du journaliste-correspondant, ou sociologue attitré, Libération et l'Obs se sentent pousser des ailes.

Les diverses célébrations de 68, qui tournèrent souvent à l’autosatisfaction, ont redonné des allures de militants à des journaux désormais bien embourgeoisés.

Ainsi Le Nouvel Obs publie un article et initie un appel à pétitionner, intitulé fort sobrement « Pour Charles Enderlin » (lire). Pourquoi pas "A notre ami Charles Enderlin" ou encore "En hommage à...". Cela aurait été plus guilleret, plus combatif.

Le nouvel Obs n'a pas le même sens du titre que Libé, c’est bien connu. Cette sobriété vous a une petite allure de testament ou d’hommage post-mortem. Ce « Pour Charles Enderlin » appelle une évidence : il n’est pas sans évoquer le sort d’un malheureux.

C’est émouvant. Et nous sommes émus. L'article, que l'on pourrait hâtivement taxer de corporatiste, recèle des perles.

Cette « campagne obstinée et haineuse », aux dires des signataires, serait dirigée de manière inconsidérée contre un honnête journaliste qui a fait son métier dans des conditions difficiles.

Certes, le Moyen-Orient est un endroit beaucoup moins confortable que la Suisse ou le Luxembourg. Vivre à Sdérot ou Askhelon, à Jénine ou à Hébron, présente plus de dangers pour les Israéliens ou les Palestiniens. Travailler à Jérusalem, s’échanger ses informations et rédiger ses papiers au bar du somptueux hôtel American Colony [*] ne rentre pas précisément dans le cadre d’un danger de mort imminente.

Mais peu importe à nos thuriféraires ! En attaquant le grand Charles, c’est un peu à eux que l’on touche.

Eux qui ne savent plus dénoncer les véritables scandales du siècle, qui sont passés maîtres dans l’art - pourtant si néfaste à l’ego - du renvoi d’ascenseur.

On trouve même, parmi les premiers signataires, des personnes qui reçoivent un salaire d’Europe 1, la seule radio qui annonça la mort d’une vedette du petit écran… 15 jours à l’avance. Pour du scoop, c’est du scoop !

Les voilà donc, nos journalistes et gens de médias, d’une cour ou d’une autre selon le vent politique qui souffle, qui s’inquiètent de la possible mise en cause de l’intégrité d’un journaliste.

Eux se réjouissent d’un jugement lorsque celui-ci leur donne raison, mais s’inquiètent de la décision de justice qui entame, à les entendre, la muraille de leur intouchabilité.

Charles Enderlin relayait triomphalement les attendus de justice lorsque ceux-ci lui donnaient raison contre des sites comme Vox Dei, ou Média Ratings. Il est, depuis, beaucoup plus discret et masque avec peine son agacement devant tant de cruauté de la part de l’appareil judiciaire.

Lui et ses admirateurs-signataires-pétitionnaires n’acceptent plus de ne plus être les seuls à parler, à analyser, à étudier.

Ils s’étonnent que des citoyens – certains même sont bénévoles – passent aux rayons X le fruit de leurs reportages et déclarent vouloir simplement comprendre.

Le phénomène Internet attire, bien entendu, les pires illuminés qui soient. Mais il révèle également la passion pour la vérité qui anime tout être n’ayant pas définitivement abdiqué devant la toute-puissance médiatique. Ces seigneurs n'ont pas vu venir le phénomène. Ils ne l'acceptent pas. Pensez donc ! Être remis en question : quelle horreur !

Eux qui se rendent quotidiennement complices du théâtre d'opérations médiatique que sont devenus les débats politiques, bons mots qui font mouche, apparition dans les meetings à 19h30 pour passer au 20 h des grandes chaînes.

Il y a quelque chose de pathétique à voir un journaliste faire mine de s’offusquer devant l’exceptionnelle longévité de certaines carrières politiques, alors qu’il est là depuis plus longtemps qu'eux [sic], et sans aucun contrôle déontologique.

Le politique a au moins la pudeur de remettre son mandat en jeu régulièrement. Un journaliste attitré, influant sur l'opinion de manière bien plus efficace qu'un politique, n'encourt jamais la sanction du vote. Il est vrai qu'il a maintenant fort à faire avec des actionnaires.

Les plus ardents à réclamer, à cor et à cris, le renouvellement de la classe politique, sont les mêmes qui trustent les postes de confiance hautement rentables, depuis trois générations, excluant de fait les tout-juste-sortis des écoles de journalisme, cantonnés, eux, à des piges sous-payées au sein de rédactions de chaînes d’infos en continu.

Et encore, celles-ci servent-elles souvent de recyclage aux anciennes et petites notoriétés écartées des grands médias.

Le journaliste dénonce régulièrement les cumuls de mandats chez les politiques. Quelle crédibilité lui accorder, alors que certains d’entre eux cumulent la direction d’un grand journal, une ou deux émissions télés sur une TV publique, et une quotidienne dans une radio privée ?

Ils se cooptent entre eux, avec l'assentiment du pouvoir qui en fait ainsi des obligés, pour la direction de grands groupes de presse.

Si, en plus, ils ont le temps d’écrire un livre (ou de faire superviser son écriture par un nègre, ce qui est insupportablement chronophage), ils pourront compter sur la bienveillante compréhension de leurs anciens ex- ou futurs collègues des médias concurrents, pour leur servir la soupe.

Ajoutons à cela quelques piges dans des quotidiens régionaux, juste de quoi payer les impôts à la fin de l'année, et les animations de grands-messes patronales appelées "ménage", qui rapportent de coquets émoluments.

Mais ils ne dénoncent jamais les atteintes à l’intégrité de l’information dont les médias se font les complices.

Un simple exemple : certaines tribus afghanes se sont enrichies de manière significative en organisant pour les grands médias des explosions contrôlées dans les collines censées abriter des Talibans, afin de permettre à un reporter en battle-dress (tenue préférée de Charles Enderlin pour passer au 20 h) de parler devant un fond de nuage de fumée.

Certains journalistes européens savent que des combats ont été organisés en faux dans certains théâtres d'opération, décidément trop calmes pour de bonnes images, filmant une simulation de guerre dans une totale impunité. Nous ne sommes pas loin de la définition même de la propagande.

A 500 dollars la prise de vue, ces familles afghanes ont mis un joli paquet de côté.

Et on a également souvenir de certaines funérailles, à l'issue desquelles le mort se relevait aussitôt la presse repartie dans ses locaux climatisés. Les journalistes le savent. Les rédacteurs en chef le savent. Les directeurs de journaux le savent.

Alors, quelle crédibilité ? Quel honneur ?

Le peuple, lui, l’ignore. Et c’est bien de cela qu’ils sont nostalgiques, les signataires de cette absurdité, eux qui parlent souvent pour que les autres se taisent. Soyons justes en précisant : eux qui parlent souvent PARCE QUE les autres se taisent.

Le récent jugement qui a débouté Charles Enderlin de sa plainte vis-à-vis de Philippe Karsenty inquiète ces professionnels car – entendons l’argument - il laisse entendre qu’il existerait désormais à l’encontre des journalistes une "permission de diffamer", qui permettrait à chacun, au nom de la "bonne foi", du "droit de libre critique" et de la "liberté d’expression", de porter atteinte impunément "à l’honneur et à la réputation des professionnels de l’information".

La réputation des professionnels de l'information est déjà bien entamée par l'admiration sans faille ni discernement devant les phénomènes à la mode, les Star'acisés, les "pipolisés".

Cette réputation a été ternie lorsque pas un n'a pu prévoir le second tour catastrophique de 2002, lorsque les mêmes se jettent sur le phénomène Royal pour le délaisser sitôt la défaite survenue.

Ils se sont jetés, suivant docilement un certain juge, sur les innocents d'Outreau, comme ils se jetèrent naguère sur l'affaire Grégory.

Est-ce diffamer que de demander des comptes à une chaîne de télévision publique et à son correspondant ?

Les journalistes seraient-ils donc devenus la caste intouchable, un néo-clergé possédant un don tout à fait particulier d’infaillibilité ? Caste qui aurait de plus l’immense talent de ne compter que des moutons blancs ?

Touchez la bosse

Mais, bien entendu, ces "seigneurs" n’iront pas jusqu’à toucher la bosse de Philippe Karsenty, de Nicolas Ciarapica. Ils se contentent de les attaquer, de loin. C'est tout juste s'ils ne se mettent pas un mouchoir sur le nez.

Bien entendu, France 2 s’est assuré de la véracité du reportage de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahmé, le cameraman.

Bien entendu, la rédaction de France a pris toute ses dispositions pour établir de manière irréfutable que l’armée israélienne avait bien tiré sur l’enfant avant de diffuser gratuitement son reportage à la planète entière.

Bien entendu, puisqu'elle le dit ! (lire la déclaration officielle de Primo qui date de Février 2005).

Ceux qui mettent en doute la probité de Charles Enderlin et de France 2 ne sont que de vilains petits bossus, courbés devant la magnificence des grands faiseurs d’opinions que sont les médias institutionnels.

Ceux-ci peuvent même se payer les services de valets tel Hubert Védrine et Théo Klein, décidément bien éveillés dès lors qu’il s’agit de défendre l’honneur bafoué d’un des plus ardents défenseurs de leurs thèses concernant le Moyen-Orient.

La courtisanerie est décidément l’une des choses les mieux partagées au monde. Certains, pour exister encore, pétitionnent.

Le Nouvel Obs leur offre tribune. Pendant ce temps, les altermédias continuent leur percée au plan de la crédibilité. Le chômage guette les médias officiels. Les gouvernements de droite ou de gauche n’auront bientôt plus de porte-parole.

Et les bossus ont encore quelques bottes de Nevers à leur disposition. Ils ont l’avantage de frapper en plein jour, non dans des culs de basse-fosse.

Parfois, la justice les punit pour cet affront. Parfois, comme c’est le cas ici, elle semble prendre le temps de réfléchir. On ne va pas s’en plaindre !

Paul Lémand

© Primo

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Note d'upjf.org

[*] Sur cette forme de journalisme à l'hôtel "Colonie Américaine", et sur la faune médiatique qui y prospère, admirablement croqués, l'un et l'autre par une vraie journaliste, bourrée de talent, de surcroît - ce qui ne gâche rien -, voir : Fiamma Nirenstein, "Les journalistes et les Palestiniens". Extrait:

 

"Non loin de là, court Salah-al-Din, l’artère centrale de communication de la Jérusalem arabe, où il n’y a que magasins, bruits, embouteillages. C’est ici qu’ont lieu certaines confrontations du vendredi, après les prières du matin dans les mosquées. Vers le soir, le restaurant de la Colonie Américaine est bondé de journalistes couverts de poussière et fatigués, qui viennent juste de rentrer, avec leurs téléphones cellulaires et leurs ordinateurs portables, de Gaza ou de Ramallah, zones de tir. La plupart d’entre eux ont entre trente-cinq et cinquante ans, et sont assez avancés en âge pour apprécier un moment de relaxation. Dans cet environnement confraternel, on sent l’extraordinaire puissance informelle des médias - iconoclastes, ostentatoires, moqueurs, virtuellement tous d’accord.

Les équipes d’auxiliaires de presse sont en grande partie arabes, les journalistes locaux sont Palestiniens, et souvent aussi les cameramen. Les serveurs et le personnel de l’hôtel sont également Palestiniens, de même que les invités habituels auxquels on se heurte dans les salles, anciens de la première intifada des années 80 - la vraie. Les chefs de ce soulèvement considèrent la Colonie Américaine comme leur territoire de chasse, un lieu pour fixer des rendez-vous, réaliser des interviewes, et faire des confidences drôles à des journalistes étrangers. Une connaissance me relate avec amusement avoir surpris un correspondant en train de remercier son informateur palestinien qui lui fournissait les heures précises des confrontations "spontanées" du lendemain.

Avec son allure rassurante, au raffinement arabe, le clapotis de la fontaine du paradisiaque petit jardin de l’hôtel, où le déjeuner est servi parmi le jasmin et les roses, ses tuiles arméniennes blanches et bleues, ses touches orientales adaptées au goût occidental, l’hospitalité de son personnel drapé de courtoisie et de dignité, la Colonie Américaine est beaucoup plus qu’une hôtellerie: c’est une image paradigmatique de la sympathie que nourrit la presse internationale envers la cause palestinienne et, inversement, de son animosité complexe à l’égard d’Israël. Un brin vaniteux, beaucoup, parmi les invités en ce lieu, remuent encore, dans leur mémoire, l’image bronzée de leurs vingt ans, keffieh arabe autour du cou, sur les campus des universités américaines ou européennes: jeunes rebelles, jeunes héros, jeunes contestataires de n’importe quelle puissance hégémonique. Pour eux, les tendances pro-palestiniennes sont aussi naturelles, aussi distinguées, et aussi correctes que la célèbre collation du samedi matin, à la Colonie Américaine."

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Mis en ligne le 5 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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