Voir aussi : "Topographie et toponymie délirantes de la carte 'wallestinienne' de «Palestine 2008»".
Notre confrère néerlandais, Joods Actueel, a, également dit ce qu'il pensait de cette affaire, voir : "Waals Palestina project zet kwaad bloed".
09/04/08
Ce nest certainement pas un hasard si, pour introduire un de ses groupes qui est partie prenante aux activités de cette « Saison artistique et culturelle » consacrée à la Palestine, le site de Masarat, le partenaire palestinien de la Communauté Française de Belgique pour cet événement, affiche, sur son site, une carte (1), dont le caractère, manipulateur autant quinsultant, devrait scandaliser tant les Flamands identifiés, pour les besoins de la cause palestinienne, aux Israéliens 'expansionnistes' et 'annexionnistes' - que les Wallons, réputés en danger dêtre phagocytés par la voracité flamande. Le sujet est suffisamment hors norme pour quil vaille la peine de sy arrêter ; cest pourquoi jy reviendrai en détail, plus loin.

Carte 'wallestinienne'
Sil ne sagissait que dune provocation circonscrite à un site, blog, ou groupe de pression, il ny aurait pas de quoi sinquiéter outre mesure : Internet regorge de ce type danalogies de plus ou moins mauvais goût. Mais il sagit dun événement largement pris en charge et financé par le contribuable wallon, dans le cadre de la "Saison artistique et culturelle en Communauté française Wallonie-Bruxelles, à linitiative du Commissariat Général aux Relations Internationales et de la Délégation Générale de la Palestine auprès de lUnion européenne, de la Belgique et du Luxembourg, avec le soutien de la Ministre des Relations Internationales de la Communauté Française", comme lindiquent le libellé qui figure sur le site de Masarat et les deux pages Web détaillées que lon trouve sur le site de la Communauté Française (2).
Ces précisions indiquent, à suffisance, quétant donné leur implication culturelle (et financière!), les pouvoirs publics belges ne peuvent ignorer le caractère, largement hostile à Israël, de cet événement. Car le fait est là, cet Etat de droit et membre de lONU comme la Belgique, est diffamé, au passage, de manière plus ou moins subtile, par le principal organisateur palestinien, Masarat.
Cest le cas, entre autres, de la page consacrée aux caricatures du dessinateur palestinien défunt, Naji Al Ali, dont le site de Masarat (3) dit quelles
« expriment la lutte et la résistance à loccupation israélienne et critiquent les régimes arabes » (Entendez ceux qui font le jeu des Occidentaux et surtout des Américains, considérés comme des soutiens inconditionnels dIsraël).
Le site relaie aussi ce propos du même Naji Al Ali, affirmant que ses caricatures sont
« l'expression des opprimés qui paient cher leurs vies, portant sur leurs épaules le fardeau des erreurs commises par les autorités. Tout ce qu'ils possèdent a été acquis avec peine, sous le siège constant de la dureté et de la cruauté. Ils luttent pour leur vie et meurent jeunes, ensevelis dans les tombes dépouillées. Ils sont toujours sur la défensive pour pouvoir vivre. Je vis avec eux dans les cachots, observant et brûlant à la pulsion de leurs curs, au flot du sang qui coule dans leurs veines. »
Le nom dIsraël nest pas mentionné, mais la mention est dans le style "je ne cite personne, mais suivez mon regard".
Mais il y a plus sérieux, Le blog Philosémitisme rappelle opportunément (4) que, le « coup denvoi de limportant événement culturel constitué par l'année Palestine 2008 à Bruxelles et en Wallonie
en décembre 2007, à la Maison Folie, dans la ville de Mons », a commencé « avec l'exposition des uvres du Zan Studio de Ramallah (5), qui ne fait pas mystère de ses sentiments à légard dIsraël. A titre dillustration, le blog précité rapporte les propos recueillis par l'association Intal, dune déclaration de lun de ses membres fondateurs, Basel Nasr:
« pour nous et pour l'écrasante majorité des Palestiniens, Israël, dans ses frontières de 1948, est une colonie, et les personnes, ou leurs descendants, qui y vivent, sont des colons. La création d'Israël est, pour nous, une dépossession illégitime qui a débuté en 1948. »
Et Basel Nasr dajouter que lart occidental des Israéliens témoigne de leur qualité d'étrangers et de colons:
« Je constate qu'il s'agit d'un art comparable à celui des Européens, des Occidentaux. Il révèle le fait que les Israéliens ne sont pas liés à la terre qu'ils occupent ni à son histoire, ni à son évolution. »
Le blog Philosémitisme précise encore que Basel Nasr s'oppose résolument à la collaboration entre artistes israéliens et palestiniens :
«
actuellement, je suis opposé à la plupart des collaborations qui ont lieu
Pour pouvoir réellement avoir des échanges entre artistes, nous devons être au même niveau ou collaborer afin de lutter contre le sionisme. Beaucoup d'initiatives menées à l'heure actuelle donnent la fausse idée qu'une paix est possible sans [que] nous ayons préalablement rencouvert [sic] tous nos droits. C'est inacceptable. »
Les affiches politiques du site du Zan Studio reflètent cette hostilité. Les stéréotypes habituels de diabolisation sont omniprésents. Ainsi une affiche assimile Israël à un Etat criminel par excellence puisquil tue lenfance
en emprisonnant les enfants palestiniens. En guise dillustration, un nounours enchaîné porte un cadenas avec linscription "Made in Israel", ainsi que la marque des produits à boycotter: Sabra, Carmel etc. Il ne sagit point de suggérer, il sagit de pointer clairement la démarche destructrice et boycotteuse à suivre. Une autre affiche représente la moitié appétissante dune orange et lautre dune grenade mortelle. A nouveau, pour que nul ne sy trompe linscription "Product of Israel" figure clairement sur une étiquette. Et encore une autre dans la même veine inspirée de Coca-Cola, une autre inspirée du Johnson's baby shampoo (toujours les enfants), une autre s'inspire de Guernica, et encore une.
Mais le cas le plus étrange de propagande anti-israélienne est constitué par la carte qui nous occupe
et nous préoccupe ici. Examinons-la attentivement, grâce à cet agrandissement de celle qui figure plus haut :

Carte 'wallestinienne' aggrandie
Demblée, on remarque quil sagit dune Palestine sur laquelle on a plaqué, ironiquement, en la transposant de manière transparente, une réalité politique belge. Du coup, la phrase citée plus haut - que je qualifiais de « surprenante » et que je reproduis ci-dessous - prend tout son sens :
« En Jordanie
les Palestiniens sont surnommés "les Belges" ».
On peut discuter de linadéquation flagrante et même du ridicule de cette analogie politico-géographique dans sa globalité, mais le message en est clair.
La vaste superficie en jaune - dont la carte-postiche ne dira pas aux très nombreux internautes qui ignorent tout de la réalité géopolitique de la Palestine, que la moitié au moins est lingrat désert du Néguev, dont une infime partie seulement est habitée et cultivée veut illustrer lune des doléances palestiniennes, selon laquelle les Israéliens se sont approprié la majorité de ce que les Palestiniens appellent "la Palestine historique".
Au chapitre des curiosités plus ou moins ridicules, notons que la Bande de Gaza est devenue les Fourons (6). Rappelons que les Fouronnais sestiment annexés par la Flandre (7), ce qui na jamais été le cas de Gaza, qui a été longtemps occupée, mais non annexée, par les Israéliens, et qui est entièrement autonome depuis le retrait israélien de 2005.
Plus difficile à décoder est léquivalence topographique entre Bruxelles et Jérusalem. On peut y voir une pique wallonne contre les revendications flamandes concernant la capitale, que traduirait lorthographe volontairement fautive de son nom (plusieurs 'x', par opposition aux deux 's' de Brussels, en flamand).
Passons pieusement sur les inconsistances et les incongruités - dont la "frontière linguistique" censée séparer les Territoires palestiniens de la partie du pays sous autorité israélienne. Cest faire bon marché de la Galilée majoritairement arabe et de la très importante population arabe qui habite dans différentes parties du pays réputées israéliennes, ou territoires occupés.
Le fait le plus significatif est la dénomination de "Wallonia", plaquée sur ce que les concepteurs de cette "carte" considèrent comme étant lAutorité Palestinienne. Ici, la comparaison ridicule faite entre la Région belge de Wallonie et la partie actuelle de ce qui est destiné à être le futur Etat palestinien, va au-delà de son adéquation ou de son inadéquation. Il sagit bel et bien dun phénomène didentification, dans lesprit du mot célèbre de Kennedy à Berlin « Ich bin eine Berliner ».
Mais, au-delà de cet aspect 'philopalestiniste' de l'exercice - à la mode comme chacun sait -, on peut sétonner du mépris implicite qui sous-tend l'analogie : les Flamands sont identifiés aux Israéliens, cest-à-dire - selon les préjugés presque universellement intégrés dans les consciences "politiquement correctes" de nos contemporains - considérés comme des occupants agressifs et arrogants.
Au point où en étaient les inventeurs de cette carte 'wallestinienne', on peut se demander pourquoi ils n'ont pas filé la métaphore jusquà labsurde en plaquant sur les Flamands la remarque cinglante que le Général de Gaulle décochait aux Israéliens :
« Un peuple délite, sûr de lui-même et dominateur » (8).
..
Mais au fait, jy songe ! Toute cette histoire - somme toute assez ridicule -, ne serait-elle pas une espèce de règlement de comptes visant à punir la Région flamande de navoir pas accepté de co-organiser et de co-financer avec la Communauté française de Belgique lévénement "Palestine 2008" ?
Menahem Macina
© Upjf.org
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Notes
(1) Elle figure sur la page site de Masarat, consacrée au Groupe "Littérature", et elle illustre un article intitulé "Belge ou Palestinien, six auteurs en quête didentité".
(2) Voir la page du site de Masarat, intitulée "Initiateurs" ; et les deux présentations détaillées qui figurent sur le site de la Commmunauté Française, « Masarat 2008 : la culture palestinienne à l'honneur » ; et « Masarat 2008 : mise en lumière de la créativité palestinienne ».
(3) "Naji Al Ali. Exposition de caricatures". Masarat note également que "Naji Al Ali fut atteint d'une balle dans la tête le 22 juillet 1987, à Londres, et fut le premier caricaturiste à être assassiné pour ses dessins".
(4) Voir: Mons - Zan Studio de Ramallah - le bon choix?.
(5) Le site de Masarat consacre plusieurs pages à Zan Studio, quil présente comme un "collectif de jeunes artistes et techniciens qui sest constitué en 2005 à Ramallah", et quil caractérise, en sous-titre, comme concepteur d"affiches et films danimation politiques".
(6) Sur les Fourons, voir Wikipedia.
(7) On peut lire lessentiel des doléances des plus radicaux des habitants de ces communes (et donc pas forcément représentatifs de l'opinion de la totalité des Fouronnais), sur le site de lassociation sans but lucratif, "Action fouronnaise".
(8) Signalons que, pour le plus grand bonheur des collectionneurs de souvenirs, le site Dailymotion a mis en ligne ce passage mémorable du discours prononcé par le Chef de lEtat français en 1967.
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Mis en ligne le 9 avril 2008, par M.











