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"Al-Dura : spin ou symbole ?". Reportage exclusif de la TV israélienne
Une émission qui fera date. C’est le document de synthèse grand public le plus complet et le mieux réussi que je connaisse sur cette affaire [*]. Ceux qui en ignorent tout, ou ne la connaissent que superficiellement et partiellement, y trouveront l’essentiel de ce qu’il faut savoir pour se faire une opinion et la défendre avec des arguments solides. Même les "al-duriens" chevronnés, celles et ceux qui suivent l’affaire depuis des années, voire qui en ont écrit dans la presse ou sur les sites, auraient tort de passer dédaigneusement devant ce document unique en son genre. Ils pourront encore découvrir des détails qui leur avaient échappé ou associer entre elles des images dispersées pour corroborer tel ou tel argument qui paraissait hasardeux. Un dernier mot : le terme "spin", du titre, fera problème à nombre d’entre nous qui en ignorent le sens métaphorique, dont les lobbyistes et propagandistes font grand usage, surtout en matière médiatique. Après avoir vainement cherché à en trouver un équivalent français satisfaisant, je l’ai laissé à l’état natif. Il suffira, j’espère, à nos internautes, pour en comprendre la finesse, d’avoir présentes à l’esprit les deux définitions suivantes : 1. Manière de présenter une histoire pour faire valoir un point de vue. 2. A spin alley : une présentation des choses, après un débat, tendant à faire croire que votre candidat a été le meilleur, même si ce n’est pas le cas. (Menahem Macina).
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[*] Excellente introduction à cette émission : J. Tsadik, "Affaire Al-Dura: un documentaire télévisé enflamme les passions en Israël".

Attention ! La quasi-totalité des images contenues dans ce document sont sous copyright. C’est le cas, en particulier, de celles que la régie israélienne de la télévision nationale, a marquées de son logo. Elles ne peuvent donc pas être reproduites sans autorisation, ou au moins la mention de l’origine du Copyright.

07/03/08

Emission de la 1ère chaîne nationale israélienne "Mabat Sheni", diffusée le 7 mars 2008.

Texte original hébreu : "Al-Dura, spin 'o semel ?". 
 
Transcription et traduction française : Menahem Macina

Reproduction totale ou partielle soumise à autorisation expresse de l'Upjf.

 

Introduction par le présentateur

 

La mort de Mohammed Al-Dura, l’enfant qui s’est trouvé pris dans des échanges de tirs entre Tsahal et des forces palestiniennes au carrefour de Netzarim, lors de l’éclatement de l’Intifada en 2000, a fait de lui une icône pour le monde arabe.

 

Mais ces jours-ci se déroule en France un procès en diffamation autour de la question suivante : les incidents dans lesquels Mohammed Al-Dura a été impliqué ont-ils été mis en scène, ou ont-ils réellement eu lieu ? Les séquences-vidéo qui sont censées montrer les instants où Al-Dura a été touché, sont-elles des images préparées et mises en scène en vue de créer un symbole médiatique, dont le but était de choquer le monde et de monter l’opinion publique contre Tsahal ?

 

L’examen de l’événement suscite de nombreuses questions concernant les faits qui ont été alors rapportés par la chaîne France 2. Quant à cette dernière, elle a déposé une plainte en justice contre quiconque l’accuse de contrefaçon, et ces jours-ci a lieu un procès au cours duquel apparaissent des faits nouveaux concernant l’événement. Un événement qui a été à l’origine d’une grande fureur dans le public palestinien, d’actes de vengeance et d’attentats-suicide. Un événement qui risque de  se révéler être une contrefaçon à des fins de propagande.

 

Rédacteur et présentateur : Itai Landesberg.

 


Itai Landesberg

 

Un père et son fils sont bloqués au carrefour de Netzarim, le 30 septembre 2000, alors que, sur place, il y a des échanges de tirs entre les positions israélienne et palestinienne. Que cherchaient-ils en ce lieu au moment des tirs et pourquoi sont-ils restés sur place ? Il semble qu’on ne le saura jamais. Mais une séquence, filmée pour la télévision française, et diffusée en France et ensuite dans le monde entier, a valu à Israël, à l’époque, des attaques sans précédent. 8 ans après, a eu lieu en France un procès en diffamation, dans lequel la chaîne française, qui a filmé et diffusé l’événement, s'efforce de défendre sa bonne réputation contre Philippe Karsenty, citoyen français qui avait affirmé que la chaîne avait trompé le public. En première instance, Karsenty perd le procès, mais il fait appel, et maintenant apparaissent des faits nouveaux, précisément en France.

Voici le reportage de Yoram Shefer, enquête : Avital Ben Moshe : "Al-Dura, incitation médiatique ou symbole ?"

 

[Le reportage commence par la diffusion de quelques secondes de la fameuse séquence de 59 secondes, de France 2, diffusée dans le monde entier].

 


 

 

Les intervenants

 


Stéphane Juffa, fondateur et directeur de Metula News Agency

« Cet incident est devenu la plus grande mise en scène de l’actualité de tous les temps, depuis qu’existe la télévision. Je ne sais pas qui a tiré sur Mohammed Al-Dura, et aujourd'hui encore, je l'ignore, et je ne sais pas si on le saura un jour. Mais je sais qui n’a pas tiré sur lui : les soldats de cette position [israélienne] n’ont pas tiré [sur l’enfant]. » 

 

Yoram Shefer

 

Fin septembre 2000, la visite de Sharon sur l’esplanade du Temple met le feu aux poudres d'une situation déjà explosive.

Membres de la Police israélienne, sur l'esplanade du Temple
à l'aplomb de la place du Mur occidental, que l'on voit en contrebas
 

 


Sharon sur le Mont du Temple (29 septembre 2000)

 

Yoram Shefer

Le lendemain, les échanges de tirs commencent au carrefour de Netzarim.

 


Présentateur du Journal de la chaîne, fin septembre 2000

Le présentateur de l'époque


« Une position de Tsahal à Netzarim continue d’essuyer la majorité des coups de feu tirés par des policiers palestiniens. »

 


Emeutiers palestiniens devant la porte d'une usine désaffectée non loin de la position israélienne. Sur le cliché de droite,
On distingue mieux les lieux. Incrustation: "Carrefour de Netzarim aujourd'hui". C'est-à-dire le 30 septembre 2000.

[Clameurs de la foule et tirs fous à l’arme automatique, certainement palestiniens. Un homme fait semblant d’être touché, il tombe d'abord assis sur le trottoir, puis s’allonge…]


Des combattants palestiniens quittent l'abri de l'usine, traversent en courant la route du carrefour, tandis que d'autres semblent se mettre à couvert
sous les tirs qu'on entend crépiter; mais que fait l'un deux, debout, tranquille et qui ne semble pas craindre les balles ?

[On entend la voix d’Enderlin] :

« Ici Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne [A ce moment, on entend crier : "l’enfant est mort"]. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes, mais une nouvelle rafale : Mohammed est mort et Jamal [son père], gravement blessé. »



Plusieurs vues, image par image. Chose curieuse, on distingue l'arrière d'une tête qui semble être celle de Talal Abu Rahma, le caméraman palestinien...

 

Yoram Shefer

« La caméra de la chaîne française se trouve là. Le caméraman, Talal Abu Rahma, enregistre ce qui deviendra le symbole de la cruauté israélienne. Le commentaire est ajouté par le correspondant [de France 2 en Israël] Charles Enderlin, qui ne se trouvait pas sur place. »

 

Images filmées sur un écran de télévision, le jour de leur diffusion par France 2 (30.09.00)

A gauche, sous-titre en hébreu : "Ici, Jamal Al-Dura et sont fils. A droite : "de la position israélienne"

A gauche, sous-titre en hébreu : "Son père tente de le protéger. A droite : "Mohammed est mort"

 

 

Présentateur de l'époque

« Il y a un peu moins d’une heure, le Président des Etats-Unis a également réagi aux événements survenus en Israël, et d’emblée il a fait allusion à la fameuse image de l’enfant et de son père pris sous les tirs intenses. Voici ce qu’a dit le Président Clinton:

 


Bill Clinton (au moment de l'incident de Netzarim (2000)
Sous-titre en hébreu : "La première fois que j'ai vu cela, je ne savais pas comment cela s'était terminé."

 

 

« La première fois que j’ai vu cela, je ne savais pas comment cela s'était terminé, et je me suis demandé s’il y avait autre chose que le père pût faire pour protéger son fils. Il semblait… J’ai regardé la scène comme s’il s’agissait de quelqu’un que je connais, vous savez. C’était un crève-coeur. »

 

Yoram Shefer 

 

« Le mythe est né. Mohammed Al-Dura devient le symbole de la victime. »

A gauche, le jeune défunt, présumé être Mohammed. A droite, incrustation: "Camp de Al Bourej, aujourd’hui" [30.09.00].

Scène d’enterrement. Beaucoup d’enfants et d’adolescents, qui crient et font des gestes menaçants. Al Dura a un enterrement de martyr.

Personne ne reste indifférent. Les réactions en Israël furent rapides et violentes.

Présentateur du JT à l'époque

« Bonsoir, et bienvenue à vous. Jour d’émeutes dans les territoires et dans la Ligne Verte... »

[Images de violences, barricades et pneus en feu… En incrustation : "Octobre 2000".]

 

Correspondant de l'époque

 

« Les obsèques des morts d’hier ont eu lieu. Au carrefour d’Ayosh, de nouveaux échanges de tirs. A Damas comme dans d’autres Etats arabes, manifestations de solidarité avec les Palestiniens. »

 



De telles émeutes n’ont pas eu lieu depuis les dix dernières années.

Yoram Shefer

 

Dégradation et aggravation des émeutes.


Incrustation : "Octobre 2000". Il s'agit des émeutes en Cisjordanie

La commission Or, qui enquête sur les événements d’octobre, décrète, à l’article 172, que la mort de Mohammed Al-Dura, diffusée par les médias a alimenté les événements qui ont poussé le secteur arabe a envahir les rues le 1er octobre 2000. 


Incrustation en hébreu : "Débats de la Commission Or". Sur la photo de droite : audition d'Ehud Barak.

12 jours après l’incident, a lieu à Ramallah le lynchage de deux réservistes qui s’étaient égarés là. La foule rugissait : "Vengeance pour le sang de Al-Dura!"


Scènes de Lynchage à Ramallah (octobre 2000)

L’enfant al-Dura qui implore pour ne pas mourir est représenté de toutes les manières dans le public palestinien et dans le monde arabe.


Représentations picturesques de la célèbre scène...

 

 Extraits de chansons et de séquences télévisées à la gloire de Al-Dura, et reconstitution de la scène de sa mort sous les balles "israéliennes".

 


Un chanteur face à la photo des Al-Dura et d'un mur - A droite: une chanteuse avec, en toile de fond, une reconstitution de la fusillade

Les enfants palestiniens apprennent l’anglais grâce à lui. 

Un instituteur et ses élèves

Le maître, montrant le mot au tableau : « Killed » [elle a tué]

Les élèves reprennent, sur un registre assourdissant : « Killed »

Le maître : « 
Our friend » [notre camarade (Al-Dura)]

Les élèves : « Our friend »


Le maître : « 
The Israeli Army » [l'armée israélienne]

Les élèves : « The Israeli Army »


Le maître : « 
Killed » [a tué]

Les élèves : « Killed »


Le maître : « 
Our friend » [notre camarade]

Les élèves : « Our friend »

 

Le maître : « Shame on them ! » [Honte à eux!]

Les élèves : « Shame on them !»


A gauche: le maître au tableau montre le mot "killed" (elle a tué) - A droite les enfants répètent : "Israeli army" (l'armée israélienne)

Le maître : "Shame on them!" (Honte à eux) - La classe : "Shame on them!" 


Suivent des "hou! hou !" soigneusement rythmés.

 

Autre forme de propagande centrée sur Al-Dura: extrait d’écran d'une émission de la chaîne de télévision palestinienne consacrée à Al-Dura (cliché de Palestinian Media Watch), avec une phrase en arabe traduite en hébreu


La phrase arabe et sa traduction en hébreu.

 

« Je vous fais signe de la main, non pas pour vous quitter, mais pour que vous vous joigniez à moi. Mohammed Al-Dura. »

 

Extrait télévisé montrant Bin Laden, un fusil à la main.

Yoram Shefer

Dans une cassette pour mobiliser des combattants, Oussama Bin Laden consacre une élégie à Al-Dura.


Bin Laden


Chaque passage de son incantation est suivi d'un message quasi subliminal: on entend une détonation et le nom de Mohammed répété comme un leitmotiv.

  • C’est en vain que s’est dissipé ton jeune âge
  • Que tout dirigeant qui abjure à tes yeux
  • qui ne prend part à la guerre,
  • soit une réprobation et une accusation (bis)
  • D’une distance de mille mots, il met en garde.
  • Oh, enfant, mort de la main des Juifs…


Daniel Pearl

Environ un an après l’affaire, des combattants d’Al-Qaida enlevèrent le journaliste américain Daniel Pearl. Ils le décapitèrent face à la caméra. Et tandis qu’ils l’exécutaient, était diffusée l’image de Mohammed Al-Dura.

Sur la cassette on entend Pearl répéter mécaniquement :

« Ma mère est Juive, mon père est Juif, je suis Juif, ma famille est pratiquante… »

Richard Landes


Prof. Richard Landes - site : The Second Draft

« Pour le monde occidental et surtout pour les Européens, [le présumé meurtre de l'enfant palestinien] était un ticket qui les exonérait des sentiments de culpabilité qui découlaient de la Shoah. Immédiatement, les accusations de meurtre et la possibilité de comparer les Israéliens aux nazis devinrent légitimes. Alors, eut lieu la manifestation dans Paris, au cours de laquelle, pour la première fois depuis la Shoah, la foule hurlait "Mort aux Juifs ! Mort à Israël !". Et il y a eu cette banderole géante représentant une étoile de David avec le signe égal devant une croix gammée, et la photo des Al-Dura [derrière le baril]. Et au-dessus, l’inscription : Ils tuent aussi les enfants. »

On remarque, sur le cliché de gauche, la photo des Al-Dura. A droite manifestation de Paris: ici, la place de la République


A gauche, zoom sur le cliché précédent: "Ils tuent aussi des enfants".

« Et il y a eu cette journaliste française extrêmement en vue [Catherine Nay, journaliste à Europe 1], qui a dit que cette image effaçait celle de l’enfant juif du Ghetto [de Varsovie]. »


A gauche, la célèbre photo de l'enfant juif, mains levées. A droite, le montage blasphématoire illustrant que Varsovie et Ramallah, Shoah et conflit palestino-israélien, c'est du pareil au même et que ceci équivaut à cela.

Yoram Shefer

 

En Israël, les réactions étaient confuses. Au début il y eut une expression de regret pour la mort de l’enfant Al-Dura. 

Conseil des ministres présidé par Ehud Barak - A droite, le Chef d'état-major qui parla trop vite...

« J’éprouve de la peine pour sa mort, mais en aucun cas je n’assume la responsabilité du tir contre l’enfant », déclare le Chef-d’état-major devant les ministres; et il ajoute un peu vite que l’enfant Mohammed Al-Dura, âgé de 12 ans, a bien été tué par un tir de Tsahal. »

 

Professeur Gaby Wayman, de l'université de Haifa


Professeur Gaby Weiman

« Je pense que Tsahal et les Israéliens en général, ont échoué dans l’affaire Al-Dura. Nous avons fait un certain nombre d’erreurs typiques dans la gestion des relations avec la presse. Premièrement, nous avons reconnu que nous l’avions fait, et nous vérifions ensuite. Il y a d’abord eu des excuses, et ensuite recherche d’éclaircissement. » 

 

Zvi Mazal, ancien ambassadeur d'Israël en Egypte

 

 


Zvi Mazal

 

« Le porte-parole de Tsahal ne connaît pas son travail, il ne fait pas son travail, et cela je l'ai vu durant toute l’Intifada. Mais le Ministère des Affaires étrangères a aussi sa part [de responsabilité] dans cette histoire. Et comme pour gérer des relations sérieuses avec la presse, il faut qu’il y ait une coordination entre Tsahal et le Ministère des Affaires étrangères, et que chacun sache faire son travail. Mais ici, nous avons complètement échoué. »

 

Yoram Shefer

 

Dans le vide qui s'est créé, arrive Nahum Shahaf, physicien et concepteur de fusées [???]: un simple civil. Il s’adresse, de sa propre initiative, au général commandant la région sud et lui propose de vérifier les faits de près. Le général donne son accord.


Nahum Shahaf, enquêteur de l'affaire Al-Dura. A droite une page de journal reprenant le début du commentaire d'Enderlin : "Il est 15 heures..."

Shahaf

 

« L’incident a commencé à 3 heures de l’après-midi. "Three o’clock in the afternoon", c’est comme je vous l’ai dit, l’incident commence. J’ai le témoignage du médecin selon lequel l’enfant mort est arrivé à l’hôpital avant midi. Intéressant ! L’incident, qui a été mis en scène avec préméditation, l'a été du début à la fin. Mohammed al-Dura n’a pas été atteint, son père non plus, ce fut tout simplement un spectacle pour les caméras. »

 

Yoram Shefer


Selon Shahaf, l’enfant qu’on a emmené au cimetière est un autre enfant, qui est mort ou a été tué dans des circonstances inconnues. Voici les photos que détient Shahaf. A droite, Al-Dura sur une photo de famille, à gauche photo de l’enfant mort à l’hôpital.


A gauche, l'enfant mort amené à l'hôpital avant midi, à droite, photo de famille de Mohammed

Il est difficile de trancher en faveur de la ressemblance ou de la dissemblance. Shahaf tire ses matériaux de toute source possible. Il effectue des vérifications d’angles des tirs.


Shahaf mesure la distance entre le cameraman et les Al-Dura, dont le rôle est tenu par des figurants.

Du fait qu’une partie des observations nécessaires à l’enquête n'ont pu être réalisées pour des raisons de sécurité… on se base sur le plan de l’endroit de l’incident. Comme on peut le voir sur le croquis, la position de Tsahal se trouve en diagonale par rapport à l’angle qui est derrière l’endroit où sont recroquevillés l’enfant et son père…. La position palestinienne se trouve à 90 degrés, à la perpendiculaire [il s'agit de la position qui figure, à gauche sur le cliché ci-dessous].


De gauche à droite : Position palestinienne (en rouge) - Le fût (en jaune) - Position palestinienne (en rouge) - La position israélienne (en bleu)

Shahaf


« Tout d’abord, nous avons un instant rare, durant lequel nous voyons un impact de balle au-dessus de la tête de l’enfant. Et nous voyons que s’est créé un nuage blanc dont le diamètre est de 30 centimètres comme l’indique le bloc qui a une hauteur de 20 centimètres. »


Texte : "Que peut-on conclure du nuage de poussière du coup de feu?"

Et nous voyons un autre projectile qui frappe au-dessus de la tête de l’enfant, et dont le diamètre [du nuage de fumée] est de trente centimètres. Et quand un soldat israélien, lors du même exercice de reconstitution de tir, auquel nous avons procédé, a effectué un tir direct dans le mur de parpaings, nous avons obtenu le même nuage de poussière d’un diamètre de quelque trente à trente-cinq centimètres.

Légende de la photo de gauche : "Test de tir perpendiculaire - nuages de 30 cm de diamètre"

Par contre, quand nous avons tiré sur le même mur de parpaings, mais en diagonale, ce qui correspond à la situation de la position israélienne, nous voyons que nous obtenons un nuage de poussière dont le diamètre est plus de cinq fois plus grand que le diamètre de poussière qui résulte d’un tir direct. » 


Légende photo de gauche "Test de tir en diagonale, caractéristique du nuage : 150 cm (4 à 5 x plus de volume, soit 100 x plus que dans un tir perpendiculaire)"

 

Croquis des impacts,  vue en 3D du dessus du baril

Yoram Shefer

 

« Vous voulez dire que si les soldats de Tsahal avaient tiré sur l’enfant Al-Dura, nous aurions vu sur les images de l’événement sur place... nous aurions vu un grand nuage, alors qu’ici nous voyons un tout petit nuage ? »


Comparaison des deux types d'impacts : à gauche, tir en diagonale, à droite tir de face
 

Shahaf


« Très petit. Regardons encore une fois...»

 

Yoram Shefer

 

« Ce qui prouve que ce que nous voyons n’était pas un tir de Tsahal. »

 

Shahaf :

 

« Exactement. »

 

Yoram Shefer

« L’endroit où se trouvent le père et son fils semble tout à fait sûr. Comme on va le voir tout de suite, pendant les échanges de tirs, d’autres gens se sont joints à eux. »

[Comme cet homme, ils sont filmés par le caméraman de l'AP. Ci-dessous, plusieurs instantanés d'arrêts sur image détaillant les mouvements d'approche d'un homme qui court vers l'endroit où le caméraman de Associated Press est tapi...]

 

Yoram Shefer

 

Ici on voit le caméraman de l’agence Reuters, juste derrière Mohammed Al-Dura.

A gauche, incrustation : Angle de vue du caméraman d'AP. A droite, désigné par une flèche : "Caméraman de l'agence Reuters"

Ici on voit la jambe de l’enfant.

 

Un autre homme rejoint l’abri improvisé, précisément quand les tirs sont censés provenir de la position israélienne.

[A gauche, on distingue, en gros plan, le trépied de caméra qui figure dans le petit film de France 2]. A droite, incrustation et flèche : "jambe de Mohammed"

Contrairement à Mohammed et à son père qui étaient protégés par un baril de béton, ces hommes supplémentaires étaient visibles de la position israélienne.

De sorte que s’il y avait eu tir avec intention de tuer, ces hommes eussent été les premiers atteints.

Dessin illustrant la situation topographique. Incrustation : "Ligne de feu de la position de Tsahal".

Yoram Shefer (s’adressant à Juffa) :

 

« Vous regardez les informations chaque jour. C’est votre métier. Qu’est-ce qui vous a amené à vous arrêter sur cette affaire et à la soumettre à une enquête approfondie ? »


Incrustation: "Stéphane Juffa Agence de Presse MENA"

S. Juffa 

 

« On nous a conseillé d’aller voir le matériau recueilli par le physicien Nahum Shahaf, à l’époque où il était à la tête de l’équipe de travail d’enquête sur ce sujet pour le compte de l’armée et par la suite. Et même là-dessus, au début je ne l’ai pas compris. Je n’ai pas compris ce qu’il m’a montré. Il m’a fallu trois visites chez lui pour que je commence à voir que quelque chose clochait. »

Yoram Shefer
 

Juffa veut parler de cette image [on voit l’image brouillée, censée montrer la salve fatale] sur laquelle, malgré le flou, on distingue les doigts du caméraman Talal faisant le signe 2. C’est le signe convenu de deuxième prise, c'est-à-dire qu’on filme à nouveau la même scène, ce qui a pour but de préparer un montage. 

Sur ces photos, on distingue nettement deux doigts, tout près de l'objectif, d'où le flou (Ces deux clichés se suivent sur les rushes)

S. Juffa

 

« Si on fait défiler le film de France 2 à vitesse lente, on voit la prise 2 [illustration ci-dessus], et je me suis demandé: qu’est-ce que c’est "prise 2" ? Nous avons questionné l’entourage de Talal Abu Rahma: qu’est-ce que c’est "prise 2" ? Et avec un sourire, ils nous ont dit que c’est un signe de victoire. Alors, on leur a demandé: un signal de victoire pour un enfant mort ? Quelle victoire avez-vous remportée ? Vous avez vaincu Tsahal ? »


Le V de la victoire ?... Sur Tsahal ? questionne ironiquement Juffa

Yoram Shefer

 

L’enquête de Shahaf a été cause d’autres étonnements. Deux jours après l’incident, le caméraman Talal Abu Rahma fait une déposition sous serment [photos, ci-après] devant un notaire du nom de Rashi Sorani, à Gaza. Il y relate que l’enfant Al-Dura a été froidement assassiné et que l’événement a duré 45 minutes, durant lesquelles les soldats ne sont pas parvenus à massacrer le père et son fils.


A gauche, page de la déposition sous serment du cameraman de France 2, Talal Abu Rahma. A droite, vue partielle indiquant clairement qu'il a filmé durant 27 minutes.

Observons l'illustration des trous laissés dans le mur par les projectiles tirés. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre d’après la description, par Talal, de rafales ininterrompues en direction du père et de son fils. De plus, les traces d’impacts sur le mur ne semblent pas différentes après que les deux aient été censés atteints.

Incrustation de gauche : "Carrefour de Netzaril, hier". En bas, à gauche, "Mabat" (coup d'oeil [sur l'information]); en bas à droite : "Photo : France 2"

Le journaliste français Daniel Leconte, qui a visionné les prises de vues, a fait remarquer que pour que les balles israéliennes atteignent le père et l’enfant, il aurait fallu qu’elles changent de direction durant leur course. 


Texte anglais en haut de l'image : "Blessures impossibles à partir de la position de Tsahal". Au milieu, en hébreu: "fût de béton". Plus bas, à gauche, en hébreu: "emplacement du père et du fils". En bas à droite, en hébreu: "Angle de tir de la position de Tsahal".

 

Dans le même témoignage, Talal relate que le tir a été effectué dans la direction qui est en face du père et de son fils. Sauf qu'un examen de la topographie du carrefour montre que le poste de Tsahal se trouve en diagonale par rapport au père et à l’enfant, et non en face d’eux. La direction des trous dans le mur indique que les tirs provenaient de la position palestinienne, qui se trouve face au père et à son fils.

Texte hébreu, en haut: "Trou de la perforation en diagonale vers la gauche. On voit la paroi interne". A gauche, sous le dessin en coupe, "Illustration du trou [laissé par] l'entrée [du projectile provenant] d'une direction en diagonale, côté gauche". A droite sous la photo, "Aspect des trous dans le mur à Netzarim". 

 


Incrustations: de gauche à droite : "Position palestinienne" (en rouge) - "Le fût" (en jaune) - "Position palestinienne" (en rouge) - "La position israélienne" (en bleu)

 

Au cours de l’enquête, le général commandant d’alors, Yom Tov Samiah, a remarqué que le cri : « L’enfant est mort » se fait entendre alors que, tout le monde s'accorde là-dessus, l’enfant vit encore. 


C'est sur ces images que l'on entend crier, en arabe : "Mat al-walad!". Traduit en hébreu, à l'écran

 

[A nouveau projection de l’extrait du film de France 2, jusqu’à la rafale prétendument fatale.]

Cependant on peut voir ici que, après sa mort supposée, l’enfant lève la tête et regarde la caméra. Ce signe de vie a été coupé au montage du reportage français. [Le passage du coup d’oeil de l’enfant à la caméra est projeté à nouveau, au ralenti et image par image.]

[Prises de vue, image par image, de l'instant où l'enfant semble regarder vers la caméra. Les sceptiques affirmeront que l'enfant se débat dans les affres de l'agonie.]

Mais l’analyse de ce passage après que l’enfant soit censé mort permet de découvrir des changements dans la position du corps, qui sont caractéristiques de quelqu’un de vivant. La comparaison des mouvements nous apprend que l’enfant bouge après sa mort présumée. »

[Illustration des changements de position par détourage en blanc]

Nahum Shafaf a pris contact, par téléphone, avec Jamal, le père, qui répéta que l’enfant était mort sur le coup. [Ci-après, extrait d'un échange téléphonique entre Shahaf et Jamal Al-Dura] :

Shahaf : « Il a bougé, il a bougé »

Jamal : « Qu’est-ce que [vous entendez par] il a bougé ?

Shahaf : « Il a bougé ».

Jamal : Il a bougé de l’endroit, Yaani [vraiment] ?

Shahaf : Yaani, parce que l’enfant était mort ? Il n’était pas mort. Il a bougé sans arrêt.

Jamal : Non, il est mort. Il est mort sur le coup.