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Affaire Al-Dura: France 2 commence à transpirer et fait une tentative d’intimidation, R. Landes
« Quand tout aura été dit et fait dans cette affaire, Charles Enderlin regrettera amèrement le jour où il a convaincu France 2 de poursuivre Philippe Karsenty en justice. "Celui que les dieux veulent détruire, ils commencent par le rendre arrogant" ». (R. Landes).
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08/01/08

Note du traducteur : Une partie de ce texte a déjà été traduite par mes soins, sous le titre : "France 2 et Ch. Enderlin protestent, par voie d’avocats, contre une conférence sur l’affaire Al-Dura". En raison de l’urgence, j’avais donné la priorité à la lettre de mise en garde de France 2 et de Charles Enderlin aux organisateurs du symposium de Hertzlya, qui s’est ouvert aujourd’hui. Du fait que, dans leur plainte, France 2 et Enderlin, affirment que « l’invitation à la conférence est remplie d’accusations et d’inexactitudes, pour ne pas dire plus », et que leur réaction se targue de donner « une version correcte des faits exposés dans l’invitation », il m’est apparu comme indispensable de traduire la présentation des faits incriminée. Ce texte sera suivi de la traduction de la réaction du conférencier, en l’occurrence, le professeur Richard Landes, de l’Université de Boston, aux Etats-Unis - auquel, d’ailleurs, la philippique des plaignants ne fait pas la moindre allusion.

 

Texte original anglais : "France2 begins to sweat, tries to bully".

 

Traduction française : Menahem Macina

 

Le 30 septembre 2000, le caméraman palestinien, Talal Abu Rahmah, filmait un père et son fils, prétendument atteints par des tirs de militaires israéliens, au Carrefour de Netzarim dans la bande de Gaza. Charles Enderlin, correspondant de France 2, montra le film à la télévision en affirmant que les Israéliens avaient pris pour cible les deux Palestiniens, tuant l’enfant et blessant gravement son père. Ce récit devint une cause d’émotion mondiale et une image symbolique de la lutte de l’Intifada contre une armée israélienne meurtrière.

Malgré d’amples contradictions entre le compte-rendu de Talal et les preuves de ses propres rushes, dont la plupart montrent qu’il existe une forte probabilité qu’il ait mis en scène tout l’événement, la presse a accepté cette version et a résisté aux efforts faits pour porter ces doutes à la connaissance du public. Mais grâce aux investigations d’internautes, l’histoire a acquis une existence propre. Enderlin, dans une tentative de faire taire même ces voix marginales, a intenté des procès en diffamation contre certains de ces cyber-critiques. Malgré des victoires, dans les débuts, son offensive s’est retournée contre lui, le mois dernier [en fait en novembre 2007. Note de la rédaction d’upjf.org], lorsque le tribunal a vu quelques rushes de Talal.

L’historien Richard Landes anime le site Web le plus documenté et le plus complet concernant cette affaire ; il a suivi de près l’histoire de Muhammad al-Dura, depuis ses débuts, et en rend compte régulièrement. Il discutera de cette affaire, de ses implications et de son impact, et il montrera et analysera des séquences-vidéos, dont certaines n’ont jamais été montrées au public auparavant.

La causerie sera donnée en anglais et débutera par des remarques introductives du Professeur Barry Rubin, Directeur du Gloria Center, qui seront suivies par une brève communication du Dr Yariv Ben Eliezer, de l’Ecole de Communications du Centre Interdisciplinaire de Herzliya. Le Professeur Landes fera son exposé immédiatement après.

Pour plus d’informations, contacter Keren Ribo, Directrice des Opérations du GLORIA Center (http://www.gloriacenter.org) : keren.ribo@gloriacenter.org. Tél: 972-9-960-2736, Mobile: 972-52-390-0609 ; ou le GLORIA Center (http://www.gloriacenter.org) : keren.ribo@gloriacenter.org. Tél. : 972-9-960-2736, Mobile: 972-52-390-0609.

Ou Jeremy Ruden, Directeur International Media Relations, Interdisciplinary Center (IDC) Herzliya : jruden@idc.ac.il. Tél: 972-9-960-2754, Mobile: 972- 52- 407-0775.

L’invitation a été envoyée aux principales agences de Presse en Israël, dont France 2. En suite de quoi, les organisateurs ont reçu une lettre des avocats qui représentent France 2 (il s’agit d’une traduction [anglaise] de l’hébreu, si quelqu’un désire une copie de l’original hébreu, qu’il me le fasse savoir).

[Suit le texte anglais de cette lettre, dont on peut lire une traduction française sur le site de l’UPJF. Note de la rédaction d’upjf.org].


J’ai rédigé la réponse qui suit, dont une version abrégée sera diffusée avec la réponse de France 2.


Cette lettre est criblée d’erreurs et de fausses interprétations. Si elle représente la conception qu’ont France 2 et Charles Enderlin de « la vérité des faits » et de leur « exposé sans la moindre dissimulation », alors, on commence à comprendre comment l’affaire al-Dura a pu prendre cette tournure au fil des sept années écoulées. Ci-après, mes réponses, classées par thème.

 

Sur la question de la partialité

France 2 a pratiquement pris le monopole de la discussion de ce sujet dans la grande presse, durant les six années écoulées, et elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher la critique d’atteindre le grand public. Quand Enderlin a traité de la critique, dans un reportage de presse de novembre 2000 sur l’enquête diligentée par le Général de Tsahal, Yom Tov Samia, qui a établi que l’enfant et le père ne pouvaient pas avoir été atteints par des balles israéliennes, Enderlin a écarté cette conclusion du haut de sa tribune personnelle de "journaliste" impartial, et ce sans la présence d’un représentant de Tsahal. Il n’a montré aux téléspectateurs que ce qu’il a estimé convenir.

Qui plus est, Charles Enderlin a décliné de nombreuses invitations à accepter un débat avec ses critiques ; cela a été le cas, tout récemment, lors d’une conférence sur l’éthique journalistique qui a eu lieu à Mishkenot Sha’ananim, le 30 décembre 2007. S’agissant d’un consortium géant de la grande presse, qui atteint un public de millions de téléspectateurs, 24 heures sur 24, se plaindre de ce qu’on aurait dû lui donner un temps égal [à celui de ses critiques] dans des discussions qu’il a tout fait pour marginaliser, renouvelle la définition du toupet. [L’original anglais utilise le terme hébreu, chutzpah, culot. Note de la rédaction d’upjf.org].

 

Sur la question de l’entrave à la critique

En 2002, France 2 a empêché la diffusion de la version française d’un documentaire de son homologue, la station [allemande] ARD, réalisé par Esther Shapira, sur l’affaire al-Dura. Malgré le fait que ce documentaire ne prônait pas la thèse de la mise en scène, il accordait une large place à l’enquête [du général] Yom Tov. De plus, Enderlin et France 2 ont refusé de fournir à Tsahal une copie des rushes contestés, pour permettre à l’armée israélienne de procéder à sa propre enquête. Dans une interview réalisée par Shapira, Enderlin affirmait qu’il ne donnerait pas les rushes bruts à l’Armée de Défense Israélienne, pour « qu’elle ne puisse pas se blanchir ». Aucune chaîne française importante de télévision n’a jamais permis au public d’entendre la thèse de la mise en scène. Au contraire, quand elles évoquaient cette hypothèse, c’était pour la ridiculiser comme étant une « théorie du complot [provenant] de l’extrême droite ».

 

Sur la question de l’utilisation des plaintes en justice pour diffamation, afin de réduire les critiques au silence

Dans le documentaire de l’ARD, Enderlin dit à Shapira que si quelqu’un accuse Talal, lui-même, ou France 2, de manipulation ou de falsification, ce sera un motif de plainte judiciaire. Et trois des quatre accusés, jugés pour diffamation à l’encontre de France 2, n’étaient même pas allés jusqu’à prétendre qu’il y avait eu mise en scène. En agissant ainsi, France 2 a défini la critique comme un cas de procédure et la lettre même [qu’elle a – conjointement à Charles Enderlin – adressée aux organisateurs de la conférence ; note de la rédaction d’upjf.org] illustre de quelle manière elle veut se servir de l’existence de sa procédure pour empêcher que des positions différentes [de la sienne] atteignent le public dont elle a fondamentalement façonné les perceptions. Utiliser la loi pour « empêcher que [d’autres] portent atteinte à la réputation [de France 2] », et se servir de cette loi pour dissuader la critique, sont deux formes différentes du même stratagème. Il est pour le moins déloyal de prétendre qu’elles s’excluent l’une l’autre, et de feindre l’indignation à propos de la « scandaleuse » affirmation selon laquelle France 2 utilise le second [stratagème, consistant à dissuader la critique ; note de la rédaction d’upjf.org]. En tout cas, la manière la plus digne de protéger sa réputation est de répondre aux critiques, non de les attaquer en diffamation.

 

Sur la question de la projection des vidéos

Personne ne conteste que la vidéo de Talal contient les rushes authentiques de ce qui s’est passé au Carrefour de Netzarim, le 30 septembre 2000. La vraie question qui se pose est comment ces « rushes authentiques » peuvent se concilier avec les affirmations que font Talal Abu Rahma et Charles Enderlin à propos de ce qui s’est passé alors. Une observation attentive suggère beaucoup plus de contradictions entre les preuves des vidéos et les comptes-rendus des journalistes. Il n’y a rien de « cavalier » dans l’assertion, soigneusement rédigée, de l’invitation à cette causerie, selon laquelle il y a une « forte probabilité que [Talal] ait mis en scène tout l’événement ».

Pour ce qui est de la projection des vidéos devant la Cour d’Appel française, en novembre dernier, il semble passablement étrange que cette lettre ait mis en grasses [la mention selon laquelle la vidéo a été transmise] « dans son intégralité », alors que ce n’est précisément pas le cas. La vidéo des rushes de Talal concernant cet événement, a été amputée de plusieurs minutes, ce qu’Enderlin a admis, lors de l’audience, en expliquant pourquoi il n’y avait que 18 minutes. Les passages qu’il a coupés, a-t-il argué, n’étaient « pas pertinents ». Mais, depuis, j’ai à nouveau passé en revue les vidéos de Talal, à trois reprises, et je peux témoigner qu’il a coupé des scènes du Carrefour de Netzarim, ce jour-là, et qu’au moins un de ces passages coupés montre les efforts ridicules faits, durant toute cette journée, par les Palestiniens sur place, pour mettre en scène l’"information" que Talal a avidement filmée.

 

Les faits de l’affaire

Il y a quelques faits dûment établis dans cette affaire. Il y a surtout des affirmations – dont celle-ci : « finalement, Mohammed est mort et son père, Jamal, gravement blessé » (voir, plus haut) -, dont la fiabilité a été sérieusement mise en question. Par exemple, les assertions d’hôpitaux palestiniens concernant les graves blessures de Jamal sont maintenant l’objet d’un nouvel examen, du fait que toutes les blessures évoquées par les sources palestiniennes correspondent à celles que Jamal a subies de la part de ses compatriotes palestiniens, des années auparavant, et pour lesquelles il a reçu des soins dans un hôpital israélien. En tout cas, ceux qui assisteront à la Conférence du Centre Interdisciplinaire [de Herzliya] verront et entendront une comparaison entre les « réelles » affirmations faites par Talal et Enderlin dans cette affaire, et les preuves flagrantes (spécialement celles des propres rushes de Talal). Ce contraste a tout pour inquiéter France 2, qui s’efforce de protéger sa réputation. [La chaîne] a toutes les raisons d’être bouleversée par [la perspective] que le public soit mis en présence des preuves.

 

La "position" de France 2 dans l’affaire al-Dura

France 2 devra, en effet, clarifier sa "position" dans cette affaire. Va-t-elle encore défendre l’émission originale d’Enderlin, dans laquelle les al-Dura sont [dits être] « la cible de tirs provenant de la position israélienne » ? Talal a-t-il bien envoyé un fax récusant son témoignage sous serment du 3 octobre 2000 ? Et si c’est le cas, de quoi s’est-il rétracté exactement ? Où sont les scènes « insupportables » des « affres de l’agonie » du garçon, qu’Enderlin prétend avoir coupées ?

C’est une des caractéristiques du scénario des "nouveaux habits de l’empereur" [1], qui, tant que le discours hégémonique peut obliger les gens à nier ce que leurs propres yeux voient, le récit reste favorable [à celui qui le répand]. Mais une fois le stratagème éventé, le masque tombe et le charme est rompu. On ne fait pas attention aux manigances de l’homme en coulisses.

Quand tout aura été dit et fait, dans cette affaire, Charles Enderlin regrettera amèrement le jour où il a convaincu France 2 de poursuivre Philippe Karsenty en justice.

"Celui que les dieux veulent détruire, ils commencent par le rendre arrogant" [2].

 

© Richard Landes

 

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Notes du traducteur

 

 [1] D'après un conte de Hans Christian Andersen (1805-1875), Les habits neufs de l'empereur.  Voir aussi "Le syndrome des habits neufs de l'empereur". 

[2] Aphorisme attribué à Euripide : « Celui que les dieux veulent détruire, ils le rendent fou ». Il en existe plusieurs variantes, attribuées à différents auteurs. Voir l’article "Euripides", sur Wikiquote.

 

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Mis en ligne le 9 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

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