[*] Dominique Vidal, en collaboration avec Joseph Algazy, Le péché originel dIsraël, sous-titré, Lexpulsion des Palestiniens, revisitée par les Nouveaux historiens. Publié pour la première fois en 1998, il a connu, depuis, plusieurs rééditions dont la dernière date, sauf erreur, de 2002.
[**] Voir "Appel à signatures en faveur dEnderlin, dans le Nouvel-Obs: " Un 'Monument Henry' de papier journal ".
29 mai 2008
Sur le site du Monde Diplomatique.
Le 30 septembre 2000, deuxième jour de la seconde Intifada, Talal Abu-Rahmeh, qui travaille pour France 2, se trouve au carrefour de Netzarim, au centre de la bande de Gaza. Soudain, une fusillade éclate entre combattants palestiniens et soldats israéliens : la caméra saisit la mort dun enfant dans les bras de son père.
Via les chaînes dinformation continue, des millions de téléspectateurs assistent ainsi à lagonie du petit Mohammed Al-Dura. Des images qui symbolisent pour lopinion arabe, musulmane et internationale la violence de la répression contre le soulèvement palestinien.
Pour briser cette « icône », les inconditionnels dIsraël polémiquent dabord sur lorigine des balles meurtrières. Dans son commentaire, Charles Enderlin, le correspondant permanent de France 2, penchait pour lhypothèse de tirs israéliens quun porte-parole de larmée nexclura dailleurs pas. Eux sefforcent, expertise balistique à lappui, dincriminer les Palestiniens. Avec lentrée en scène de la
Pourquoi un journaliste franco-israélien aussi respecté que Charles Enderlin se serait-il prêté à pareille tromperie ? Outre Mohammed Al-Dura et son père, des centaines de soldats israéliens et de tireurs palestiniens auraient-ils participé à cette supercherie, sous les yeux de nombreux journalistes israéliens et étrangers ? Survivant, lenfant aurait-il échappé à larmée doccupation, ses légendaires services secrets et ses dizaines de milliers de collaborateurs ? Non seulement nos propagandistes ne répondent pas à ces questions, mais ils font mine dignorer que 985 autres enfants palestiniens ont perdu la vie depuis la fin septembre 2000
La fable dun « jeu de rôles » na pas une once de crédibilité. Le tribunal correctionnel de Paris, en octobre dernier, avait donc logiquement donné raison à Charles Enderlin contre lun de ses diffamateurs, M. Philippe Karsenty. La Cour dappel vient pourtant de décider, le 26 mai 2008, que les propos tenus par ce dernier portaient « incontestablement atteinte à lhonneur et à la réputation des professionnels de linformation », mais a admis sa « bonne foi » et estimé quil avait « exercé son droit de libre critique » et « na pas dépassé les limites de la liberté dexpression ».
Sans avoir, il est vrai, jugé sur le fond, la justice a délivré ainsi un étrange « permis de diffamer ». Certes, aucun terrorisme intellectuel ne musellera les intellectuels et journalistes honnêtes qui, connaisseurs du dossier et habitués du terrain, informent lopinion sur la colonisation et la répression israéliennes. Victimes, avant Charles Enderlin, de ce genre dattaques, Daniel Mermet, Edgar Morin, Esther Benbassa et tant dautres ont tenu bon. Mais ces campagnes scandaleuses pourraient intimider ceux qui, moins compétents et moins déterminés, seront tentés d« arrondir les angles » plutôt que risquer dêtre, à leur tour, ciblés.
Sans parler de lévolution de la politique proche-orientale de la France, sous la présidence de M. Jacques Chirac à partir de 2005 et, a fortiori, avec le nouvel hôte de lElysée. On sent déjà, depuis, les effets de cette « prudence ». Une nouvelle preuve : durant la semaine tragique vécue par Gaza, fin février-début mars, certains médias ont beaucoup plus parlé des quatorze victimes israéliennes des Qassam (en sept ans) que des cent quinze Palestiniens tués par Tsahal (en cinq jours).
Dominique Vidal
© Le Monde Diplomatique











