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Barak Obama serait-il le Messie ? Sébastien Castellion
Une excellente analyse de ce collaborateur de Metula News Agency, dont une importante portion - reproduite ci-après - est en lecture libre sur son site. (Menahem Macina).
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© Metula News Agency
(info # 012002/8) [Analyse]

 

Qu’il gagne les élections présidentielles ou qu’il les perde, le succès du sénateur Barack Obama dans la campagne Démocrate américaine est le plus important phénomène politique de l’histoire américaine depuis la victoire de Ronald Reagan en 1980.

 

Obama fait la course en tête pour remporter l’investiture du parti Démocrate ; les sondages, à ce stade de la course à la Maison Blanche, le donnent gagnant face au candidat Républicain John McCain. Cette percée laisse perplexes les commentateurs Républicains, qui étaient encore certains, il y a quelques semaines, de devoir affronter Hillary Clinton. Malheureusement pour eux, le principal angle d’attaque qu’ils ont adopté pour l’instant sera sans doute inefficace face au Sénateur de l’Illinois.

 

Les critiques Républicaines peuvent être résumées comme suit : Obama parle bien, très bien même, mais son programme politique est mince et, lorsqu’on peut l’identifier, plutôt inquiétant. Sur de nombreux sujets, il a montré son inexpérience et sa naïveté. Ainsi, il annonce un retrait rapide d’Irak, c’est-à-dire une victoire d’al-Qaida et une défaite du gouvernement démocratique d’Irak, et déclare qu’il souhaite rencontrer Mahmoud Ahmadinejad. Puis il tente de rectifier le tir, en annonçant qu’il n’hésiterait pas à venir combattre al Qaida sur le territoire pakistanais … c’est-à-dire à envahir un pays allié.

 

Sur les questions économiques, les idées d’Obama sont nettement à la gauche du centre politique américain. Il est résolument hostile aux grandes entreprises, veut remettre en cause les accords de libre-échange des Etats-Unis et propose de fortes augmentations de la dépense publique, donc de fortes augmentations d’impôts : augmentation des minima sociaux, des centaines de milliards de dollars de dépenses pour améliorer les infrastructures et développer des programmes environnementaux.

 

Mais surtout, Obama passe trop peu de temps à dire ce qu’il va faire, et consacre trop d’énergie à parler en termes vagues d’ « unité », d’« espoir », de « changement » et autres slogans sans contenu. Il lui arrive trop souvent de se lancer dans une rhétorique qui fait plus penser à l’avènement des temps messianiques qu’à un programme politique : « Nous sommes nous-mêmes ceux que nous avions attendus… Nous sommes l’espoir de l’avenir… Nous pouvons refaire ce monde à l’image de ce qu’il devrait être… devenir un hymne qui guérira cette nation, réparera le monde et rendra notre époque différente de toutes les autres ». Espérons qu’il se reposera le septième jour.

 





Le Sénateur Obama, déjà au ciel …

 

L’ennui, c’est que ces critiques Républicaines – assez largement fondées – ne semblent avoir aucun effet sur l’électorat. Si McCain veut gagner en novembre (et s’il est bien confronté à Obama), il ne pourra pas se contenter de cette ligne d’attaque.

 

Trois raisons profondes, plus fortes que tous les arguments Républicains, jouent en faveur de l’actuel favori Démocrate.

 

La première raison est que la majorité des Américains estime que la guerre contre le Djihad international, en général, et la guerre d’Irak, en particulier, ne sont plus aussi urgentes qu’au début de la décennie. Cette perte d’intérêt est le résultat direct des succès de George W. Bush. Il n’y a pas eu de nouvelle attaque contre l’Amérique depuis bientôt sept ans ; al-Qaida a été gravement affaiblie en Irak. Pour beaucoup d’Américains, il est donc temps de passer à autre chose. Alors, pourquoi pas un programme massif de renforcement des infrastructures ? Après tout, c’est vrai que les routes et les ponts du pays sont en mauvais état…

 

Et si vous objectez que la politique étrangère d’Obama sera présentée par les djihadistes comme une défaite américaine, et que cela renforcera les extrémistes au sein du monde arabe, bien des Américains vous répondront que tant que les djihadistes ne peuvent pas attaquer l’Amérique, le caractère plus ou moins extrémiste des sociétés arabes est le problème des Arabes – pas des Américains. Obama peut bien perdre la guerre d’Irak et réduire les crédits militaires, mais il ne pourra pas démanteler, à lui seul, en quatre ans, la capacité de l’Amérique à se défendre face à un ennemi qui a subi, depuis sept ans, de graves revers.

 

La deuxième raison qui joue en faveur d’Obama relève de la pure politique américaine. Après l’élection de George W. Bush en 2000 – gagnée par quelques centaines de voix en Floride, alors que son adversaire avait obtenu plus de voix que lui à l’échelle du pays – les Démocrates ont abandonné le ton généralement consensuel et modéré de Bill Clinton pour un style haineux jusqu’à la démence. Bush était le mal incarné, ou, pour reprendre les expressions de divers Démocrates de haut niveau, « un misérable raté ». Les théories les plus paranoïaques – Bush était prévenu à l’avance des attentats du 11 septembre, il n’est allé en Irak que pour servir les intérêts pétroliers, il va réduire à néant les libertés américaines ... – ont été reprises, non seulement par les habituels crétins, mais aussi par des dirigeants Démocrates de la trempe de Howard Dean, un temps favori pour les présidentielles de 2004. Les troupes américaines en Irak ont été comparées par divers parlementaires Démocrates, et non des moindres, aux tortionnaires de Saddam Hussein ou à ceux de Pol Pot.

 

Quant aux Républicains, ils ne sont jamais tombés dans une pathologie aussi grave ; mais lors des trois dernières élections, ils ont eux choisi une tactique électorale de confrontation directe, destinée à mobiliser leur électorat traditionnel et non à séduire les électeurs du centre. Au total, la décennie a été marquée par un ton politique strident, rancunier et généralement désagréable. Cela pouvait satisfaire les électeurs qui s’identifient fortement à l’un ou l’autre des deux grands partis. Mais pour les électeurs centristes – appelés en Amérique « indépendants » – cette atmosphère de guerre civile froide a rendu la décennie 2000 pénible à vivre.

                          

La grande force – on peut même dire le coup de génie – de Barack Obama est de ne plus parler en termes de confrontation, mais de réconciliation. Oui, ses idées le placent nettement à la gauche du parti Démocrate : mais là où Hillary Clinton parlait hystériquement de « vaste complot de droite », Obama ne manque pas une occasion pour montrer du respect à ses adversaires politiques et annoncer qu’il sera prêt, comme Président, à travailler avec eux. En annonçant une grande réconciliation nationale, il fait miroiter la fin de la décennie de l’aigreur. Les indépendants ne sont pas les seuls à être soulagés.

 

Enfin, au-delà d’un simple espoir de réconciliation à court terme, Obama fait miroiter aux Américains la rédemption de leur pays entier. Le sénateur de l’Illinois – son succès serait incompréhensible sans cela – est Noir. Il ne descend pas des esclaves du Sud américain : la famille de son père vient du Ghana, ce qui fait probablement de lui un descendant des Africains qui vendirent aux Blancs les membres des tribus rivales. Il n’empêche. L’Amérique a honte de son passé esclavagiste et raciste. En votant pour un candidat Noir qui parle de réconciliation et d’une ère nouvelle, beaucoup d’Américains ont le sentiment qu’ils accompliront l’acte rédempteur, qui permettra à l'Amérique d’être enfin pardonnée pour son passé et de regagner l’amour du monde. Le salut collectif, après tout, vaut bien de prendre le risque d’élire un Président inexpérimenté (il pourrait s’entourer de conseillers solides) ou situé très à gauche de l’ensemble du pays (la démocratie américaine contient assez de contre-pouvoirs pour l’empêcher d’aller trop loin).

 

C’est pourquoi la rhétorique d’Obama, plus religieuse que programmatique, ne lui a pas nui. Sa popularité a, de fait, une dimension incompréhensible si on n’y voit pas la mise en pratique des notions chrétiennes de péché et de rédemption. Et, après tout, Obama n’est pas le seul homme politique à utiliser à l’occasion une rhétorique creuse. Clinton disait « Je crois à un endroit que l'on appelle espoir ». Bush avait pour slogan, en matière d’éducation, de « ne laisser aucun enfant sur le chemin ». Obama ne se distingue pas des autres hommes politiques par sa rhétorique sans contenu – mais parce qu’il l’emploie avec bien plus de talent.

 

(Suite réservée aux abonnés)

© Metula News Agency

Mis en ligne le 20 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org
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