[*] Voir : " « En marche vers une ruine totale », interview d'un chef terroriste palestinien, par A. Issacharoff ".
11 avril 2008
Titre original : "Zakariya Zubeidi's Remarkable Disclosure".
Traduction française : Objectif-info
La semaine dernière, le 4 avril, Haaretz a publié linterview remarquable réalisée par Avi Issacharoff, de Zakariya Zubeidi, un ancien chef des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa à Jénine. Linterview a été extrêmement franche. Lidée fondamentale de Zubeidi est quIsraël a infligé une défaite aux Palestiniens, et que ces derniers ne sont pas en mesure de vaincre cet adversaire. L'Intifada a échoué. La "lutte armée" na abouti à aucun bénéfice. Zéro. Elle ne sest conclue par aucun avantage militaire qui aurait pu se convertir en bénéfice politique. Zubeidi a également déclaré qu'il n'y avait pas didentité palestinienne, seulement des factions, et que la direction de lAutorité palestinienne était corrompue et inapte à gouverner.
C'est là une déclaration importante parce qu'elle pourrait représenter un tournant. Si dautres dirigeants partagent ces opinions et parviennent aux mêmes conclusions, cela signifie que la société palestinienne de Judée et de Samarie est en train de franchir une nouvelle étape en matière de conscience politique. Homme de talent remarquable [1], Zakariya Zubeidi est un chef terroriste désormais rangé [2]. Si ce jeune homme dune intelligence vive et doté dune fibre artistique avait eu lopportunité d'acquérir une bonne éducation, il aurait pu exercer une profession confortable dans la classe moyenne. Mais Zubeidi, le dégourdi [3], qui a grandi sur les barricades, a survécu à un processus de sélection impitoyable qui nexcluait pas le crime. Un chef qui sest frayé un chemin en partant du bas, est capable à lévidence dévaluer rapidement une situation et de sexprimer tout à fait convenablement. En revanche, à la différence de la direction de lAutorité palestinienne qui ne manque de rien et qui fait tout son possible pour maintenir les apports de fonds en provenance de l'étranger, du point de vue de Zubeidi, la poursuite du conflit signifierait la disparition de davantage de ses amis sans que cela ait le moindre sens. De fait, sa façon de voir les choses reflète clairement une différence de classe.
Ce qui est important, cest la teneur de sa déclaration, qui contient, à la base, la reconnaissance et l'acceptation de la défaite militaire et politique. Ici, Zubeidi décrit les caractéristiques classiques de la défaite : le fait de réaliser que l'on ne peut pas vaincre son adversaire, et que la poursuite de la lutte armée na ni rime ni raison. Il sexprime dans un langage direct :
« Nous avons été vaincus... Aujourdhui, il ny a pas didentité palestinienne... Gamal Abdel Nasser lui-même avait admis sa défaite... Nous poursuivons notre route dans une direction qui ne mène nulle part, vers la ruine totale. Le peuple palestinien est fini... Aujourdhui, le président du peuple palestinien est le général Dayton [Keith Dayton, le coordonnateur américain pour la sécurité]. Ils travaillent tous pour lui. Cest le patron. Une Autorité palestinienne, cela n'existe plus. »
Son intervieweur, Avi Issacharoff, ajoutait que, depuis peu, Zubeidi trouve le sommeil tardivement [4], ce qui est un signe de la démoralisation ou dépression, car, alors quil se proposait de le faire, il ne gagne pas assez d'argent pour entretenir sa famille.
De son côté, Khaled Abu Toameh a rapporté (dans le Jerusalem Post, du 7 avril) qu'une nouvelle Jeune Garde de l'Autorité palestinienne cherche à changer les choses et désire envoyer un "message de compromis" à Israël. "Cest ainsi", écrit Abu Toameh,
"quelle tente déliminer de son programme des expressions dures comme 'lutte armée, 'résistance', et 'libération'."
Si des dirigeants palestiniens commencent à se rendre compte qu'ils ont été vaincus, cest là un pas en avant important. Pour que cela se réalise, il est nécessaire que la société palestinienne fasse en sorte de changer son équipe dirigeante. Quand, par exemple, l'Allemagne et le Japon ont été vaincus, cest parce que ces pays ont accepté leur défaite [5] que les États-Unis ont été en mesure de les aider à reconstruire leurs sociétés sur de nouvelles bases : celles dune démocratie paisible fondée sur légalité et une économie en croissance. De même, après la guerre dIndépendance, Israël a contribué à jeter les bases dune société moderne dans les secteurs peuplés par ses citoyens arabes. Bien que lon ait beaucoup critiqué cet effort, il a abouti à des succès remarquables dans la création dune société moderne et autonome, qui a permis à ses citoyens daccéder à un bon niveau de vie, à des droits civiques et des prestations sociales garanties par la loi.
L'Autorité palestinienne, si elle espère un avenir meilleur, doit trouver une manière de changer le cours des événements et de s'engager dans des activités pacifiques, qui procureraient un travail et une vie honnête à des personnes de talent comme Zubeidi, une occupation qui leur ferait quitter la rue, avec beaucoup dautres. Une nouvelle direction devrait exiger la fin de l'incitation à la violence, et, naturellement, l'acceptation de l'Etat juif.
Dans la réalité que nous vivons, si une défaite palestinienne dans les territoires se dessine, Israël devrait s'assurer quelle se traduise pour ces derniers par un avantage politique concret. Ce qui se produit en ce moment au sein de lAutorité palestinienne est d'une importance énorme pour notre bien-être et notre sécurité. Avec ou sans lAutorité palestinienne, les Palestiniens seront là demain et le jour suivant. Israël ne peut pas couper les amarres avec lAutorité palestinienne ni la laisser aller à vau-leau, comme Yitzhak Rabin lavait rêvé pour Gaza, ni leur souhaiter une société qui ne serait pas régie par le droit. Bien quIsraël nassure plus le gouvernement de ces zones, il a grand intérêt à sassurer que la nouvelle génération palestinienne fasse de bons voisins et abandonne les objectifs funestes de "la lutte armée", au bénéfice de la réforme, de la transparence, et du développement économique pacifique.
© Makor Rishon
Le Dr Joël Fishman est membre dun centre de recherches de Jérusalem.
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Note de Menahem Macina
[1] On ne voit pas doù J. Fishman tire cette appréciation élogieuse. A moins quil n'ait accès à des sources qui corroborent son appréciation (mais quil nindique pas), lexpérience et lhistoire enseignent quil nest pas nécessaire davoir du talent pour être à la tête dun groupe terroriste. La haine et la volonté déliminer lennemi en tiennent souvent lieu.
[2] Jai fait remarquer dans mon introduction que rien nindique que Zubeidi se soit rangé. La lecture de lintégralité de ses propos, dans linterview dIssacharoff ne laisse aucun doute sur sa haine dIsraël et sur sa rage rentrée davoir été vaincu.
[3] Ne disposant pas de loriginal anglais, je nai pu corriger cette traduction qui détone quelque peu dans ce contexte.
[4] Ce nest pas ce qui est écrit dans larticle de Issacharoff. On y lit en effet : "une femme qui travaille au théâtre a expliqué quil a l'habitude de dormir tard
". Beaucoup de gens dont lauteur de cette remarque ont coutume de dormir tard, pour différentes raisons - dont surtout, le désir de profiter au maximum de leur état de veille (pour travailler, ou prendre du bon temps) - cela ne fait pas deux, pour autant, des gens atteints de dépression.
[5] La comparaison me paraît inappropriée. LAllemagne et le Japon nont pas "accepté leur défaite" : ils ont été contraintes à une capitulation sans condition après avoir causé, par leur entêtement intraitable et leur fanatisme, la ruine de leur pays et la mort de millions de leurs citoyens. Il faut souhaiter que les Palestiniens nimitent pas ce terrible précédent.
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Mis en ligne le 14 avril 2008, par M.











