Metula News Agency (info # 011803/8) [Analyse]
Décidément, la France et lEurope vont très mal. Je nai pu mempêcher de me répéter ces mots dans ma tête au cours des derniers jours. Peut-être est-il impossible à certaines contrées de guérir des maux qui jonchent leur propre histoire. Peut-être que les mêmes mauvaises causes produisent toujours les mêmes effets. Les hommes changent, pas les comportements, ou pas vraiment.
On a parlé, ces derniers temps, de la disparition des derniers combattants de la Première Guerre Mondiale, mais on na guère rappelé leffroyable absurdité que fut cette guerre, où des nationalismes obtus se sont heurtés à dautres nationalismes obtus. Où des jeunes gens ont été utilisés de part et dautre par des généraux bouffis dorgueil, pour servir de chair à canon et senliser dans le sang des tranchées, jusquau moment où les Etats-Unis sont intervenus pour arrêter la boucherie. On na pas rappelé les conséquences de la guerre en termes de morts, mais aussi de mutilés et de destructions diverses. Et on na pas rappelé non plus que la prise de pouvoir par les bolcheviks, payés à cette fin par la Prusse, a eu des effets très lourds, qui ont dépassé largement les frontières de la Russie. On na pas parlé du traité de Versailles, des dommages de guerre exorbitants réclamés, entre autres par la France, à lAllemagne - avec les effets que lon sait -, des récompenses accordées à la Serbie (alors que cétait un nationaliste serbe qui avait enclenché lengrenage fatal), et qui ont donné naissance à la Yougoslavie, qui nen finit pas de se décomposer.
On a reparlé de la Deuxième Guerre Mondiale et de la Shoah, de lextermination des Juifs dEurope. Quelques reportages ont été diffusés à la télévision (dont, un, terrible et remarquable, sur la « Shoah par balles » en Ukraine). Mais on na guère évoqué la dimension de grand crime commis en commun, que fut la Shoah dans lensemble de lEurope ou presque.
On semble oublier ce que signifiaient les mots : plus jamais ça. Ou alors, on leur donne désormais un autre sens : plus jamais la guerre et les divisions en Europe. On dit fort peu que les Juifs survivants de la Shoah ont eu bien des difficultés à retrouver leur place dans les sociétés où, souvent, leurs familles avaient vécu auparavant pendant des siècles. On en dit extrêmement peu sur le maintien de camps dinternement pour les rescapés pendant de longs mois après la Libération, en 1945. On ne dit guère quon sest fort peu préoccupé, dès la libération, de la possibilité que vive un Etat juif susceptible de servir dultime refuge.
On a laissé monter sournoisement diverses formes de révision des faits, et on a, surtout ces dernières années, utilisé Israël pour jouer le rôle quont joué les Juifs en Europe voici sept décennies : celui de bouc émissaire. On a laissé, sans mot dire, le monde arabe simprégner des restes du nazisme et de lantisémitisme européen, et, jusquà ce jour, on ne dit mot, en Europe, des caricatures de type hitlérien quon trouve dans lessentiel de la presse du monde arabe : lodeur du pétrole a des raisons que la morale ignore.
On a laissé lantisémitisme "new look", appelé antisionisme, sinstaller dans les consciences. On a laissé sinstaller une diabolisation dIsraël. On a vu, dans la diabolisation dIsraël, un moyen de se laver les mains du passé européen : si Israël se conduit de manière atroce vis-à-vis des Palestiniens, lEurope, se sont dit tant dEuropéens, est exonérée du massacre des Juifs dEurope.
Les Palestiniens ont saisi depuis longtemps la façon de sengouffrer dans la brèche : les Juifs avaient la Shoah ? Les Palestiniens ont la nakbah ! Il y avait des réfugiés juifs ? Il y a, ô combien, des réfugiés « palestiniens » ! Les Juifs étaient le synonyme du peuple errant et persécuté ? Les Palestiniens sont le nouveau peuple errant et persécuté. Les Juifs ont subi un génocide ? Il suffira, pour lexonération, de dire que les Palestiniens subissent eux-mêmes un génocide
Ce qui aurait dû être perçu comme une parodie répugnante et obscène na pas même été perçu comme une parodie. Israël a été comparé au Troisième Reich, à lAfrique du Sud de lapartheid. Une barrière de protection, construite pour défendre une démocratie contre un terrorisme barbare, a été comparée au mur de Berlin, qui enfermait la population dAllemagne de lEst dans le totalitarisme. Aucun Etat nest détesté au point où lest Israël aujourdhui, et, parmi ceux qui détestent Israël, il y a, cest une évidence, nombre dEuropéens qui se pensent très propres et sont persuadés davoir une conscience impeccable. La haine dIsraël saccompagne de haine anti-juive, et la haine dIsraël donne des habits neufs à la haine antijuive.
En France, comme ailleurs en Europe, aucun lieu de culte nest aussi discret, ou aussi soumis à une protection policière que les lieux de culte juifs : et ne me dites surtout pas que cest par hasard ! Les associations juives, surtout si elles soutiennent Israël, doivent être elles-mêmes tout particulièrement protégées. Certains Juifs se conduisent en « bons Juifs » comme il y en eut, hélas, à toutes les époques, et sont prêts à dénoncer les autres, les infâmes, ceux qui ne renoncent pas ou ne baissent pas la tête. Et les ennemis de ces « bons Juifs » sont plus particulièrement les gens comme moi, à qui ils voudraient interdire toute forme dindignation morale, puisquils ne sont pas juifs.
A Paris se tient, comme on sait, le Salon du livre, et linvité dhonneur est Israël, comme on le sait aussi. Comme on pouvait très exactement sy attendre, des pays où paraissent des caricatures antisémites et où règnent la dictature ou la tyrannie ont poussé des cris dorfraie au nom des Palestiniens. Cela fait pourtant des années que les dirigeants de ces pays sauto-affranchissent des pires crimes ou de lindigence économique, politique et mentale dans laquelle ils maintiennent leurs populations, en invoquant le nom dIsraël. Pourquoi cesseraient-ils aujourdhui ?
Des Européens, ceux, précisément, qui pensent avoir une conscience impeccable, se sont indignés eux aussi et se sont révélés prêts à dénoncer les « crimes dIsraël », sachant au fond deux-mêmes que, pour eux, le principal crime dIsraël est dexister. Et au nom du « refus de loppression », ils se sont tenus et se tiennent vaillamment aux côtés des pires terroristes, des pires fanatiques, des pires racistes de ce temps. Au nom dune version dévoyée de lhumanisme, ils se sont tenus et se tiennent aux côtés de criminels contre lhumanité, de dictateurs et de crapules. Au nom dune compassion pervertie, ils se sont tenus et se tiennent aux côtés de ceux qui nont de compassion ni pour le peuple dIsraël, ni pour les populations arabes maintenues dans toutes les indigences. Leur comportement me fait penser à leurs ancêtres qui rejoignaient les Sections dAssaut du parti national-socialiste des travailleurs allemands, en pensant servir on ne sait quel « idéal » rance et sale. Ceux qui leur répondent émettent de pitoyables excuses, dans le style : « la plupart des écrivains israéliens sont contre la politique dIsraël », ou : « il sagit de littérature et pas de politique ».
Je sais, jappartiens sans doute à une espèce en voie de disparition, mais tout cela me donne la nausée. Les Européens, dans leur immense majorité, me semblent prêts, aujourdhui, à laisser Israël se faire écraser, détruire par des gens qui ne valent pas mieux que les nazis. Les Européens, dans leur grande majorité, seraient prêts, aujourdhui, à dire, si le pire devait venir, que cest la faute aux Juifs.
Je pense que lEurope comme la France ont un avenir très sombre. Je discerne que dire cela me vaut surtout des ennemis, mais je le dis néanmoins : je suis du côté dIsraël et du côté du peuple juif. Parce que cest le côté de lhonneur et de la dignité. Parce que jadhère à certaines valeurs. Parce que je suis humain. Parce que jéprouve de la répugnance précisément devant ce que je vois. Parce quà force de séjourner aux Etats-Unis, je pense indéfectiblement que le bien triomphera du mal. Et que je ne puis mempêcher de penser que lhistoire européenne bégaie de manière sinistre et, quen pareil cas, je ne me sens pas du tout Européen. Parce que je sais que le peuple juif a survécu à de multiples trahisons et quil survivra aux trahisons du présent. Parce que je pense que les populations arabes valent mieux que les discours qui les font glisser, aujourdhui, vers lornière, et dont tant dEuropéens, plutôt que de se conduire de manière respectable, se font complices.
Je suis venu au Salon du livre et jy ai été présent. Jy tenais. En cette année qui sera celle du soixantième anniversaire dIsraël, jai déjà publié deux livres : lun, sur la guerre arabe et islamique contre Israël, qui sappelle Houdna, aux éditions Underbahn. Je le conseille à ceux qui se feraient encore la moindre illusion sur les islamistes et les Palestiniens. Lautre qui sappelle Michaël Moore au delà du miroir, aux éditions du Rocher. Jai écrit ce second livre parce quil me semblait important de montrer à quel point la gauche démocrate américaine est dangereuse, perverse, antisémite et falsificatrice. Ce genre de choses est utile une année délections aux Etats-Unis. La lecture sera salubre pour ceux qui pensent que, dans un film comme Fahrenheit 9/11, il y a un milligramme de vérité : je procède à un démontage plan par plan et il ne reste rien.
Au moment du Salon du livre démarre la collection « Turgot au service de la liberté ». Y paraissent deux livres très liés à lactualité à court et moyen terme : LIslam radical à la conquête du monde, de Daniel Pipes, quavec Alain Jean-Mairet, jai traduit et que jai préfacé, et Mille et une vies, que jai rédigé à partir dentretiens avec un ami récemment disparu, Fereydoun Hoveyda, ancien ambassadeur dIran au temps du Shah.
Lun et lautre portent sur la bataille pour lâme de lislam. Le monde musulman aura un avenir sil choisit la liberté. Lislam en Europe pourrait être autre chose quun islam haineux et aveugle, si la lâcheté des Européens reculait.
Si je nétais lauteur de lun des livres et le traducteur de lautre, je dirais quils ont leur place dans la bibliothèque de quiconque se serait considéré comme un « honnête homme », au temps où Montaigne donnait un sens à ces mots. Daniel Pipes et Fereydoun Hoveyda sont des êtres immenses et féconds, en une époque relativement misérable. Si lun des deux a quitté cette terre, ils vivent toujours, tous les deux, par la force de la pensée.
Je fais paraître, en parallèle, un autre livre que jai rédigé après avoir rencontré un homme que je considère comme extraordinaire lui aussi : lun des derniers survivants de la Shoah, un rescapé dAuschwitz, qui a contribué à fonder Israël. Jai appelé le livre Survivre à Auschwitz, et je pense y dire tout ce que je nai pas dit dans cet article. Cest un livre damitié, damour, et, jespère, de lucidité.
Léditeur des trois livres est « Cheminements », qui est aussi léditeur de Paul Giniewski, auteur que jestime très vivement.
Cela fait quatre livres signés de ma main cette année ? Je me tairai assez quand la mort viendra me prendre. La France et lEurope vont très mal. Malgré les coups bas et les attaques, je me tiens encore debout, merci. Et tant mieux sil y en a que cela dérange, cest signe quil reste une cicatrice despoir.
Guy Millière
© Metula News Agency
Mis en ligne le 18 mars 2008, par M.











