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Al-Dura : « L’Arche » et l’affaire du « petit Mohammed » (suite), M. Waintrater
La revue "L'Arche", qui a publié cet échange dans son numéro de mars, a bien voulu nous autoriser à le reproduire. Nous remercions vivement son directeur, Meïr Waintrater. (Menahem Macina).
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L’Arche n° 598 / mars 2008, pp. 34-35

 

 

Dans un récent numéro (595-596, décembre 2007 / janvier 2008), nous avons publié un article de Pierre-André Taguieff, intitulé « Imposture médiatique et propagande “antisioniste” », consacré à l’affaire du « petit Mohammed » comme cas de réactualisation de la légende du « crime rituel juif ». Un encadré, signé par Meïr Waintrater, directeur de la rédaction de L’Arche, précisait la position de notre journal dans la polémique qui s’est déclenchée suite à la diffusion, par France 2, du reportage commenté par Charles Enderlin, relatant ce qui fut présenté comme le meurtre du petit Mohammed Al-Doura par des soldats israéliens, au carrefour de Netsarim, le 30 septembre 2000. Suite à cette publication, un de nos lecteurs nous fait parvenir une lettre que nous reproduisons ici, suivie d’une brève réponse de Meïr Waintrater.

 

Tout d’abord, je tiens à vous dire que L’Arche fait partie de mes lectures préférées.

Concernant l’affaire Al-Doura, L’Arche s’est effectivement montré pertinent dans l’article publié en novembre 2000, « indépendamment de la matérialité des faits ». Mais le très long silence qui a suivi, et surtout l’encadré dans le numéro de décembre 2007-janvier 2008, en page 29, sont moins réjouissants.

Je m’explique.

J’interprète ce long silence comme l’illustration d’un corporatisme préjudiciable à la liberté, notamment des médias. Or, depuis 2000, on doit déplorer l’absence de volonté des médias français (y compris L’Arche), sauf exception, à s’intéresser à la « matérialité des faits », comme vous dites.

Vous regrettez la polarisation sur la personne de Charles Enderlin, mettant ainsi en doute l’immense responsabilité qu’il a dans cette imposture non moins immense. Est-ce par obligation corporatiste ? Est-ce par naïveté ? Pourtant, ne sait-on pas que, si l’homme est capable du meilleur, il est aussi capable du pire ? Plus grave, vous dites que la polarisation sur sa personne « nuit à la clarté du débat »…

Mais sans ses mensonges, il n’y a même pas de débat !

Pour L’Arche, il n’y a « rien à retrancher », et « pas grand-chose à ajouter » aujourd’hui. Autrement dit, peu importe que l’enfant ait été assassiné par les soldats israéliens ou pas. Seules les conséquences de l’information de France 2 (violences antisémites, caution pour le djihad, etc.) comptent et sont pertinentes.

C’est comme si, pendant l’affaire Dreyfus, les commentaires avaient été : « Peu importe que le Capitaine soit coupable ou pas. Peu importe "la matérialité des faits". Seule compte la flambée d’antisémitisme que l’affaire a déclenchée… ». L’Arche n’aurait-il donc pas été au côté de Zola et des autres pour que la vérité éclate ? S’en serait-il tenu à écrire sur l’antisémitisme, « indépendamment de la matérialité des faits » ? Aurait-il dit que l’acharnement des dreyfusards, la « polarisation » sur Esterhazy, nuisai[en]t au débat ?

S’intéresser au problème de l’antisémitisme sans accorder d’importance au mensonge dans lequel il s’enracine est de l’ordre de l’inachevé. Sans le combat pour la vérité, lors de l’affaire Dreyfus, la lutte contre l’antisémitisme d’alors aurait été tronquée.

De même, votre article de novembre 2000, aussi pertinent soit-il, sans tout ce qui a été fait pour qu’éclate la vérité, serait presque insignifiant. Sans ce combat pour la vérité, depuis plus de sept ans, il n’y aurait même pas eu l’article (excellent par ailleurs) de Pierre-André Taguieff dans le dernier numéro de L’Arche.

Or la lutte contre l’antisémitisme est, par essence, fondamentalement, un combat contre le mensonge.

Et si L’Arche n’y contribue pas, puisque la matérialité des faits semble ne pas l’intéresser, qu’au moins il ne le dénigre pas.

Certes, si Dreyfus avait été coupable, la lutte contre l’antisémitisme, que sa traîtrise aurait entraînée, aurait été nécessaire et légitime. De même, si des soldats israéliens avaient, en octobre 2000, assassiné un enfant arabe palestinien en lui tirant dessus pendant 45 minutes (dixit le scoop de France 2), la lutte contre l’antisémitisme qui en aurait découlé serait légitime. Mais il s’agit de mensonges, et cela n’est pas un détail fortuit ! N’en faites pas un détail fortuit. L’antisémitisme est une iniquité fondamentalement mensongère. Ne pas combattre les mensonges qui le nourrissent, c’est rester au milieu du gué.

Mais pourquoi donc L’Arche est-il obligé de prendre autant de précautions (L’Arche « ne sort pas de sa politique de réserve » ; l’article est « dans une libre tribune qui n’engage que l’auteur », etc.) ? Quel danger peut-il y avoir là derrière ? Il est consternant que les médias, les journalistes, en France, soient à ce point incapables d’émettre la moindre critique, la moindre mise en cause à l’encontre d’un autre média, d’un autre journaliste. Une telle omerta, cette censure intra-médiatique, laisse au minimum perplexe. 

 

Jean-Daniel Chevalier

 

La réponse de Meïr Waintrater :

 

S’il est un journal français qui, depuis le commencement de l’Intifada palestinienne, n’a pas craint d’enfreindre cette « obligation corporatiste » dont parle M. Chevalier, c’est bien L’Arche. En effet, le traitement journalistique du conflit israélo-palestinien a donné lieu à des dérapages dont nous ne pouvions que nous inquiéter. Ainsi, dans notre numéro de novembre 2000 (celui-là même où nous réagissions au reportage de France 2), nous commentions une couverture de Libération dans des termes dénués de toute agressivité mais suffisamment fermes pour que le signataire de ces lignes soit déclaré persona non grata dans les colonnes du quotidien. Il nous est arrivé ensuite de rompre des lances avec Le Nouvel Observateur (au sujet de son traitement du prétendu « massacre de Jénine ») et, tout récemment encore, avec Le Monde diplomatique (au sujet des « responsabilités israéliennes » dans le massacre de Sabra et Chatila). Tout cela, non par goût de la polémique mais par devoir citoyen.

 

Dans « l’affaire du petit Mohammed », nous avons été les premiers à réagir, ainsi que le note notre correspondant. Si nous avons observé par la suite une « politique de réserve », c’est que les éléments qui ont été diffusés, dont certains sont effectivement troublants et justifient pour le moins un complément d’enquête, ne permettent pas de porter un jugement définitif sur « la matérialité des faits » (j’avais employé, à dessein, une expression relevant du vocabulaire juridique).

 

S’il s’avérait qu’il y eut manipulation des images, cela ajouterait évidemment au scandale : notre correspondant a raison sur ce point. Cependant, la faute journalistique déterminante est celle qui fut commise au grand jour le 30 septembre 2000, et que nous avions alors relevée dans ces colonnes. Ce fait-là est acquis et incontestable – au même titre que l’exploitation de cette faute journalistique par une propagande antisioniste débridée dont Pierre-André Taguieff, ici même, a bien montré les ressorts. Pour le reste, et jusqu’à plus ample informé, nous nous en tiendrons au dicton de la sagesse juive : Kol hamossif gorea – Tout ajout ne fait qu’affaiblir.

 

© L’Arche

 

Mis en ligne le 25 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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