Texte repris de Fax de Jérusalem et du monde juif.
Février 2008 (propos recueillis le 8 février 2008)
Quel a été jusquà présent votre parcours, tant professionnel que communautaire ?
Après avoir terminé des études en marketing & communication, jai créé en 1992 une agence de publicité que je dirige encore à ce jour. Depuis 2000, suite à la résurgence de lantisémitisme dans notre pays, conséquente à la seconde intifada, jai levé le pied côté professionnel pour consacrer une partie de mon temps à la lutte contre ce fléau qui sest réinvité dans nos rues.
Au niveau communautaire, mon enfance est somme toute assez classique : étudiant à Ganenou puis à Maïmonide, haver [membre] au Dror, puis madrikh [moniteur] à lHanoar.
En 2002, jai été nommé secrétaire général de lassociation des Amitiés belgo-israéliennes. Un des moments forts de cette expérience restera certainement le voyage que Pedro Weinreb, président de lassociation, et moi avons organisé, fin 2002. Durant cinq jours, nous avons emmené une délégation de parlementaires en Israël à la rencontre de la société civile, dintellectuels de tous bords, de représentants politiques et des différentes composantes qui constituent la mosaïque israélienne.
Fin 2007, jai été élu à la présidence du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB).
Combien de personnes sont actives au sein de votre organisation ? Estimez-vous nécessaire détoffer cette dernière, et si oui, pourquoi ?
Le CCOJB regroupe en son sein 39 organisations. Depuis mon élection, jai été contacté par plusieurs associations désireuses de rejoindre le CCOJB. Je pense que, dès lors quune association répond aux critères dadhésion repris dans les statuts du CCOJB et quelle participe activement à lanimation de la vie communautaire, elle a toute sa place au CCOJB.
Parallèlement, pour mener à bien les différents chantiers ouverts ces deux derniers mois au CCOJB, il serait dommage de se priver des nombreux talents de notre communauté qui ne sont membres ni du Comité directeur ni du Conseil dadministration du CCOJB. Pour cette raison, jai mis en place différentes Commissions internes au CCOJB, qui, à ce jour, accueillent déjà plusieurs de ces talents prêts à mettre leurs compétences au service de notre communauté.
Quels sont les problèmes principaux auxquels doit faire face notre communauté en 2008 ?
Les challenges sont de deux ordres : structurels et conjoncturels.
Sur le plan structurel, il y a bien évidemment la lutte contre lantisémitisme et lantisionisme.
Sur le plan conjoncturel, on pourrait citer la menace iranienne et la saison artistique palestinienne en Communauté française Wallonie-Bruxelles.
LIran est, à plus dun titre, source de vive inquiétude. Les déclarations incantatoires du président iranien, ses missiles balistiques et ses centrales nucléaires, la tenue, en 2006, dune conférence internationale négationniste à Téhéran et, la même année et au même endroit, lorganisation dun concours international de caricatures sur la Shoah, voilà autant de raisons pour sélever avec la plus grande force contre le régime dun homme qui ambitionne de « rayer Israël de la carte ». Sur ce dossier, le CCOJB sera particulièrement actif : dune part, en sensibilisant nos concitoyens à la menace globale que représente lIran de Mahmoud Ahmadinejad, et, dautre part en demandant aux pouvoirs publics de faire preuve de cohérence. On peut en effet difficilement comprendre que lon inaugure, en plein cur de Bruxelles, un mémorial en hommage aux Justes - ces hommes et femmes qui, au péril de leur vie, ont sauvé des Juifs des griffes nazies -, et que lon ait, en même temps, un ambassadeur en poste à Téhéran, QG planétaire du négationnisme du génocide juif (...).
Quant à la saison artistique palestinienne en Communauté française Wallonie-Bruxelles, je nai pas, à proprement parler, de problèmes avec le concept. Tout du contraire. Par contre, si, sous couvert culturel, cette saison artistique nest que le faux-nez dune offensive politique visant à diaboliser lEtat dIsraël dans nos contrées, là, jai un problème. On a suffisamment pu constater, ces dernières années, que la courbe des incidents antisémites était intimement liée aux événements qui se déroulaient à quelque 4.000 kilomètres dici. Dès lors, importer ce conflit au cur même de la cité serait, au mieux, faire preuve dirresponsabilité. Le CCOJB sera donc extrêmement vigilant face aux dérives potentielles que pourrait engendrer cet événement, dautant plus que des dérapages sémantiques sont déjà à déplorer, comme en témoigne le site officiel de la Région bruxelloise qui, annonçant la saison artistique palestinienne, évoque « le mur de la ségrégation » et parle de « résistance ».
A ces défis, je voudrais ajouter la question du Rapport CEGES. Etabli à la demande du Sénat, ce rapport, intitulé La Belgique docile, revient sur le rôle des autorités belges dans la persécution et la déportation des Juifs en Belgique durant la Seconde Guerre mondiale. Je pense quil sagit là dun moment essentiel de lhistoire de notre pays et, pour accompagner ce travail et sassurer de la traduction dans les faits des conclusions du rapport, le CCOJB a mis sur pied une Commission spécialement dédiée à cet effet.
Comment imaginez-vous lavenir de la communauté juive en Belgique ? Quel rôle doit-elle y jouer ?
Je lespère serein et harmonieux. Quant à son rôle, je pense quelle doit continuer à faire ce quelle fait déjà très bien, à savoir illustrer le parfait exemple dune intégration réussie.
Il importe également que nous nous montrions dignes des valeurs morales dont nous sommes les héritiers. Lhypersensibilité à linjustice que nous avons, au gré de notre histoire, développée est à ce titre salutaire, garante quelle est de notre vigilance face à lantisémitisme, le racisme, le négationnisme, la discrimination, quelles quen soient les victimes.
Quel rôle doit jouer la communauté juive vis-à-vis dIsraël ?
Celui de témoin.
Nombre dentre nous avons de la famille en Israël et/ou y passons des vacances. De ce fait, la perception que nous avons de ce pays tranche singulièrement avec les images et commentaires partiaux rapportés par certains médias nationaux ou internationaux.
En soi, critiquer la politique israélienne nest assurément condamnable ni juridiquement ni moralement. Ce qui lest, par contre, cest le traitement dexception, la singularisation dont fait lobjet lEtat juif. A mes yeux, Israël est le Dreyfus des nations, et les critiques incessantes et injustifiées dont cet Etat fait lobjet ne trahissent rien dautre quun crypto-antisémitisme.
En effet, les dix-neuf premiers siècles de notre ère ont vu se développer un antisémitisme sur base confessionnelle : lantijudaïsme. Les Juifs étaient discriminés parce quils appartenaient à une religion présentée comme étant celle du « peuple déicide ».
La seconde moitié du XIXe siècle sonne le glas, en Europe, de lemprise de lEglise sur lEtat. Concomitamment, émergent les théories racialistes de Gobineau, Le Bon, etc. Cest à cette époque quapparaît, sous la plume de lécrivain antisémite allemand Wilhelm Marr, le néologisme « antisémitisme », qui substitue la « race » à la religion.
Enfin, à lissue de la Seconde Guerre mondiale, « Shoah oblige », nul, en Europe, ne pouvait encore se revendiquer comme étant antisémite sans se retrouver immédiatement au ban de la société. Est-ce dire que lantisémitisme, comme le pensait Elie Wiesel, « est mort à Auschwitz » ? Hélas, non. Le relais est désormais assuré par lantisionisme, cache-sexe dun antisémitisme inavouable.
A nous donc de témoigner et de dénoncer les mécanismes de cette ultime mutation dun fléau bimillénaire : lantisémitisme version 3.0. Témoigner « à décharge » dIsraël cest donc, on laura compris, également lutter contre un antisémitisme des plus sournois, celui qui substitue lEtat à lindividu.
Quel rôle doit jouer Israël vis-à-vis de la communauté juive en Belgique ?
Aucun, souhaitons-le.
Je mexplique. A linstar de Théodore Herzl, Israël représente, à mes yeux, parmi tant dautres choses, lEtat-refuge des Juifs persécutés dans leurs pays respectifs. Dès lors, je ne vois pas le rôle que devrait aujourdhui jouer Israël vis-à-vis de la communauté juive de Belgique.
© Fax de Jérusalem et du monde juif
[Texte aimablement transmis par info@ccojb.be).
Mis en ligne le 22 février 2008, par M.











