* Guy Millière, "Un certain nombre de choses précises sur laffaire qui moppose à Johan Weisz, et sur Primo-Europe".
Dossier
Compte-rendu daudience
http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Ch-164470333
Ce 22 janvier 2008, Pierre Lefebvre, Président de Primo et Guy Millière comparaissaient devant la 17e chambre correctionnelle pour injures et diffamation, suite à la plainte de Johan Weisz.
Johan Weisz, auteur avec Cécilia Gabizon, du livre « OPA sur les juifs de France » a porté plainte du chef de diffamation publique envers un particulier ; injure publique envers un particulier.
Laudience a commencé par un bref interrogatoire de Monsieur LEFEBVRE en sa qualité de directeur de la publication.
Le président du tribunal a demandé quelques explications relatives au contexte et tout dabord ce que signifiait le nom du site "Primo Europe". Monsieur Lefebvre a répondu quil sagissait dun acronyme « Pour une Réflexion sur linformation sur le Moyen-Orient ».
La vie statutaire de lassociation ainsi que les motivations des bénévoles qui consacrent leur temps à lassociation ont été ensuite décrites par Pierre Lefebvre.
Celui-ci, en réponse à la question posée par son propre avocat, Me Gyslain DI CARO, a confirmé avoir bien lu le texte incriminé.
Ce fut ensuite le tour de Guy MILLIERE. Il a expliqué son parcours, son statut de professeur duniversité.
Sur le texte examiné par la cour, il sen est suivi une certaine confusion. En effet, contre toute attente, Monsieur MILLIERE, dans ses conclusions adressées au tribunal, aura décidé de faire volte-face, indiquant émettre toute réserve quant aux propos publiés.
Devant linsistance du Président à voir ce point éclairci, Monsieur MILLIERE a indiqué, sans équivoque, quil était bien lauteur de larticle dans sa totalité, ce dont le Tribunal a pris acte.
La partie civile ainsi que ses avocats, Me Patrick KLUGMAN et Me Michaël GHNASSIA, se sont ensuite exprimés, reprenant point par point les termes litigieux de larticle, et saluèrent la qualité du livre de leur client et de son travail denquête.
A l'issue de leur plaidoirie, Me Klugman a réclamé que soient condamnés Pierre Lefebvre et Guy Millière.
Le procureur, dans son réquisitoire, a estimé que les infractions étaient constituées et a donc sollicité du tribunal qu'il entre en voie de condamnation.
Puis Me DI CARO, avocat de Pierre Lefebvre, prit la parole et commença sa plaidoirie en rappelant un contexte, cest-à-dire un premier article critique de Monsieur Jacques TARNERO du livre « OPA sur les juifs de France », paru sur Primo, puis lentretien en réponse de Johan WEISZ où celui-ci met directement en cause Guy MILLIERE, et enfin la réaction de ce dernier.
Par ailleurs, Me DI CARO a salué la volonté de Monsieur MILLIERE de répondre, en intellectuel, aux critiques de Monsieur WEISZ, et a fait valoir quil était regrettable que, de son coté, Monsieur WEISZ ait préféré la voie contentieuse, compte tenu du fait que les colonnes de Primo lui demeuraient ouvertes.
Lavocat évoqua encore lémulsion (sic!) qui régnait à lépoque au sein de Primo, qui avait alors bien vite été envahi de mails et dappels téléphoniques en tout genre, de personnes se disant blessées par les propos tenus lors de ces différents échanges et qui exigeaient, menaçants, des explications.
De surcroît, pour lever toute ambiguïté sur ce point, Me DI CARO précisa quil existait une réelle convergence de points de vues entre Primo et Millière sagissant stricto sensu des thèses contenues dans louvrage de Monsieur Weisz, tout en semblant se montrer plus réservé quant à lusage de certains termes employés dans larticle incriminé.
Me DI CARO a enfin invoqué la bonne foi de Monsieur LEFEBVRE, lequel nétait alors animé, dit-il, daucun sentiment de vindicte ou danimosité vis-à-vis de quiconque et dont le dessein était uniquement de permettre aux protagonistes de sexprimer sur un sujet aussi polémique.
Pour finir, la collaboratrice de Me GOLDNADEL, intervenant en faveur de Monsieur MILLIERE a contesté la qualification pénale des faits et a fait valoir, dune part la bonne foi de son client, et dautre part la provocation dont ce dernier a, dit-elle, été la cible.
Lavocate a par ailleurs contesté lexistence du moindre préjudice de la partie civile qui, affirme-t-elle, nen a pas rapporté la preuve comme cela lui incombait.
Le jugement a été mis en délibéré au 5 mars 2008.
© Primo, 23 janvier 2006
Communiqué de Primo
http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Ch-209774465
Johan Weisz, co-auteur dun livre « OPA sur les Juifs de France » a porté plainte contre Guy Millière, auteur dun article réactif, et contre Primo pour lavoir mis en ligne.
Le sujet traité par ce livre aurait mérité une réflexion plus approfondie, surtout dans un tel contexte national et international.
Nous pouvons comprendre que, sur la forme, certains des propos tenus par Monsieur Millière ont pu être sincèrement considérés par Johan Weisz comme insultants. Nous pouvons comprendre que ces propos, relayés par Primo, ont pu blesser Johan Weisz. Telle nétait pas notre intention.
Nous savons, pour lavoir nous-même expérimentée, la souffrance que peut générer une accusation, voire une calomnie. C'est pour cela que nous avons offert aux deux protagonistes la possibilité d'échanger leurs points de vues.
Quoi qu'il en soit Primo adresse ses sincères regrets à Johan Weisz et veillera, dans la suite de ce débat, à continuer de privilégier le contenu, tout en se montrant vigilant quant à la forme du propos.
Nous restons toujours ouverts aux débats de fond.
Nous sommes donc prêts, pour cela, à prêter nos colonnes à Johan Weisz pour une discussion équitable et apaisée et nous nous engageons à laisser de côté les invectives qui n'apportent jamais rien de bon au débat d'idées.
Primo, le 22 janvier 2008
Repentance (info # 010303/7) [Analyse] Par Guy Millière
©
Premier épisode. Scène vue à Paris, au mois de novembre 2006. Un salon du livre. Un auteur, venu pour signer sa production, se fait apostropher par diverses personnes indignées. Lune de ces personnes est mon épouse. Lauteur en question sappelle Cécilia Gabizon. Elle est venue pour un ouvrage intitulé « OPA sur les juifs de France ». Sa thèse est quIsraël a besoin dhabitants supplémentaires et est prêt à tout pour les attirer, notamment en instrumentalisant la peur des Juifs de France et en utilisant largument de lantisémitisme dans lHexagone, y compris en sappuyant sur de sales types dextrême-droite, racistes, et jen passe. Mon épouse interpelle Cécilia Gabizon, parce que je suis justement lun des sales types dénoncés dans louvrage. Elle explique à Gabizon que son livre est malveillant et diffamatoire, lui déclarant que, malgré la certitude quil y avait largement matière à le faire, je nai pas porté plainte. Gabizon répond humblement quelle est de bonne foi, quelle va faire son possible pour remédier à la situation. Elle a co-écrit le livre avec Johann Weisz qui, lui, nest pas venu.
Second épisode. Février 2007. Je suis convoqué par la police pour enquête, suite à une plainte pour diffamation et injure publique déposée par Cécilia Gabizon (qui remédie de cette façon à la situation ?) et par Weisz. Mes crimes ? Avoir dit que les procédés utilisés par Weisz, consistant à se présenter à des gens sous de faux prétextes et à leur prêter ensuite des propos quils nont jamais tenus, ne relèvent pas du journalisme, mais peut-être dune autre profession que je ne puis absolument pas nommer ici car la police de la pensée veille. Weisz et Gabizon semblent penser, au contraire, que de tels procédés constituent une excellente méthode journalistique et que je porte atteinte à leur respectabilité. Dont acte.
Ils maccusent davoir soutenu quils faisaient le jeu de lantisémitisme. Jai effectivement déclaré que le fait de dénoncer des collusions de Juifs avec des sales types dextrême-droite peut inciter à penser que les Juifs en question ne sont pas irréprochables. Dont acte encore. Je dois mêtre trompé : un Juif quon nomme et quon présente comme manipulateur ayant, de surplus, des liens troubles avec de sales types dextrême-droite, ne risque absolument pas, en France actuellement, de se trouver en butte à des menées antisémites. Evidence absolue !
La France daujourdhui considère comme de la probité intellectuelle daccuser un auteur comme moi, dont on connaît les idées libérales, lamitié pour Israël et les Etats-Unis, et le combat contre lantisémitisme, dêtre un sale type dextrême-droite. Dont acte toujours. Le libéralisme est dextrême-droite, chacun le sait, et John Locke, en écrivant sa Lettre sur la tolérance était assurément un fasciste !
Si lon continue sur cette lancée, Israël et les Etats-Unis sont des pays aux mains de la pire extrême-droite, et Condi Rice ou Ehud Olmert ont de quoi faire peur, à la différence du sympathique Ahmadinejad. La lutte contre lantisémitisme est elle-même considérée comme dextrême-droite, car, comme chacun le sait, celle-ci a bâti sa réputation en luttant farouchement et sans répit contre lantisémitisme ! Mêler des propos déformés à des citations extraites dun quotidien proche du Front National serait donc le comble de lhonnêteté. Si Gabizon et Weisz travaillaient outre-Atlantique, ils auraient pu obtenir le prix Pulitzer !
A la sortie du livre, je nai pas porté plainte, donc. Jestimais que la police et la justice ont mieux à faire que de soccuper de délits dopinions et de propos, fussent-ils gravement diffamatoires. Je préfère laisser lidée dexercer une police de la pensée à dautres et user de la liberté de parole pour y répondre. Weisz et Gabizon semblent juger, eux, que le rôle de la police et de la justice consiste à détruire tout discours critique, pamphlétaire, et de placer des gens comme eux au-dessus de toute réfutation et débat intellectuel. Je ne doute plus que cest moi qui ai tort et quils ont raison. Il doit y avoir une seule pensée dans la France daujourdhui, la Vraie, lAuthentique ! Il doit exister un droit de dénoncer, de déformer et damalgamer si cest pour la bonne cause. Et il importe de restreindre davantage encore ce qui reste de la liberté de parole, voire de la supprimer, ce qui correspond à une attitude démocratique et pluraliste bien connue.
Jai reçu, après la publication d « OPA sur les juifs de France », une nouvelle bordée dinsultes antisémites et de menaces, mais je comprends maintenant que cétait uniquement le fruit du hasard. Javais porté plainte autrefois pour des menaces de mort, mais la procédure sest enlisée. Cette fois-ci, je nai même pas demandé de protection policière : les sales types dextrême-droite que dénoncent de courageux journalistes français ne méritent pas dêtre protégés, je le savais davance.
Jai vu des éditeurs qui me prenaient pour un sale type après la publication d« OPA sur les juifs de France ». Certes, ils avaient entendu parler du livre, mais assurément, son contenu ne les avait absolument pas influencés, et cest une stricte coïncidence sils pensaient que jétais proche du Front National : strictement personne ne les avait induits en erreur ; cétait une idée spontanée, selon toutes les apparences.
Alors je fais publiquement repentance avant de risquer de me voir infliger une lourde amende. Gabizon et Weisz sont, je laffirme, un exemple glorieux pour tous les jeunes journalistes français. Tous devraient procéder comme eux. Leur style approche du génie. La vérité qui se dégage de leur livre mériterait quon jette sous leurs pas des pétales de roses.
Les jeunes journalistes français juifs, surtout, devraient prendre exemple sur eux : sans des gens aussi nobles, notre pays aurait pu céder à un « complot juif » (sic) destiné à déstabiliser la France et ourdi par lEtat dIsraël et son antenne secrète lAgence juive ! Mais grâce à des gens aussi nobles que Cécilia Gabizon et Johann Weisz, lantisémitisme est en net recul en France, toutes les données disponibles le prouvent. Et si des gens comme moi, qui ne suis pas juif, se font traiter de « suppôts des Juifs » ou de sale type, si on leur dit, en les insultant, quon a lu « Offre publique dachat sur les juifs de France », ce nest quune simple coïncidence
Je serais directeur de publication, jengagerais immédiatement Weisz et Gabizon : des gens de cette trempe, on nen rencontre pas tous les jours. Je regrette vivement que personne nait déjà eu lidée de leur proposer des postes dignes de leurs qualités.
Et je fais repentance, oh oui ! Cest la moindre des choses en attendant le moment où je devrai répondre de mes crimes abominables devant le tribunal.
Promis, je le dis : Cécilia Gabizon est le plus radieux des rayons de soleil. Johann Weisz est un grand leader incapable de se tromper. Sa pensée illumine mon esprit de pauvre ver de terre. Pour mieux faire repentance, je vais conseiller « Offre publique dachat sur les juifs de France » autour de moi. Sa lecture devrait être obligatoire. Quon limpose à lécole ! Et jenvisage, au titre de preuve de ma bonne volonté, de dénoncer aux autorités ceux qui auraient la malhonnêteté de ne pas lavoir encore lu.
Post Scriptum : Par charité pour ceux qui nauraient pas le temps de le lire, je résume ici quelques passages du livre, afin quils comprennent que cest néanmoins leur devoir de simprégner de sa substantifique moelle.
- Des intellectuels juifs font « cause commune » avec des « recrues de lextrême-droite » pour « fustiger la France antisémite et pro-arabe ».
- Il existe une « rencontre flagrante » entre « le sionisme et les techniques directes de marketing », les juifs sont des « clients » quil faut « séduire ».
- Il existe, dit le titre dun chapitre, une «aubaine de la haine » (quelle aubaine dêtre détesté, en effet !).
- « Beaucoup de juifs » ont « délaissé les valeurs de tolérance » et, « par milliers », ils ont « sombré dans les amalgames racistes ».
- « De nombreux leaders communautaires savèrent prêts à fermer les yeux sur le radicalisme de droite ».
- Des auteurs dextrême droite participent au « salon du livre du Bnai Brith France », et un « responsable de communication du Bnai Brith » se révèle acquis à un procès mental paranoïde fait à la presse et aux médias et il laisse passer « une coulée de rage et damertume ».
- Jai été (moi, Guy Millière) embarqué dans une aventure d « union avec le Front national » et je suis en faveur dune « recomposition de lextrême-droite » (je ne le savais pas, jen apprends tous les jours).
- Pierre-André Taguieff et Jacques Tarnero sont des suppôts de « lextrême droite ». Roger Cukierman, lui, incarne « une ligne populiste » qui lui vaut le « mépris de lintelligentsia ».
- Le grand rabbin Sitruk incarne un « intégrisme religieux » et la relance des « tribunaux rabbiniques ».
- France 2 redoute les manuvres du « petit noyau dindividus qui la harcèle », parmi lesquels l « exalté » Serge Farnel.
- Il existe autour de nous « une nébuleuse de sites extrémistes juifs et dextrême-droite », et une presse juive « démagogique » qui ose parler de « meurtre antisémite à Paris », sous le prétexte quun juif aurait été assassiné par un musulman parce quil était juif.
- Raphaël Lellouche est un malade : il a osé déduire du fait quun homme portant un keffieh rue des Rosiers et dénonçant « la colonisation en Palestine » est « un militant actif de la cause palestinienne ».
- « Une certaine frange de la jeunesse juive semporte »
lorsquelle se sent en position de force et ne rate pas « loccasion dagressions au faciès contre les Maghrébins sur les Champs-Élysées ».
- Dans une certaine ville, « tous les dimanches, les adolescents juifs se réunissent sur la grande place, discutent, et sen prennent parfois aux jeunes de banlieue qui auraient le tort de passer par là ».
Je pourrais ajouter dautres passages mais je préfère marrêter là. Pour une raison que jignore et qui na strictement rien à voir avec le livre, je le jure à la police de la pensée, je sens en moi monter une irrépressible envie de vomir.
Interview de Johan Weisz, co-auteur de [lire : "avec"] Josiane Sberro
http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=In-88012747
Récemment, la sortie dun simple ouvrage denquête sest vue accompagnée [sic] dun battage exemplaire de la presse. Sept pages dans Le Point, six dans Marianne, une succession darticles de la MENA. Sagirait-il dune affaire dEtat ? Non. Tout simplement de : "OPA sur les juifs de France, enquête sur un exode programmé 2000-2005", de Cecilia Gabizon, reporter au Figaro, et Johan Weisz, journaliste à Radio Shalom et Proche-Orient Info (Grasset).
Des personnalités mises en cause dans louvrage et se sentant outragées par la teneur de certains articles ont aussitôt réagi avec vigueur. (lire les réactions).
Primo-Europe, fidèle à ses engagements de libérer la parole, a ouvert ses pages à cette manifestation de colère. Johan Weisz, co-auteur de louvrage, nous a contactés. Il tenait à nous démontrer que son livre subissait des attaques injustifiées.
Rendez-vous a donc été pris avec Johan Weisz pour une longue interview corrigée et approuvée par son auteur.
Pour permettre à nos lecteurs de se faire une idée plus équilibrée, nous avons contacté tous les responsables officiels des instances objets de cette enquête, et leur avons demandé leur point de vue dacteurs directs. Leurs réactions feront lobjet dune parution séparée.
PE: Johan Weisz, bonjour. Vous avez contacté Primo après la parution sur notre site de deux articles critiques de votre enquête. Nous vous avons proposé dexpliciter votre démarche intellectuelle. Et vous nous avez aussitôt répondu positivement. Dans un premier temps, pourquoi avoir choisi ce titre ?
JW: Jai écrit "OPA sur les Juifs de France". Cela représente deux ans et demi de travail. Cest un livre de reportage. Ce nest pas un livre à thèse. Cest un carnet de route de cinq ans de vie de la communauté juive de France. Cest un livre qui voulait poser la question de lAlya. Quand Ariel Sharon, en Juillet 2004, apparaît sur toutes les télévisons en France pour dire aux Juifs : "Votre pays ce nest pas la France, cest Israël, venez immédiatement", cela a été perçu comme une OPA, en France en tous cas ! Les Français se sont simplement demandé pourquoi on voulait leur dérober "leurs" Juifs.
Nous sommes donc allés voir quel était lorganisme, lAgence Juive, censé encourager lAlya des Juifs du monde, de la diaspora et des Juifs de France, et qui [lAgence Juive] est "censée" uvrer pour la réussite de votre Alya.
Nous sommes allés voir les nouveaux immigrants en Israël ; voir comment se passe leur vie là-bas ; puis nous avons enquêté et découvert le pourcentage de ceux qui reviennent. Cest un chiffre jalousement gardé : 30% à 40% des nouveaux immigrants sen retournent vivre en France dans les cinq années qui suivent leur départ.
PE: Quant à laffirmation dAriel Sharon, il nous faut préciser que sa présentation en est erronée : Ariel Sharon ne sest jamais adressé aux Juifs de France; il était aux Etats-Unis, invité dinstances juives inquiètes de la montée de lantisémitisme en France. Sa réponse fut simple: "si les Juifs de France ont des problèmes dantisémitisme, Israël les attend". « OPA sur les Juifs de France », vous avez choisi votre titre, on ne vous la pas imposé ?
JW: Bien sûr ! Je crois quun auteur, à un moment donné, travaille avec son éditeur. Nous sommes deux auteurs. Le livre est un produit de Cecilia Gabizon et Johan Weisz; nous avons travaillé main dans la main avec léditeur. "OPA sur les Juifs de France" est un titre qui me plaît pour trois raisons.
Dabord, cest queffectivement lopération de lAgence Juive sur les Juifs de France est, quoi quon dise, une opération unilatérale, vis-à-vis de la France tout du moins !
Ensuite, cest la conjonction historique de lantisémitisme, qui est très fort en France à cette époque-là et qui lest toujours -, de la volonté daction de lAgence Juive qui est très active à partir de 2004, et de laction de certains responsables communautaires et de militants dans les communautés ou hors communauté, de cercles très à droite. Tout cela a eu un impact. Il ya eu une dOPA intellectuelle sur la manière de penser, de voir le monde, dune partie des Juifs de France.
Enfin, remarquons que si le titre choque aujourdhui, dans les années 1980, Schmuel Trigano écrivait un article titré « Non à lOPA sur le judaïsme !», et personne ne sen émouvait ! Certes, aujourdhui, le contexte a changé. Mais ce qui est important pour moi dans le choix dun titre, cest quil choque et quil casse des réflexes automatiques. Il y a eu pas mal de réflexes automatiques avec la sortie de ce livre, souvent fondés sur le titre, ce qui prouve que ce ne sont que des réflexes automatiques. Jattends une pensée autonome.
PE: Titre choc ou idée préconçue quand vous parlez dOPA sur les Juifs ? 250 000 jeunes diplômés quittent la France tous les ans pour un avenir meilleur. 3000 Juifs (hommes, femmes, enfants) vont faire leur Alya dans lannée, et cela donne lieu à ce concept analytique. La divergence dapproche est telle que lon ne peut éviter de sen étonner, voire de sen émouvoir. Et si lon y ajoute les réactions dans la presse.
JW: Le magazine Le Point a effectivement fait 7 pages sur le livre, avec des extraits des bonnes feuilles ; Marianne a fait aussi 6 pages, avec essentiellement des extraits des bonnes pages. Que des journalistes chevronnés comme Joseph Macé-Scaron, ancien du Figaro, ou Emilie Lanez au Point reconnaissent la qualité du travail journalistique, cest bien ! Jattends que Tribune Juive et Actualité Juive fassent de même, car cest un débat qui intéresse autant la communauté française que la communauté juive.
PE: Les journaux ont publié les bonnes pages; mais quand, sur la couverture de Marianne, journal souvent vendu pour ses couvertures, on découvre, en titres énormes, "lOPA et la collusion des Juifs avec lultra droite", il y a de quoi être outré. Comment se fait-il que lon ait pu utiliser votre livre pour enfermer tous les Juifs de France dans cet immonde magma ? Erreur de parcours, volonté de nuire, comment cela a-t-il été possible ?
JW: Parlons du fond, cest ce qui doit nous intéresser. Il y a une volonté dOPA dune partie de lextrême droite sur la communauté juive. Simples exemples : Sur le site de Primo-Europe, on invite à des conférences dAlexandre del Valle, et aujourdhui, en une, de Guy Millière. Je ne suis pas là pour juger, je suis là pour donner linformation. Je constate une permanence de la présence de personnalités de la droite extrême dans certains cercles communautaires. Cest un constat factuel. Pas un jugement. A chacun de trancher à partir des faits.
PE: Sur Primo, del Valle ou Guy Millière hier, et vous aujourdhui, Johan Weisz. Nous navons aucune exclusive quand il sagit de donner la parole en dehors des extrêmes et des idéologies toutes faites. Primo nest pas un site communautaire, faut-il le rappeler ? Nous sommes de toutes obédiences, de toutes croyances, de toutes sensibilités politiques. Cest une question de respect de la liberté dexpression.
JW: Très bien. Cest votre choix. Souvenez-vous de la critique que vous portiez aux altermondialistes qui défilaient côte à côte avec des militants de lislamisme politique. Vous leur disiez de faire le ménage dans leurs rangs ! Eux répondaient notamment en invoquant la liberté dexpression.
PE: Vous voyez que vous êtes dans lexclusion et lexclusive.
JW: Revenons au chapitre IV de mon livre, il est important. Je rappelle que la 11e chambre de la Cour dAppel de Paris a jugé quAlexandre del Valle a "fréquenté tour à tour les milieux royalistes légitimistes, les milieux intégristes catholiques, les milieux de la droite païenne antisémite, ceux de la droite radicale, ceux du Grece et de la Nouvelle droite, les milieux fascistes identitaires européens".
PE: La vie dAlexandre del Valle nous importe peu. Ce qui nous importe cest le contenu des ses livres. Et sur le sujet qui est le sien il est dun apport incontournable.
JW: Dans les dernières années qui ont été des années troubles, certains dans la communauté ont accueilli avec plaisir des conférenciers non juifs (et ils étaient rares !) qui partageaient les mêmes thèses queux. Or, certains de ces conférenciers venaient de la droite extrême et ont pu, du coup, trouver un public acquis à leur cause. En quelque sorte, la communauté juive leur a donné une audience et un crédit. Je pose cette question : la communauté juive doit-elle aller chercher ses appuis dans la droite extrême ?
PE: De quel pseudo appui parlez-vous ? Tout juif est un citoyen français, libre des ses choix... Vos propos relèvent de la méprise et de la globalisation primaires. Effet dannonce de Marianne et instrumentalisation. Un certain comique peut donner un spectacle des plus sectaires au Zenith sans soulever une ligne de dérision. Lannonce dune conférence suffit à vous faire frémir !
JW: Quand il y a des collusions étranges entre les altermondialistes et des islamistes antisémites, je lécris, je fais mon métier de journaliste. Quand Marianne reprend un extrait de mon livre dans lequel je dis "que des militants de la droite extrême sont accueillis à bras ouverts dans ces cercles de la communauté juive", Marianne prend ce chapitre, cest tout à son honneur, car, du point de vue factuel, cest un chapitre irréprochable.
PE: Allez-vous comprendre que les Juifs concernés par votre OPA, à Sarcelles, ont bien dautres soucis, de nos jours, que ladhésion à une idéologie ? Les Juifs de votre OPA ont des questions vitales : comment par exemple, des Noirs proches voisins et amis, sont soudainement devenus si violemment antisémites ? Antisémitisme de compensation.
JW: Oui. Je crois tout de même que les enjeux dont nous parlons sont éminemment politiques. Or, quand on fait de la politique, il faut avoir en tête à qui on parle. Quel est lobjectif de la personne avec qui je mallie et quel est mon objectif à long terme ? Les combats politiques de la communauté juive sont-ils les mêmes que ceux dintellectuels qui prônent cest le cas de Guy Millière -, de marcher dans les pas dAlain Sanders, du journal catholique intégriste Présent. Mon livre est là pour vous donner les éléments du problème.
PE: Revenons à votre livre. Votre enquête a débuté en 2000. Vous avez tenté de comprendre comment lAgence Juive avait surfé sur la vague de peur. Or, lannée 2000 cest laffaire Al Durha et la deuxième Intifada.
JW: Oui et non. Il y a une conjonction historique. La France connaît un violent antisémitisme qui se poursuit. Au même moment, en Israël, les chiffres de lAlya sont au plus bas. Cessons de réfléchir avec angélisme. LAgence Juive est certes un organisme sioniste. Ce qui permet son existence, cest quelle produit de lAlya, sinon elle met les clés sous la porte et tous les fonctionnaires de lAgence se retrouvent au chômage, on pourrait limager en disant : "LAgence, dont les soutiens financiers se fragilisent, a pour contrainte existentielle de créer de lAlya, et faute de résultats significatifs ses dirigeants se retrouveront au guichet de lANPE !".
LAgence Juive constate que les réservoirs dimmigration juive, en ex-URSS ou en Ethiopie sont épuisés. Par contre, les Juifs de France apparaissent en difficulté.
Lerreur que va faire lAgence Juive en montant lopération Sarcelles dabord, cest quelle va raisonner pour les Juifs de France en terme dAlya de secours, de sauvetage "rescue Alya". Ils vont monter un plan en envoyant des délégués, avec des listes des membres de la communauté juive ils vont faire du porte à porte. Cela va se révéler être un échec, car même sil y a un antisémitisme terrible en France, les Juifs ne montent pas en Israël pour cela.
PE: Si lAlya sarrête, les envoyés de lAgence juive vont pointer à lANPE ; conception originale mais erronée ! Ce sont des fonctionnaires de lEtat dIsraël, ils rentreront au pays pour mettre leurs compétences au service dautres causes.
JW: Cétait une image. Mais lAgence Juive est une organisation dont le seul but est de produire de lAlya. 50% de son budget est financé par des donateurs américains. Eux raisonnent en termes dinvestisseurs. Sil ny a pas dAlya, pourquoi donner 150 millions de dollars par an à lAgence Juive ? Et sans ces financements, lAgence Juive fermerait ses portes !
PE: Mais lAgence Juive disparaît delle-même quand elle na plus de raison dêtre. Dans les pays arabes sa mission est terminée avec la disparition des Juifs.
JW: En 2004, le but escompté par lAgence était de faire immigrer 30 000 Juifs de France. Seuls 2415 Juifs ont émigré. LAgence Juive se rend ensuite compte de son erreur dappréciation. Une Task force est créée et constate que la logique dAlya de secours était inadaptée et va passer dune méthode de "rescue alya" à une "alya by choice". Les businessmen de cette Task force font appel à des consultants dIBM Business Consulting Services, rémunérés 300 000 dollars par an pour produire une étude marketing, sur deux communautés : celle de France et des Etats-Unis. Marketing, positionnement, quelles catégories de Juifs en France ? Quoi proposer aux Juifs de France pour "vendre" le produit Israël. Ces mots ne sont pas une invention de ma part, ce sont simplement les mots employés aujourdhui par les dirigeants de lAgence
PE: Ny a-t-il pas inversion du problème ? Pourquoi lAgence Juive sactive-t-elle à certains moments de lhistoire des communautés ? Il y a quinze ans seulement, en France, lAgence juive avait même fermé ses locaux de la rue Fortuny. Pourquoi ?
JW: Dans ce livre à aucun moment nous ne disons "cest bien" ou "cest mal". Nous décrivons létat des lieux sans jugement. Dans les séminaires des dirigeants de lAgence, on découpe les communautés juives en tranches de camemberts et on discute sur des diagrammes de positionnement pour répondre à la question "Comment vendre Israël ?".
Parmi les dirigeants historiques de lAgence Juive, les sionistes socialistes, ce procédé a choqué au départ, mais ensuite ils ont bien dû laccepter.
On parle aussi de sionisme dans ce livre. Force est de constater quaujourdhui, dans le camembert de lidentité juive en diaspora, la part israélienne de lidentité juive est plus importante quhier.
PE: Pourquoi ?
JW: Le leader sioniste Ahad haam voyait en Israël un centre culturel et "national-spirituel" pour le judaïsme auprès duquel la diaspora périphérique vient sy ressourcer. Mon sentiment est que lon va vers cela.
PE: Pourquoi depuis 2000 lidentité juive a-t-elle pris une forte connotation israélienne ?
JW: Elle nest pas devenue plus israélienne ; elle est devenue plus active pour la défense politique dIsraël. Là, nous arrivons au problème des médias communautaires qui fonctionnent en miroir. Aujourdhui, la communauté juive est crispée sur des mots. Par exemple quand on entend "colon" sur France info, on nest pas content. On réagit typiquement en disant "on nest pas daccord avec ces gens-là !". On tente, après coup, de légitimer la crispation ; mais en entendant "colon" on va dire : "ces gens-là ont un parti pris contre Israël !"
Je pense quà un moment donné, il faut penser par soi-même et ne pas se crisper. Lautodérision a toujours été la force du peuple juif. Il nous manque dans la communauté juive une autonomie de la pensée. C'est-à-dire penser par soi-même et non penser contre. A utiliser 90% de notre intelligence à lutter contre, on oublie juste qui on est.
PE: Si je naccepte pas le mot "colon", ce nest pas par crispation mais par simple raison sémantique. Un colon vit sur une terre dappartenance désignée. Le roi de Jordanie, après Septembre Noir, a abandonné à Israël la Cisjordanie, et lEgypte a "oublié" Gaza dans le giron dIsraël après avoir récupéré le Sinaï. Ces terres sont en fait libres de droit. Que les occupants juifs de ces régions doivent céder la place à un peuple naissant est un fait, mais le terme "colons" est impropre. Donc inacceptable !
JW: Cest une vérité historique, mais ce terme est passé dans les usages.
PE: Cest cet état de fait que je refuse.
JW: Evidemment que chaque mot a un sens. Mais parle-t-on ici de lessentiel ? Vous allez me reprendre, moi Johan Weisz sur Radio Shalom, parce que jutilise parfois le mot "colon" et jai peut-être mes raisons aussi. Vous allez par contre écouter avec émerveillement tel ou tel évangéliste américain qui ne va refuser le mot "colon" parce quil est "pro-israël mais qui est, par ailleurs, un antisémite notoire.
On peut aussi parler des rabbins et de leur rôle. On sintéresse dans le livre aussi bien aux Juifs de France, quaux francophones en Israël. On se dirige vers une sorte de franco-israéliens, avec des rabbins qui ont un grand succès en Israël. Ils organisent des week-ends, des repas, des regroupements et séminaires. Ils ont été actifs dans lAlya des Juifs de France vers les territoires.
PE: Là, jaccepte dentendre parler de marketing. Ne vaut-il pas mieux que ce soit lAgence Juive peuplée de fonctionnaires dun Etat démocratique qui se charge de lAlya, plutôt que de laisser ce rôle à lidéologie et à certains rabbins ?
JW: Les dirigeants de lAgence Juive sont élus par le Congrès Sioniste. Mais ça na pas empêché lAgence dencourager jusquen 2004 les installations de familles françaises à Gaza.
PE: Cétait la politique du moment dun Etat organisé. Avec le repli ce ne sera plus possible.
JW: Cest vrai. Il y a un discours sur les Arabes, chez certains Juifs de France ou de francophones en Israël, qui ma beaucoup étonné. Si lon remplaçait le terme "arabe" par "Juif" dans la même phrase, leurs auteurs eux-mêmes crieraient à lantisémitsime !
PE: Où habitez-vous, Johan ? Vous êtes à limage de tous les Parisiens. Il faut venir en banlieue pour comprendre lexaspération.
JW: Jhabite dans le centre de Paris, à deux pas de la rue des Rosiers. Jai beaucoup de chance dhabiter dans ce quartier magique. Maintenant, encore une fois, je ne juge rien. Quand un rabbin répète dans des cassettes enregistrées cest donc un discours assumé - : "Avec les arabes, ou tu cognes, ou tu te fais cogner. Ya pas de kavod à faire à un arabe. Ou bien il est sous tes pieds, ou bien tu es sous les siens. (
) Sarah, lépouse dAbraham, veut nous faire comprendre quelque chose : Attention à lArabe!"
et bien je métonne quon me tombe dessus parce que je retranscris des propos assumés et répétés à lenvie
plutôt quon ne vienne demander des éclaircissements à ce rabbin très apprécié chez les francophones en Israël.
PE: Vous parlez dans le livre dun malaise au sein des institutions juives et du CRIF. Vous en concluez la création du groupe AMI pour aider à lémigration francophone. Vous les mettez sur le même plan. Or le CRIF na rien à voir avec lémigration. Il na pas à sen mêler de près ou de loin.
JW: Il y a une sorte de compétition entre les instances communautaires pour conquérir lassentiment de la communauté. Il y a un flou. Nous sommes allés voir les responsables, les institutionnels et les anonymes. Nous avons interviewé 250 personnes, du simple individu au ministre, en France comme en Israël, pour écrire ce livre.
On sent que les Juifs se demandent quelle carte jouer. Celle du lobby par exemple, choisie par les patrons de lUPJF qui salignent derrière Nicolas Sarkozy ; de lautre côté il y a la carte républicaine. Alors que la France va vers une société des communautés, cette interrogation est dans toutes les têtes des gens que nous avons rencontrés.
PE: Ce partage de la France des communautés nous est imposé de lextérieur.
JW: Luc Rozensweig qui est un ancien journaliste, nous insulte sans avoir pris la peine douvrir notre livre. Quel sérieux ! Quel souci de lintelligence ! Simplement parce que Marianne a publié un chapitre de notre livre. Pourquoi se braquer quand on parle de Marianne ? Chacun a son avis sur la presse, mais se représenter un canard qui a soutenu à bout de bras les accords de Genève comme un tissu dimmondices, cest un peu fort de café.
PE: A cause de lusage de titres accrocheurs qui ne reflètent pas toujours le contenu des articles.
JW: Nous essayons dans ce livre avec des mots simples de mettre la réalité à la portée de tous. Nous aurions pu lappeler "les Juifs pour les nuls". Au-delà des reportages, on apporte la contextualisation. Expliquer Théodore Hertzl, abolir les fantasmes qui concernent le lien avec Israël, la double fidélité. Ce livre fait exploser les préjugés. Voilà comment ça fonctionne ; si madame Cohen veut acheter un appartement à Ashdod, quelle le fasse. Que lon comprenne enfin que ce lien à Israël est ancré dans la vie juive. Dans le contexte de mondialisation daujourdhui, pourquoi empêcher un juif daimer deux pays ? Ceux qui avaient des fantasmes sans lire le livre les garderont. Et ceux qui liront le livre y verront plus clair.
Un dernier mot : Sur le blog du livre, blogoptimist.com nous ouvrons le débat. Nhésitez pas à nous faire part de vos remarques, coups de gueules, récits vécus.
Propos recueillis par Josiane Sberro pour Primo-Europe ©
Réactions à linterview de Johan Weisz
http://www.primo-europe.org/showdocs.php?rub=6.php&numdoc=Do-140026631
mai 2006
A la sortie du livre OPA sur les juifs de France, les titres de la presse laissent supposer larrivée dune tornade : "Le livre qui sème la division" (Le Point) "OPA sur les naïfs de France" (La MENA), "lAlya mentale" de Pierre-André Taguieff et le cri de colère de Jacques Tarnero. Apres avoir lu le livre et longuement écouté lun des auteurs Johan Weisz (lire son interview par Josiane Sberro), Primo-Europe tente daller plus loin.
Nous pensions entendre Johan Weisz nous démontrer que lAgence Juive de France avait un projet cynique de vider le pays de ses Juifs. Nous avons assisté à lénumération dune collection darguments éthérés, scolaires, mal ingérés. Des convictions affirmées sans aucune démonstration, avec une assurance désarmante. Péché de jeunesse pourrait-on dire, si le fait daccéder à la parole publique de nos jours était moins sujet à conséquences comme nous la prouvé la triste affaire Halimi.
Malgré linsistance de nos questions, nous avons perçu un monologue dauto-persuasion : les Juifs de France non contents dêtre de simples objets de consommation pour lAgence Juive ("lAgence Juive produit de lAlya"), sont phagocytés par une droite des plus extrêmes. "Il y a eu une OPA intellectuelle sur la manière de penser (...) dune partie des Juifs de France". Monsieur Weisz sexclut de ce collectif et tient à nous le faire comprendre ; il est et reste de gauche, mais encore ?
Les statistiques des immigrants quittant Israël "sont jalousement gardées" affirme-t-il. Agence Juive et action secrète nous y sommes. Tout est trouble et pervers dans cette institution. Dautant plus que pour atteindre ses objectifs en France, cette agence crée une Task force, à limage de Tsahal conquérant. Dit en anglais le terme est bien plus convaincant car moins bien compris.
Primo-Europe baptisé organe communautaire pour loccasion, (ce qui fera plaisir à lensemble de ses membres hors communauté), en est un reflet typique.
Est prise à témoin une conférence de Guy Millière annoncée le jour même sur notre site, pour France Israël Dijon, qui ne compte pas un juif parmi ses membres !
Quant au portrait obsessionnel qui est fait dAlexandre del Valle et de Guy Millière, Primo-Europe leur donnera un droit de réponse des plus justifiés.
Raphaël Lellouche, est, à son tour, gravement mis en cause à propos d'une mésaventure récente exploitée et artificiellement montée en épingle. Pour le récit biaisé et mensonger qu'il fait de cette affaire, Johan Weisz a puisé son information, dans des sites néonazis et islamistes, dont il adopte le point de vue. Quand on connaît Raphaël Lellouche, signataire notamment, avec Pierre Lefebvre, du rapport du "Collectif contre tous les racismes", le caractère grotesque et infamant du portrait qu'en fait Johan Weisz est criant. Traité de "raciste d'extrême droite", Raphaël Lellouche, qui est un ancien de l'Hachomer Hatzaïr, nous fait savoir qu'il entendait porter plainte en justice pour diffamation. Il s'expliquera d'ailleurs prochainement à ce sujet, dans un entretien sur PRIMO.
Les médias juifs en dehors de "moi Johan Weisz de Radio Shalom" sont épinglés pour leur manque dobjectivité et la permanence des sujets abordés, centrés sur la communauté. Le vocabulaire utilisé est imposé par "recommandations écrites". Pour sa part Monsieur Weisz utilise parfois le mot "colon et jai peut-être mes raisons aussi". Notre journaliste de gauche a donc parfois des raisons cachées de pervertir le sens des mots ? Il estime que la sémantique n'a rien d'essentiel et escamote rapidement ce débat.
Lensemble des médias juifs qui ne traite que de problèmes internes à la communauté ? Monsieur Jean Corcos de Judaïques FM a été profondément blessé par ce propos, lui qui sacharne à recevoir dans son émission tous les quinze jours une personnalité du monde arabo-musulman. Les personnalités politiques de tous bords reçues sur RCJ et ailleurs sont passées aux oubliettes. Miracle de diversité accompli sur une fréquence partagée en quatre chaînes à longueur de journée.
Nous pourrions poursuivre à linfini lanalyse critique de cet entretien, mais nous nirons pas plus loin. Il est temps de donner une parole directe à chacun des protagonistes de cette enquête.
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Monsieur Olivier Rafowicz, Directeur Général Agence Juive France en 2004
Nous avons contacté monsieur Olivier Rafowicz en Israël. Il est directement concerné par cette enquête, en tant que Directeur Général de l'Agence Juive de France ces dernières années. Il a reçu et accompagné les deux journalistes. Il a sans problème répondu à toutes nos questions.
O.R : Je vois très bien qui est monsieur Weisz, nous étions heureux de tout leur montrer. Nous navons rien à cacher, dans cette vieille maison née en 1929 avant la création de lEtat dIsraël. Nous avons reçu ce journaliste et pris en charge ses frais de transport afin de lui faciliter la tâche.
PE : La question qui nous préoccupe, Monsieur Rafowicz, est celle des statistiques des retours en France dans les cinq ans de lalya.
O.R : Quelles statistiques ? Il ne peut y en avoir, pour une raison simple : les Juifs qui émigrent en Israël sont comptabilisés, il y a établissement dun dossier. Dans lannée de leur Alya, ils deviennent Israéliens. A partir de ce moment, comme dans tout pays démocratique, les citoyens vont, viennent, quittent le pays, reviennent, cela ne vient pas à lidée de les comptabiliser ! Parler de statistiques dans ce domaine est pure fantaisie.
PE : Avez-vous une idée des retours au moins sur ces dernières années ?
O.R: L'Alya de ces dernières années est une formidable réussite. Cest une Alya de choix de vie et non de détresse. Nous navons pas encore assez de recul. Cest une Alya très mobile. On installe un enfant, puis deux ; on achète une maison, sans quitter la France pour autant. Cest une Alya exigeante qui ne demande souvent à lAgence juive quune aide minimale administrative. Cest un mode dapproche totalement neuf et intéressant. LAlya dOccident ouvre un mode de relation plus autonome entre les postulants au départ et lAgence Juive. Plus exigeant aussi. On se renseigne longuement, on pose les questions de fond ; on ne se presse pas de réaliser le départ. Ce que ces deux enquêteurs ont fait de leur recherche est restrictif, peu intéressant, faux sur lanalyse fine du détail.
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Monsieur Roche, Directeur Général actuel de lAgence Juive de France
Pour étayer ce propos, nous avons contacté aussitôt, sans les mettre en contact, Monsieur Roche, Directeur Général actuel de lAgence Juive de France.
M. Roche : Nous connaissons en effet ces deux journalistes. Nous les avons reçus au Border Governers de lAgence Juive en Israël ! Pensez donc, cest comme dêtre reçu à la Knesset. Sil y a une quelconque confidentialité, cest là quelle se situe.
Nous leur avons tout ouvert. Il ny a rien à cacher. Ils ne nous ont jamais dit que cétait pour un livre. Ils voulaient tout savoir et nous avons répondu à toutes les demandes. Leur livre nous a blessés. Sans jamais le dire ouvertement, ils laissent entendre que notre action est secrète, voire clandestine. Allez donc sur Agence Juive.org; tout est affiché là au grand jour. Nous sommes une grande maison née en 1929. Notre seule mission est de se mettre au service du peuple juif à travers le monde !
On ne nous a laissé aucune chance : il ny a pas eu dinterview, alors que nous avons gardé Madame Gabizon dans la voiture de la direction. Ce nest pas honnête comme procédé de journaliste, car il y a comme une idée avant de faire lenquête et il faut démontrer cela par tous les moyens.
Il y a des temps et des moments pour ces actions. Il est vrai quau début des années 2000, en France, la communauté juive a connu des hésitations quant à son avenir. Mais la France est le pays dEurope qui a réagi le plus vivement à cette crise dantisémitisme, sur les plans éducationnel, judiciaire. Ariel Sharon la reconnu et affirmé. Aujourdhui nous reprenons en France, une action calme et de raison.
PE : Nous aurions voulu avoir, Monsieur Roche, des confirmations sur le pourcentages de retours dIsraël. Que disent les statistiques ?
M. Roche : Quelles statistiques ? Cest une plaisanterie ? Comment voulez-vous que lon compte les Israéliens qui sortent, qui vont, reviennent, vont travailler à létranger ? Cela ne peut se trouver à lAgence Juive. 300 000 français vivent à Londres. Croyez-vous que la France passe son temps à compter leurs allers-retours ?
PE : Pour séduire les juifs de France, Monsieur Roche, lAgence juive a créé une "Task force" et contacté un cabinet de Consulting IBM. Quen est-il exactement ?
M. Roche : LAlya daujourdhui nest pas celle dhier, pour des populations en danger physique pour leur vie. Les Juifs qui veulent faire leur vie en Israël ont des problèmes précis; problèmes demplois, déquivalences de diplômes, etc. Nous devons travailler de façon plus adéquate à notre époque, et plus professionnelle. Lun de nos agents en Israël travaille chez IBM (IBM est installé en Israël depuis 1950). Cest donc à un israélien dIBM en Israël que nous avons demandé un service organisationnel. Quy a-t-il danormal à cela ?
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Enfin, Primo sest intéressé à lassociation AMI, citée dans le livre. Nous avons interrogé son président, Monsieur Gil Taïeb.
PE : Monsieur Taïeb quest-ce que lAMI ?
GT: LAMI est une création récente et originale. Cest une association 1901. Nous ne faisons pas partie de lAgence Juive. Nous sommes des partenaires, en France, pour une prestation particulière. Avec quelques amis, nous sommes partis dun constat : des Juifs de France veulent partir en Israël pour réaliser un rêve sioniste, ou simplement fuir des moments difficiles.
Cette aspiration sioniste ne suffit pas sur le plan de la réalisation du projet. Les Juifs de France, après leur départ, ont des besoins spécifiques. Nous avons analysé ces besoins. Par une bonne connaissance du terrain et létablissement dun réseau cohérent, nous les aidons à réussir leur intégration sur place.
Pour les aider à rester sur place nous les aidons efficacement sur des plans précis : lacquisition de la langue, laide à lemploi, trouver la correspondance pour le suivi des études des enfants. Il ny a rien de secret dans notre action. Il vous suffit daller sur le site dAMI sur Internet et vous saurez tout de nous. Nous présenter sous un aspect ésotérique est mal venu et malintentionné. Cela nous importe peu.
Dossier réalisé par Josiane Sberro pour Primo Europe © mai 2006
Mis en ligne le 6 février 2008, par M.











