22/02/08
Texte repris du site Guysen International News.
Cette semaine, nous souhaiterions attirer lattention de nos lecteurs sur la polémique nourrie par les propos du Président français sur la pédagogie de la Shoah au cours du dîner du CRIF le 13 février dernier. Le projet de confier à chaque élève de CM2 la mémoire dun enfant disparu dans la Shoah a suscité des réactions très vives. Psychanalystes, enseignants, syndicats denseignants, opposants, politiques ont tenté dexploiter ce quils croyaient être une faille dans la « pensée » ou la « stratégie » de Nicolas Sarkozy, qui répondait au souci exprimé par le Président Richard Prasquier de poursuivre le travail de mémoire et denseignement de la Shoah.
Des bruits ont circulé sur la tentative de récupération du vote juif à quelques semaines des élections municipales, certains ont même expliqué quil sagissait dun prolongement de son discours sur la morale et la laïcité. Mauvais procès politiques ou idéologiques. Et puis, bien dautres sujets auraient pu susciter polémiques et réactions : ses propos sur la « colonisation », la vente du nucléaire civil aux pays du Moyen Orient, son discours sur la Pologne
Simone Veil, qui participera finalement à la mission de Xavier Darcos sur la Shoah, avait formulé des commentaires sévères contre la proposition de Nicolas Sarkozy : « inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste ». En écho, lhistorienne Annette Wieviorka complétait : « Je trouve étrange et malsain que ce Président qui prétend représenter la jeunesse, ne donne aux jeunes comme modèles que les jeunes assassinés »...
Comme si lessentiel avait été oublié. En parlant des enfants, des onze mille enfants juifs de France déportés et exterminés à Auschwitz, le Président de la République a touché à ce quil y a de plus triste et de plus injuste, de terrible et dincompréhensible : la mort des enfants auxquels le cinéaste Louis Malle nous avait appris à dire « Au revoir ».
De Raul Hilberg à Saul Friedländer, les grands spécialistes de lhistoire de la Shoah ont écrit quils ne parviendraient jamais à comprendre les crimes commis contre les enfants, dans les ghettos, les camps, à loccasion des tueries collectives.
Lextermination des enfants apparaît comme laboutissement du système mis en place pour détruire les Juifs dEurope. Les violences, les tortures, les expériences médicales quils subirent sont indicibles, inconcevables.
Ce qui est inexplicable risque de soublier. Il faut inlassablement le répéter, inlassablement le dire et parfois le crier : il est interdit doublier Auschwitz, et il est interdit doublier que 90% des victimes dAuschwitz étaient des Juifs. Il est interdit doublier quun million cinq cent mille enfants juifs furent déportés et exterminés. Les enfants, voilà linexplicable.
Nicolas Sarkozy a proposé de mettre la mémoire en action. La mémoire des enfants juifs disparus, rappelée par des enfants qui prendront ainsi conscience de latrocité et de la complexité de la condition humaine. Les plaques commémoratives ne suffisent pas. Les livres ne sont pas lus. La mémoire se transmet par la connaissance et par lémotion.
Le projet initial a été sensiblement modifié, mais contre loubli, les classes de CM2 reconstitueront avec leurs professeurs litinéraire dun enfant de la Shoah. Serge Klarsfeld se dit favorable à cet exercice de mémoire : « les élèves qui se souviendront dun enfant dont la vie a été tranchée par lintolérance et la haine raciste seront mieux armés contre les idéologies extrêmes et contre la violence ». Le devoir de mémoire devient un acte de mémoire, qui concerne toute la République. La mémoire juive, cest aussi la mémoire de la France.
Encore une fois, par pudeur ou ignorance, la mémoire de la Shoah a réveillé « un passé qui ne passe pas ».
En Israël, dès lâge de 5 ans, les enfants observent aussi le silence pendant que retentit la terrible sirène qui oblige les Israéliens à ne pas oublier, debout, la tête basse. Souvent les larmes coulent sur les joues des adolescents, qui prennent conscience de lampleur de la catastrophe, après avoir écouté pendant leur enfance, des histoires denfants qui leur ressemblaient. Cest cette conscience-là quil faut faire partager, parce que la mémoire dAuschwitz est universelle.
A New York, des classes denfants de onze ans, de Spanish Harlem, ou du Lower East Side, visitent la mémoire des enfants de leur âge, disparus dans la Shoah. Dans les musées, les expositions, ou au célèbre YIVO (Institut Scientifique Juif), ils découvrent quun monde sest éteint et comprennent que sa mémoire doit être préservée.
Douze ans après la reconnaissance, par Jacques Chirac, de la responsabilité de lEtat français dans la Shoah, Nicolas Sarkozy a levé un autre tabou. En 1945, dans les classes des écoles de France, il manquait onze mille élèves.
Ce soir, nous pensons à Guilad Shalit, Eldad Reguev et Ehoud Goldwasser. Nous pensons à leurs familles.
Chabbat Shalom
Guy Senbel
© Guysen International News
Mis en ligne le 22 février 2008, par M.











