* Voir: D. Pryce-Jones, Un siècle de trahison. La diplomatie française et les Juifs, 1894-2007.
Le ministère français des Affaires étrangères, généralement désigné sous le nom de Quai dOrsay, est linstitution qui, au-dessus de toutes les autres, en France, a la responsabilité de mettre en oeuvre le grand dessein de lÉtat et les décisions politiques qui en découlent. Les archives de cet établissement, en plus du témoignage de générations de diplomates qui ont rédigé leurs mémoires, montrent comment un nombre restreint dhommes fortement motivés et soigneusement choisis ont favorisé léclosion didées préconçues sur les Arabes et les Juifs, qui sont maintenant en passe de menacer lintégrité de la nation française Les documents historiques offrent des preuves dune hostilité opiniâtre envers les Juifs, de décennie en décennie.
En 1840, sétait répandue, à Damas, la rumeur quun Frère capucin italien et son domestique arabe avaient disparu. Le consul français de la ville, le Comte Ulysse de Ratti-Menton, accusa immédiatement la communauté juive de meurtre rituel, et persuada le gouverneur ottoman darrêter des notables juifs et de prendre en otages des enfants juifs. Certains des notables moururent sous la torture ; dautres furent convertis de force à lIslam. Le scandale secoua lEurope, mais Ratti-Menton refusait de se dédire, et le Quai dOrsay le défendit. À lAssemblée nationale, le premier ministre, Adolphe Thiers, se plaignit de ce que les Juifs «harcelaient toutes les chancelleries de leurs pétitions». Quand les médias arabes dépeignent aujourdhui le meurtre rituel comme un fait de la vie juive, ils colportent, consciemment ou non, des leçons quils ont apprises des enseignants français, il y a longtemps [2].
Dans les années 1910, Paléologue, ambassadeur français à Saint Petersburg écrivait : «La politique tsariste envers les Juifs » semblait conçue pour «encourager leurs défauts héréditaires et leurs passions mauvaises, exaspérer leur haine envers les goyim, les enfoncer plus profondément dans leurs préjugés talmudiques, les confirmer dans leur état de rébellion intérieure permanente, leur apporter lespoir indestructible de réparations promises, qui brille dans leurs yeux [ ] [L]obstination vengeresse et lentêtement vindicatif des Juifs ne pouvaient trouver un climat plus favorable.» Et en 1915, alors que la première guerre mondiale faisait rage, il adressait ce télégramme laconique : «Depuis le début de la guerre, les Juifs russes nont eu à subir aucune violence collective [ ] Dans la zone des opérations, quelques centaines de Juifs ont été pendus pour espionnage : rien de plus.»
Le 7 mai 1917, Jean Gout, chef de la section asiatique du ministère des Affaires étrangères, qui avait la responsabilité des provinces ottomanes, adressait un mémorandum au premier ministre, Georges Clemenceau : «Les espérances millénaires des juifs, particulièrement chez les prolétaires de Pologne et de Russie, ne sont pas socialistes, comme leur position sociale pourrait le suggérer, ni nationales, comme les déclarations de leurs intellectuels le prétendent, mais elles sont essentiellement talmudiques, cest-à-dire religieuses. Ces pauvres diables ont été nourris de mythes de misère, qui leur font percevoir Jérusalem comme étant la fin de leurs maux [ ] Même les Juifs intelligents et instruits, qui sont parvenus au sommet dans les pays où les chances sont égales pour tous, chérissent, depuis des générations, dans un coin de leur cur, le rêve des vieux ghettos. Grâce à leur richesse et aux liens quils gardent entre eux, et à la pression quils exercent sur des gouvernements ignorants, ils ont un poids international.»
Dans un long rapport le diplomate français, Robert de Caix, explique que «La politique britannique peut avoir eu pour but dexploiter la puissance juive contre la France, mais, en fait, elle est exploitée par cette dernière. Les juifs ont infiltré ladministration locale, et les fonctionnaires britanniques ou bien se retrouvent au bas de léchelle, ou, dégoûtés, quittent le pays. Quant aux Juifs, leur religion est seulement un moyen de parvenir à leurs fins : «un nationalisme passionné et une soif de vengeance.» Ils savéreront être, poursuit-il, des voisins nocifs : «Lesprit fréquemment révolutionnaire et prophétique des Juifs découle du bolchevisme des colons que lEurope de lEst envoie en Palestine. Par conviction, et également en raison de leur tendance instinctive à émietter les sociétés dont la cohésion pourrait faire obstacle à leur expansion, ces gens [ ] tenteront de briser le cadre traditionnel des confessions religieuses [au Liban et en Syrie], qui sont déjà menacées pour dautres raisons.»
Cherchant à montrer qui sont réellement les Juifs, un rapport non signé, en date du 2 décembre 1925, attire lattention sur les Protocoles des Sages de Sion. Bien quil ait déjà été établi, à lépoque, que cet ouvrage, qui prétend apporter la preuve dune conspiration juive pour semparer du monde, est une forgerie tsariste, lauteur accorde créance aux "faits" [quil relate] et conclut que, «si la chose doit être prise au sérieux, on a affaire à un plan vraiment diabolique.»
Traitant dun autre congrès sioniste à Cracovie, vers 1935, lambassadeur français en Pologne reprend la même thématique en ces termes : «Se basant sur des conceptions qui sont plus raciales que religieuses, ils aspirent à instaurer sur les deux rives du Jourdain un État juif conçu sur le modèle fasciste.»
Et Pryce-Jones de noter : «Cet ambassadeur semble avoir été lun des premiers à établir une comparaison entre le sionisme et le nazisme, en comparant le dirigeant révisionniste, Vladimir Jabotinsky, à Hitler.»
Ecrivant dans les années 30, Gaston Bernard, consul français à Trieste, qui rapporte que sa ville profitait du trafic des émigrants juifs en route vers la Palestine, se plaint néanmoins de ce que, sur les bateaux à vapeur de la Lloyd de Trieste, «on a pris un soin extrême à sassurer que les émigrants disposent de services cultuels talmudiques et de lutilisation exclusive dune cuisine cachère : ce qui, il faut le dire, confère à ces bateaux une odeur sui generis, que les clients normalement constitués apprécient, sans aucun doute, beaucoup moins.»
En octobre 1940, sans incitation de Berlin, Vichy adopta le Statut des Juifs, sa version des lois allemandes de Nuremberg, excluant les juifs de secteurs entiers de la vie publique. Jacques Guérard, directeur du bureau du ministre des Affaires étrangères, Paul Baudoin, télégraphia à lambassadeur français à Washington des instructions destinées à apaiser toute inquiétude dans lopinion publique américaine. La gauche davant-guerre, affirmait-il, au mépris des faits, avait permis à des Juifs dentrer en France par centaines de milliers, et ces Juifs, avec "leur mentalité spéciale", avaient attaqué «toutes les idées sur lesquelles les Français navaient jamais fléchi.» À nouveau au mépris des faits, puisque les spoliations de biens et les arrestations [de Juifs] étaient déjà à lordre du jour, Guérard affirmait, de manière scandaleuse, qu«aucune mesure navait été prise contre les individus ou les propriétés». Le but unique du statut, concluait-il, était de «permettre lexistence paisible, en France, déléments, que leurs caractéristiques raciales rendent dangereux quand ils se mélangent trop intimement à notre vie politique et administrative.»
Diplomate français et auteur littéraire, Paul Morand entra au Quai dOrsay en 1913, à lâge de vingt-cinq ans. Parmi ses premiers écrits figurait Mort dun Juif, une brève histoire dans laquelle un Juif, sur son lit de mort, refuse de payer son médecin jusquà ce que le taux de change soit plus favorable
Jean Giraudoux, collègue et ami de Morand et diplomate, lui aussi, a parsemé son uvre de médisances à lencontre des Juifs. Dans un livre autobiographique publié en 1939, il déclarait : «Nous sommes entièrement daccord avec Hitler quand il proclame que la politique [nationale] natteint sa forme supérieure que lorsquelle est raciale.» Quant aux Juifs, sétant mis en tête de rencontrer une famille dEurope de lEst, il les trouva «noirs et inertes, comme des sangsues dans un bocal. Les Juifs, écrivait-il, souillent, corrompent, décomposent, corrodent, avilissent, dévaluent tout quils touchent.»
Même lambassadeur et auteur littéraire célèbre, Paul Claudel qui, heureusement, se racheta par la suite -, nhésitait pas à écrire à Charles Péguy, en 1910, alors que Dreyfus avait été réhabilité : «Jéprouve de la difficulté à comprendre comment vous pouvez nier le rôle de la Juiverie dans cette affaire. Jai vécu dans tous les pays du monde, et partout jai vu les journaux et lopinion publique entre les mains des Juifs. Jétais à Jérusalem, en décembre 1899, au moment de la deuxième condamnation [de Dreyfus], et jai vu la fureur de ces poux à visage humain, qui, en Palestine, vivent de razzias [raids dans le désert] que leurs parents et amis perpètrent contre le christianisme.»
Pryce-Jones consacre un long excursus au mufti antisémite qui avait trouvé refuge en France pour échapper aux Alliés qui le considéraient comme un criminel de guerre, en raison de sa collaboration fanatique avec les Nazis [3]. Il précise que, le 11 mai 1945, le ministère de lintérieur avait fait savoir au Quai dOrsay que Haj Amin était considéré comme le cerveau de lespionnage allemand dans tous les pays musulmans.» Le jour suivant, relate-t-il, lambassade de France au Caire confirma ce qui devait devenir la ligne à suivre. «Le mufti a certainement trahi la cause alliée Mais il a surtout trahi la Grande-Bretagne, sans que cela nous affecte directement. Apparemment, donc, rien ne nous oblige à prendre à son égard une sanction qui pourrait nous nuire dans les pays arabes.» Le point essentiel était que Haj Amin avait entre ses mains lavenir de la Palestine, à un moment où «le problème de la Palestine reste ouvert.»
Le même auteur insiste sur le rôle important que joua le savant orientaliste, Louis Massignon, qui travaillait discrètement pour le Quai dOrsay. Il nous apprend, entre autres, quaprès une rencontre avec le Mufti, il se vanta non seulement davoir parlé arabe avec ce dernier, mais aussi de sêtre adressé à lui en lappelant zaimna, notre chef. Haj Amin, écrit Massignon, «est persuadé quil peut mettre en oeuvre une coopération franco-arabe durable», et il a demandé la permission de rencontrer des diplomates arabes, car «le temps presse, si les sionistes attaquent.»
Il faut savoir que Massignon, admirateur inconditionnel des Arabes et antisioniste rabique, écrivait, en 1920, que «lhorrible Israël des cosmopolites, des banquiers dépourvus de patrie qui leur fût propre, a exploité limpérialisme anglo-saxon [ ] en nous dévorant jusquà los.» Visitant Jérusalem et Tel Aviv, en 1934, il détectait «des interventions financières puissantes» qui, seules, permettaient au sionisme de survivre. Et Pryce-Jones de constater : «La conviction sest cristallisée en lui que seul "un bloc franco-islamique" pourrait sauver la Terre Sainte, et, en fait, lOrient dans sa totalité.»
Il est plus effrayant encore dapprendre que ce catholique fervent et homme de culture distingué a pu soutenir mordicus, dans une longue polémique éditée, que laccusation infamante de crime rituel, qui prétend que les Juifs ont besoin de sang chrétien pour leurs rites, avait un fondement historique authentique [4].
René Neuville, qui fut consul général à Jérusalem, de 1946 à 1952, écrivait, dans une longue dépêche en date du 12 avril 1947, que les juifs sont «racistes jusquau bout des ongles [...] tout autant que leurs persécuteurs allemands et malgré leurs prétentions démocratiques.» Depuis lépoque biblique, constate-t-il, ils se sont efforcés de simprégner de lidée quils sont un peuple choisi de Dieu, et cela a nourri une xénophobie et un fanatisme qui ne peuvent pas être attribués au seul sentiment national. Et dajouter que la presse sioniste «présente, sans le moindre doute possible, les traits héréditaires dune mentalité totalement orientale.» Pour lui, en aucun cas, les Juifs ne devraient être autorisés à exercer quelque contrôle que ce soit sur les lieux saints, et la souveraineté nationale devrait leur être refusée.
En novembre 1967, le Général de Gaulle fulmina, en public, que les juifs étaient «un peuple délite, sûr de lui et dominateur, et dévoré dune brûlante ambition de conquête.» Bien quil ait, jadis, été méfiant envers le Quai dOrsay, il finit par parler, lui aussi, de la France comme dune "puissance musulmane". Dans ses mémoires, son jugement récapitulatif fut qu«aucun état de choses, stratégique, politique, ou économique [au Moyen-Orient] ne durera sil nobtient pas un soutien arabe.»
Les politiques anti-Israël se renforcèrent sous les Présidents Georges Pompidou, qui fut en charge de 1969 jusquà sa mort subite, en 1974, et Valéry Giscard dEstaing, son successeur. La France reconnut la légitimité de lOLP et lui permit douvrir un bureau à Paris. Pire, alors que Abu Daoud, le terroriste palestinien qui avait dirigé le groupe responsable du meurtre des athlètes olympiques israéliens à Munich, venait dêtre arrêté pour meurtre, à Paris, il fut immédiatement relâché et envoyé en Algérie - chose qui na pu se faire sans laval du plus haut niveau de décision de lEtat français.
Durant les trois premières années de la présidence de Mitterrand, le ministre des Affaires étrangères fut Claude Cheysson, dont lhostilité envers Israël navait dégale que son amitié avec des représentants de lOLP comme Naïm Khader, à Bruxelles. «Ma condamnation du sionisme est catégorique», devait-il dire, un jour, lorsquil nétait plus ministre. «Létat dIsraël sest créé contre la volonté du reste du monde.»
Quant à Roland Dumas, qui succéda à Cheysson au poste de ministre des affaires étrangères, il déclara à un journal, en décembre 1984, que la piraterie aérienne «était le seul moyen quavait la résistance palestinienne de briser lindifférence internationale.»
Actuel président de la France, Jacques Chirac a imité ses prédécesseurs en sengageant dans une controverse avec les "Anglo-Saxons" - expression dans le style de Vichy, assez vague pour inclure les États-Unis, la Grande-Bretagne, et quiconque est perçu comme faisant obstacle à la France. En avril 1996, dans un discours prononcé au Caire, il affirma que la France avait lintention de poursuivre ses politiques traditionnelles au Moyen-Orient avec une vigueur renouvelée. En soutenant Arafat et Saddam, la France espérait clairement se hisser à une position de maîtrise dans les régions où, jadis, la Grande-Bretagne avait eu la suprématie, et où les États-Unis ont aujourdhui la responsabilité de maintenir la paix. La fin du processus de paix dOslo et le déclenchement de lIntifada dal-Aqsa, en 2000, léchec des inspecteurs darmes des Nations unies, en Iraq, les disputes à propos de la résolution 1441 de lONU, puis linvasion de lIraq, en 2003 tout cela incita Chirac et son administration à se lancer dans une activité diplomatique prolongée pour parvenir à réaliser ce grand dessein. Les résultats nont guère été impressionnants.
- Récemment, le Quai dOrsay a condamné les efforts dIsraël pour contenir le Hezbollah, au sud-Liban,
- et critiqué lannexion du tombeau de Rachel, près de Bethléem.
- Le ministère des Affaires étrangères a fait traîner la tentative de bloquer la station de télévision al-Manar, du Hezbollah, qui répandait sa haine des juifs par le biais dun relais-satellite situé à Paris,
- et le gouvernement français refuse toujours fermement de considérer le Hezbollah lui-même comme une organisation terroriste.
- Sophie Pommier, fonctionnaire responsable du suivi des négociations israélo-palestiniennes, révèle son implication émotionnelle dans son travail en tapissant les murs de son bureau de portraits dArafat.
- On a interdit aux consulats français de reconnaître les mariages juifs célébrés par des rabbins de Cisjordanie.
- Jacques Huntziger, ambassadeur français en Israël, a tapé du poing sur la table et quitté la pièce quand les parents de trois soldats israéliens capturés par le Hezbollah lui ont demandé dintervenir en leur faveur, après une visite de Chirac au Liban.
- Gérard Araud, lactuel ambassadeur français en Israël, a déclaré, en décembre 2004, que «les Israéliens souffrent dune névrose, dun véritable trouble mental qui les rend anti-français.» Au cours dun dîner festif à Londres, Daniel Bernard, ambassadeur français en Angleterre, et précédemment porte-parole officiel du Quai dOrsay, a traité Israël de "petit pays de merde".
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Notes du traducteur
[1] A mon grand regret, cette traduction a dû être retirée du site upjf.org, à la demande expresse de la revue Commentary. Je signale ici, une fois pour toutes, que les citations émanant des archives du Ministère français des Affaires Etrangères, ont été traduites, par la force des choses, à partir de leur version anglaise, effectuée par M. Pryce-Jones. Cest dire quelles ne reflètent pas forcément de manière satisfaisante leur sens original en langue française. On voudra bien ne pas men faire grief.
[2] Voir, entre autres : "LAffaire de Damas (1840), racontée par Mustafa Tlass", ancien ministre de la défense syrien.
[3] Voir de nombreuses photos accusatrices dans le dossier qui figure sur le présent site, sous le titre "Les liens privilégiés entre Nazis et Palestiniens".
[4] Lhorrible calomnie court encore, aujourdhui plus que jamais, dans les pays arabes. Voir, entre autres: "Du sang dadolescents dans les pâtisseries de Pourim".
Pryce Jones, pour loriginal anglais, Menahem Macina pour le digest en français.
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"Un peuple sûr de lui et dominateur"
dessin de Tim, paru dans Le Monde, au lendemain de la déclaration du Général de Gaulle, après avoir été refusé par LExpress.
Près de mille enfants de 10 à 15 ans, membres du groupe terroriste Hezbollah font le salut nazi *, le 14 décembre 2001, pendant une manifestation pour le jour de Jérusalem.
On distingue, à peine quelques centaines de mètres derrière, la ville de Metula, dans le nord dIsraël.
© M. Macina et debriefing.org pour le digest en français.
Mis en ligne le 22 mai 2005, par M. Macina, sur le site www.debriefing.org.
Remis en ligne le 20/01/08 sur le site www.upjf.org











