[*] Voir : "A Bruxelles : Prélude à Durban II ?"; Jean-Claude Buhrer, "L'ONU contre les droits de lhomme"; "Nouveau Conseil des Droits de lHomme de lONU Un laboratoire de haine - La route vers Durban 2 2009"; etc.
21/02/08
Libre opinion parue dans le journal Le Soir, Bruxelles, vendredi 15 février 2008.
En septembre 2001 se réunit à Durban en Afrique du Sud la troisième conférence des Nations unies contre le racisme, qui a pour ambition la reconnaissance des crimes liés à lesclavage et au colonialisme. Au programme de cette réunion : laffichage dun repentir public de la part des anciennes puissances impériales, la mise en place de réparations afin de hâter le dialogue des civilisations et la pacification des murs de la communauté internationale.
Cest lhumanité tout entière qui, dans le souhait de ses concepteurs, allait, par le biais de cette assemblée solennelle, regarder en face sa propre histoire et en écrire sereinement la chronique.
Hélas, cette belle intention a dégénéré très vite en inflation victimaire et en atmosphère de quasi-lynchage à légard des ONG israéliennes et de toute personne soupçonnée dêtre juive.
La volonté de parvenir, par une sorte de thérapie collective, à une guérison du passé et délaborer des normes nouvelles en matière de droits de lhomme, analogues à celles de lOMC (Organisation mondiale du Commerce) et du FMI (Fonds monétaire international), na abouti quà une explosion de haine que les attentats du 11 Septembre [2001], survenus quelques jours plus tard, vont effacer de lattention collective.
Toutes les blessures du présent se rouvrent, tous les conflits éclatent, et Durban, contre la volonté de ses concepteurs, devient une arène verbale où lon sapostrophe, sinjurie, et où lon rejoue la comédie des damnés de la terre face à lexploiteur blanc.
« Par lintermédiaire de leurs descendants, les morts réclament que justice soit faite (
) car la douleur et la colère sont encore là »,
avait affirmé Kofi Annan, le 31 août de la même année, dans un langage étonnant de la part dun Secrétaire général, qui semble plus un appel à la vengeance quà lapaisement.
Les délégués, notamment ceux issus du monde arabo-islamique, lentendront bien de cette façon et feront de la conférence, aux côtés du groupe africain, le lieu dune revanche tiers-mondiste. LOccident, génocidaire par nature, doit reconnaître ses crimes, demander pardon et offrir des réparations symboliques et financières à ses anciens dominés.
La colère gronde, attisée par les images quotidiennes de la répression de la seconde Intifada par Tsahal, et ces reportages embrasent lensemble des assistants. On y dénonce sans relâche le sionisme, forme contemporaine du nazisme et de lapartheid, mais aussi « la férocité blanche » qui a produit
« ces holocaustes multiples que sont la Traite négrière, lesclavage et le colonialisme en Afrique ».
Israël doit disparaître, ses dirigeants être jugés par un Tribunal pénal international comparable à celui de Nuremberg.
La concurrence victimaire fait rage, les ONG exigent que la Traite soit considérée comme un génocide et entraîne des réparations à la hauteur de son énormité, comme les Juifs en reçurent de lAllemagne daprès-guerre. Des caricatures antisémites circulent, ainsi que des exemplaires de Mein Kampf et des Protocoles des Sages de Sion. Sous une photo dHitler, un texte affirme que, sil avait gagné, Israël naurait jamais existé et les Palestiniens nauraient jamais eu à verser leur sang. Des délégués sont menacés physiquement, des appels publics sont lancés à la mort des Juifs.
La farce atteint un sommet quand le ministre de la justice soudanais, Ali Mohamed Osmar Yasin, demande des réparations pour lesclavage, alors que son propre pays le pratique encore sans vergogne. Comme si un cannibale sétait prononcé soudain pour le végétarisme, ou si Attila avait inventé le Prix Nobel de la Paix.
Pascal Bruckner, Philosophe
© Le Soir
Mis en ligne le 21 février 2008, par M.











