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Cest une défaite historique, juridique et journalistique, pour France 2 et Charles Enderlin. Et, pour Philippe Karsenty, une victoire qui a été accueillie dans un silence tendu.
Relaxé !
Le 30 septembre 2000, France 2 avait diffusé, dans son JT de 20 heures, un compte-rendu d'une cinquantaine de secondes, réalisé par Charles Enderlin sur des images de son cameraman palestinien Talal Abu Rahma. Charles Enderlin déclarait en voix off : « Près de limplantation de Netzarim (bande de Gaza)
Jamal et son fils Mohammed, 12 ans, sont la cible des tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohammed est mort et son père gravement blessé ».
Diffusée gratuitement dans le monde entier par France 2, limage de Mohammed al-Dura est notamment arborée, fin 2000, lors dun défilé à Paris où lon crie : « Mort aux Juifs ! », et elle est incrustée dans la vidéo de légorgement, par des islamistes, du journaliste juif américain, Daniel Pearl (z"l).
Une controverse naît, qui impute les tirs aux Palestiniens, puis ne tarde pas à contester la réalité des faits allégués par Charles Enderlin. Ces doutes sont exprimés par le physicien israélien, Nahum Shahaf, la Metula News Agency (1), la journaliste allemande Esther Schapira (2), Gérard Huber (3), les journalistes français Luc Rosenzweig, Denis Jeambar et Daniel Leconte (4) et bien dautres (5).
Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publiait le texte intitulé : « France 2 : Arlette Chabot [Ndlr : directrice de linformation de France 2] et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », dans lequel il évoque un « faux reportage », une « mise en scène » et une « supercherie médiatique » (6). Texte jugé diffamatoire par France 2 et Charles Enderlin, qui poursuivent en justice lauteur de ces propos.
Le 19 octobre 2006, la 17e chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris condamnait Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, et à verser à chaque partie civile un euro de dommages et intérêts à la chaîne publique et à son journaliste, soit 3 000 euros, au titre de l'article 475-1 du Code de procédure pénale (frais de justice) (7).
Philippe Karsenty interjetait immédiatement appel de ce jugement.
Au terme daudiences à rebondissements, en 2007 et 2008 (8), avec une économie de mots et sans préciser les motivations de son arrêt, la présidente de la 11e chambre de la Cour dappel de Paris, Laurence Trébucq, annonce, ce 21 mai 2008, que la Cour relaxe Philippe Karsenty et infirme le jugement de première instance.
Un questionnement légitime
Au prononcé de la relaxe de Philippe Karsenty, Me Bénédicte Amblard, avocate de France 2 et de Charles Enderlin, pâlit. Abasourdie, elle nen revient pas.
Présents lors des audiences de visionnage des rushes de France 2, ou de plaidoiries, Charles Enderlin et Arlette Chabot brillent, ce 21 mai, par leur absence. Comme leur autre défenseur, Me Francis Spziner. Tout comme la foule qui sagglutinait dans le couloir contigu lors des audiences précédentes. Comme si tout avait été dit, ou vu, ou compris.
Si les journalistes de médias américains et israéliens sont bien représentés, les médias français sont peu nombreux.
Me Patrick Maisonneuve, avocat de Philippe Karsenty, et Me Bénédicte Amblard lisent avec attention la « copie de travail » de larrêt, cest-à-dire larrêt avant sa signature par la présidente et la greffière.
Me Patrick Maisonneuve en résume la teneur à la presse : « La Cour dappel rappelle quil y avait un débat sur les images. Elle indique quil était légitime de commenter, danalyser et de critiquer ces images. Au regard de ce débat, Philippe Karsenty, de bonne foi, a exercé librement son droit de critique par rapport au pouvoir de la presse ». Même [si ce fut] en « termes virulents ».
Donc, la critique, lanalyse et le soupçon qu'on a affaire à des saynètes de guerre, dans le style "Pallywood" sont reconnus comme légitimes par la Cour dappel de Paris, qui inflige ainsi un désaveu cinglant à la thèse des intimés, professionnels du journalisme, arc-boutés sur leur refus indigné de toute remise en cause, et reprend les arguments de Sandrine Alimi-Uzan, procureur de la République, dans ses réquisitions de relaxe du prévenu en 2006.
Dans les heures qui ont suivi le prononcé de larrêt, France 2 et Charles Enderlin se sont pourvus en cassation devant une Cour censée statuer en droit, et ne pas juger du fait. Ils maintiennent donc leur position. Ils ne licencieront vraisemblablement pas Talal Abu Rahma, dont la carte de presse na pas été renouvelée par le Bureau gouvernemental de presse (GPO) depuis fin 2001. ''Quand nous avons pris conscience de l'implication de Talal Abu Rahma dans la mise en scène d'événements dans la bande de Gaza, nous n'avons pas renouvelé sa carte de presse qui a expiré en 2001'', déclarait Daniel Seaman, directeur du GPO, qui dépend du Premier ministre israélien, à Guysen-Paris, le 3 mars 2008.
Comment vont réagir les médias français ? Les principaux quotidiens ont repris des dépêches dagence et évoquent les incohérences et invraisemblances émaillant les fameux rushes de France 2. Une brèche dans la version assenée par France 2 et Charles Enderlin.
Lors du JT de France 2, le 21 mai, à 20 h, David Pujadas estimait que la Cour dappel avait reconnu « la diffamation », mais avait accordé à Philippe Karsenty le bénéfice de « la bonne foi ». Des circonlocutions pour éviter dannoncer la « relaxe ».
Une autre procédure judiciaire en Israël
Ce long arrêt, qui sera rendu public dans quelques jours, marque un mois judiciairement difficile pour les intimés.
En effet, le 12 mai 2008, la cour suprême dIsraël examinait la requête de Me Nitsana Darshan-Leitner, directrice de Shurat HaDin, un cabinet juridique israélien, qui demandait le retrait de laccréditation, par le GPO, de France 2 et de Charles Enderlin. Me Nitsana Darshan-Leitner demandait aussi que ces derniers reconnaissent la fausseté du reportage controversé. Elle poursuivait sur les griefs de manquements professionnels et falsifications volontaires ayant entraîné des violences.
LAssociation de la presse étrangère et celle dénommée Communications & Presse sétaient jointes à la plainte comme amies du tribunal (9).
Pour les défendeurs, l'autorisation de pratiquer le métier de journaliste ne dépend pas de la qualité du travail et de lhonnêteté des professionnels, et le retrait de laccréditation ne serait possible quen des cas exceptionnels, telle la diffusion dinformations liées à la sécurité de lEtat.
La Cour suprême israélienne rendra prochainement sa décision.
Larroseur arrosé
France 2 et Charles Enderlin se trouvent pris au piège dune stratégie judiciaire qui sest retournée contre eux et a révélé à un large public linconsistance de leur thèse. Une thèse que lon serait bien en peine de définir: un témoin majeur, Talal Abu Rahma, sest rétracté le 30 septembre 2002, après avoir initialement affirmé, sous serment, le 3 octobre 2000 : « Lenfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par larmée israélienne ». Charles Enderlin maintient mordicus, jusqu'à ce jour, sa conviction de la responsabilité israélienne ; Arlette Chabot sait quon ne connaîtra jamais lorigine des tirs... On ne saluera donc jamais assez le mérite davocats qui ont su plaider pour des clients aux opinions divergentes.
Prudemment, France 2 et Charles Enderlin avaient assigné en justice pour diffamation des personnes quils considéraient comme responsables de sites Internet reproduisant des articles dauteurs mettant en doute lauthenticité des faits allégués (10), et non leurs auteurs. Ils escomptaient des condamnations judiciaires aisées, rapides et qui auraient fait taire toute velléité de mise en cause, de crainte dune énième condamnation. Ainsi, laffaire al-Dura serait morte
comme le petit Mohamed al-Dura selon Charles Enderlin.
Or, en poursuivant Philippe Karsenty, France 2 et Charles Enderlin ont commis L'erreur fatale. Ils se sont mépris sur son compte et lont sous-estimé. Ils ont découvert la finesse tactique dun homme d'affaires, qui, après avoir réalisé une enquête pour se forger une conviction, est parvenu à rallier à sa cause un réseau relationnel dense associations juives, journalistes, etc. - et a su convaincre la Cour dappel de Paris.
France 2 se trouve dans l'oeil du cyclone médiatique, et cest désormais Philippe Karsenty qui a la maîtrise de la situation dans une affaire au confluent de léthique journalistique, du blood libel (accusation infondée de crime rituel portée à légard des Juifs) (11), de la propagande médiatique du jihad mondial, de la psychanalyse (12), et des différentes versions afférentes au conflit proche-oriental.
Une affaire qui a aussi révélé, dans le chef du fleuron du service public audiovisuel français, non un dysfonctionnement, mais un fonctionnement fautif inquiétant : annonce de la mort dun enfant, sans images probantes - l'image de son agonie nexistant pas, contrairement aux affirmations de Charles Enderlin -, embourbement dans des versions successives contradictoires, etc.; et ce sans la moindre sanction du Conseil supérieur de laudiovisuel (CSA), ni de lautorité politique de tutelle.
Une affaire qui a également mis en évidence des corporatismes au sein du « Quatrième Pouvoir », tant perdurent les atermoiements des journalistes et l'incapacité de France 2 à reconnaître ses erreurs.
Une affaire, enfin, qui a suscité la stupeur en dehors de lHexagone daucuns évoquent une nouvelle affaire Dreyfus et ne peut plus laisser indifférentes les autorités politiques françaises.
Certains des adversaires de Philippe Karsenty l'ont même assimilé aux « révisionnistes », ou à ceux qui contestent la réalité des attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 (13) ; ou encore, ils ont évoqué une « chasse aux sorcières » et une « campagne de calomnies » (14), à l'encontre de Charles Enderlin. Une tentative de discrédit, écartée par la Cour dappel de Paris.
Nul doute que son arrêt ne renforce le souhait du Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), que soit constituée une commission denquête, composée de professionnels de limage, dexperts balistiques et de médecins, pour examiner ces images controversées, afin que toute la vérité soit faite et rendue publique concernant lincident al-Dura.
Véronique Chemla
Notes
(1) http://www.menapress.com (2) Esther Schapira a réalisé le documentaire Qui a tué Mohamed al Dura (2001-2002), disponible en DVD. [Il a été entièrement transcrit sur le site de l'Upjf, sous le titre: "Transcription intégrale des textes du film dE. Shapira : «3 balles et un enfant mort»". Voir aussi : "«Trois balles et un enfant mort»: La vidéo du documentaire d'Esther Schapira" (document exclusif de l'Upjf). Note de la Rédaction d'upjf.com]. (3) http://www.gerardhuber.fr (4) Denis Jeambar et Daniel Leconte, "Al-Dura: Guet-apens dans la guerre des images", Le Figaro, 25 janvier 2005, repris sur le site debriefing. (5) Parmi ceux-ci, citons Serge Farnel ; Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, "Mohammed al-Dura et le parti des médias, Image de guerre ou guerre des images", 17 avril 2008. (6) "France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement", 22 novembre 2004. (7) Véronique Chemla, "La justice française se prononcera sur les images controversées de la mort de Mohammed al-Dura", 19 septembre 2006. (8) Véronique Chemla : "La Cour dappel de Paris demande à France 2 les rushes sur lincident al-Dura", 19 septembre 2007; "France 2 a accepté de remettre ses rushes de lincident al-Dura à la Cour dappel de Paris", 9 octobre 2007; "Mohammed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 !", 15 novembre 2007; "Un expert balistique estime «sérieuse» la possibilité dune «mise en scène» de la «mort» de Mohammed al-Dura", 27 février 2008; [rappelons que Ph. Karsenty a commandité une telle expertise, que le site de l'Upjf a reproduite intégralement, sous le titre: "Rapport d'expertise consacré à la mort et aux blessures présumées de Mohammed et Jamal Al-Dura". Note de la Rédaction d'upjf.com]; "France 2 et Charles Enderlin nexpliquent pas à la Cour dappel de Paris les incohérences et invraisemblances relatives à lincident al-Dura", 2 mars 2008; "Affaire al-Dura : les rushes de France 2 en exclusivité sur Youtube", 24 avril 2008. (9) Stéphane Juffa, Vipères lubriques (1ère, 2e et 3e parties) à http://www.menapress.com, ou à http://www.guysen.com/mena.php. (10) Daniel Vavinski, "Jugement mitigé dans laffaire Enderlin contre Desinfos.com", 2 février 2007, Actualité juive; "Charles Enderlin sur son blog personnel... a la mémoire courte", 4 octobre 2007; Véronique Chemla, "Charles Enderlin poursuit un chrétien ami dIsraël dans laffaire al-Dura", 12 janvier 2008. (11) Interview de Richard Landes, 6 janvier 2008; Alliance israélite universelle, "Le mythe du crime rituel", 18 novembre 2007. (12) Interview de Gérard Huber, 27 décembre 2007. (13) Menahem Macina, "Canal+ : Le Bon, la Brute et les Truands, panégyrique d'Enderlin et diabolisation de ses critiques", et extrait du numéro de "Jeudi investigation" sur Canal + - intitulé Rumeurs, intox: les nouvelles guerres de l'info, vidéo sur Dailymotion. (14) Menahem Macina, "Al-Dura : Ph. Karsenty fera-t-il les frais du prochain «Jeudi Investigation» de Canal+ ?".
Photos : © DR, V. Chemla et Richard Landes. De haut en bas :
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Mohammed al-Dura, déclaré mort, bouge les jambes et soulève son coude pour regarder la caméra.
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Mohammed al-Dura déclaré mort, par Ch. Enderlin.
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Les al-Dura dans la vidéo de Daniel Pearl.
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Porte d'entrée de la 11e chambre de la Cour d'appel de Paris © Véronique Chemla.
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Timbre tunisien à l'effigie des al-Dura.
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Grilles du jardin du Luxembourg, lors de lexposition Objectif Une : un demi-siècle vu par LExpress (2004). La légende de la photo des al-Dura, indiquait, en français, anglais et espagnol : « 30 septembre 2000. Jamal al-Dura et son fils Mohammed, âgé de 12 ans, se protègent des balles israéliennes. Lenfant sera tué ». Des passants ont supprimé les mots « israéliennes, tué ». Des barrières métalliques ont été mises pour protéger le texte. Lautre photo était ainsi légendée : « Un Palestinien montre ses mains trempées dans le sang de deux soldats israéliens lynchés dans un poste de police de Ramallah, en Cisjordanie » - © V. Chemla.
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Mohammed al-Dura, déclaré mort, bouge les jambes et soulève son coude pour regarder la caméra.
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Logos de France 2 et de son JT.
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Croquis d'une vue aérienne du carrefour de Netzarim - © Richard Landes et V. Chemla.
© Guysen International News
Mis en ligne le 22 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org |