19/01/08
The Jerusalem Post
Original anglais "The first 'core issue': Incitement".
Traduction française : Menahem Macina
La semaine dernière, le gouvernement israélien a, dit-on, entamé des négociations sur les « questions centrales » du conflit israélo-palestinien : les frontières, les implantations, les réfugiés et Jérusalem mais pas sur lincitation à la violence ni les propos haineux.
Cest une bonne chose que dexaminer les conséquences du fait quIsraël a omis, dans le passé, dexiger que soit mis un terme à lincitation à la violence et aux propos haineux des Palestiniens au niveau de toute la région, car ils constituent des signaux dalarme de lintention génocidaire de ceux qui en sont les auteurs. Abraham Joshua Heschel a écrit que ce sont les mots, non les rouages du système, qui ont produit Auschwitz. Si les pierres, les poignards, les fusils, les explosions-suicide, les Qassam et les missiles à longue portée constituent la partie matérielle des menaces terroristes à lencontre dIsraël, cest lincitation à la haine qui en est le programme [au sens informatique du terme].
A Annapolis, la déclaration de principes appelait à « tenir tête au terrorisme et à lincitation à la haine quils soient le fait des Palestiniens ou des Israéliens ». Le Premier ministre Olmert et le Président Bush ont, tous les deux, utilisé lexpression une fois mais le Président Abbas la ignoré.
Durant la visite de Bush, les déclarations officielles nont apporté aucune preuve dune volonté de surveiller et déradiquer les propos haineux des médias arabes officiels, des textes et des lieux de culte ; un acte colossal de négligence diplomatique.
Les politiciens et les faiseurs dopinion israéliens se conduisant comme des enfants victimes de sévices, qui se sont accoutumés à lincitation à la haine, comme sil sagissait dune chose normale. Lincitation à la haine, comme le plomb dans lessence, doit impérativement être redéfinie comme toxique et inacceptable. Memri et Palestinian Media Watch fournissent régulièrement de nouveaux exemples dincitation endémique régionale à la haine, que lon peut lire ou entendre dans les manuels de classe, les mosquées, sur les ondes, dans les médias et sur Internet.
Dans le pire des cas, lincitation à la haine inclut la déshumanisation des Juifs, considérés comme des « singes et des porcs », la diffusion des Protocoles des Sages de Sion, et des cartes doù Israël est absent. Les appels du dirigeant iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à effacer Israël de la carte, et ses dénégations de lHolocauste, sont la partie émergée de liceberg.
La cessation de lincitation à la terreur, patronnée par lEtat, doit avoir la première place dans le programme des négociations, avant même les discussions concernant les frontières, les implantations, Jérusalem et tous les autres problèmes. La première « mesure pour bâtir la confiance » devra consister à mettre fin à lincitation à la haine, à couper les financements à ceux qui la promeuvent, et à poursuivre en justice ceux qui propagent la haine, non seulement dans lAutorité Palestinienne, mais les pays limitrophes : lEgypte et la Jordanie, et mais oui ! lArabie Saoudite.
Comme le rapporte le Jerusalem Post, même des journaux arabes "modérés" ont publié des caricatures antisémites avant le sommet dAnnapolis.
Il est vrai quIsraël a ses propres spécimens bleu et blanc [fauteurs dincitation à la haine] tel Rabbi Itzhak Batzri, qui a été mis en examen pour avoir traité les Arabes d «ânes » et de « bêtes féroces ». Mais la décision prise par nos autorités judiciaires de poursuivre Batzri est un modèle à suivre pour la région. Mon avis est que lincitation à la haine, dans la société israélienne, est probablement inférieure - de lordre de deux magnitudes -, par rapport à celle du monde arabe, où les services officiels déducation, de culte, de presse, du Web et des médias audiovisuels sont programmés pour la répandre quotidiennement.
Les expressions suivantes doivent encore entrer dans le lexique du processus de négociation : « Lincitation à la haine tue », « Mettre fin à lincitation à la haine », « Lincitation à la haine est toxique » et « Lincitation à la haine suscite des terroristes génocidaires ».
En 1969, le gouvernement israélien a énergiquement demandé que soient enlevés ou amendés, des textes au contenu incendiaire, des livres scolaires jordaniens utilisés dans les camps de réfugiés administrés par lONU. Mais Israël a manqué loccasion dexploiter le précédent de la décision de la Knesset, en 1988, dinterdire les partis qui incitent au racisme et à la violence.
Lincitation à la violence et le langage de haine sont les révélations les plus toxiques de notre temps. Ils façonnent lenvironnement socioculturel qui permet à la terreur génocidaire daccéder au statut de norme reconnue et approuvée. Les enfants et les adolescents sont les plus vulnérables, et les y exposer est une forme de sévices sur enfants. Ils sont endoctrinés à agir conformément à ses messages, assurant ainsi la perpétuation de la haine, de génération en génération.
Cest lincitation à la haine, parrainée par lEtat - c'est-à-dire les messages diffusés par haut-parleurs, sur les ondes et sur Internet - et non ce qui se susurre entre diplomates, qui révèle les intentions des États ou des organisations qui lui sont subordonnées. La réaction de "la rue" rend les décideurs prisonniers de ces messages. Aussi longtemps que lincitation à la haine déformera l'esprit des générations à venir, aucune solution diplomatique du conflit entre Israël et le monde musulman naura des chances de durer.
Israël devrait demander aux Etats-Unis, à lUnion européenne et aux agences de lONU, quils cessent de financer tous les établissements denseignement et déducation qui tolèrent ou emploient le langage de la haine. Tant que lArabie Saoudite et lEgypte ne mettront pas un terme à la propagation de motifs anti-israéliens et anti-juifs répugnants dans leurs mosquées, leurs publications, leurs universités et leurs médias, ils ne seront pas crédibles pour participer à quelque processus de paix que ce soit, ou y jouer un rôle dintermédiaire.
Israël et la communauté mondiale doivent exiger que la première des « questions centrales » consiste à appliquer des mesures de surveillance, au modèle de celles de la santé publique, en vue de bannir lusage dun langage de violence et dincitation à la haine.
Afin de réduire le risque de conflit perpétuel, nous devons donner un caractère institutionnel à la surveillance de lincitation à la haine. Lobjectif dune telle surveillance sera de donner lieu à des mesures pénales de censure et de répression, destinées à dissuader les fomentateurs dincitation et de propos de haine. En recourant au Code Criminel International du Statut de Rome, qui stipule que lincitation au génocide est un crime contre lhumanité, Israël donnera lexemple dune criminalisation de lincitation à la terreur génocidaire, comme élément central de tout accord futur issu dAnnapolis.
Je pose la question au Président Bush et à la Secrétaire dEtat Rice : A-t-on demandé au Consul général américain, à qui est assignée la surveillance des « progrès en matière de conformité avec la feuille de route », quil contrôle combien de fois les mots "porc", "cancer", "saleté", "microbes" et "vermine", et autres motifs antisémites figurent dans les manuels, sermons, sites Internet et médias arabes officiels ?
Les valeurs fondamentales de tous les contrats sociaux doivent présider à la résolution du conflit avec les Palestiniens et des Etats limitrophes. Lincitation à la terreur est une atteinte flagrante au respect des droits humains les plus élémentaires la vie et la dignité humaines -, elle démarque les intentions génocidaires de ses auteurs et de ses acteurs.
La feuille de route appelle explicitement à la cessation de lincitation à la haine comme condition préalable à tous les accords futurs. Surveiller, dénoncer et sanctionner officiellement lincitation à la haine, telles sont les prochaines étapes essentielles pour éradiquer cet obstacle fondamental à la paix et cette menace pour la vie humaine.
Elihu Richter *
© The Jerusalem Post
* Lauteur dirige le Programme pour la Prévention du Génocide à lEcole Hadassah de Santé publique et de Médecine Communautaire de lUniversité Hébraïque, et est membre du conseil consultatif de lObservatoire des Génocides.
Mis en ligne le 22 janvier 2008, par M.











