Vous êtes :
AccueilNoeudRacine
Contributeurs Spécialisés
Interview de Richard Landes sur laffaire al-Dura, Véronique Chemla
Les articles et interviews de Véronique Chemla sont toujours remarquables. Le seul problème, la concernant, c'est qu'il n'y a pas assez de superlatifs pour décrire la qualité de son travail. Le présent texte, est extrêmement précieux. Il faut le lire et le relire, et, bien sûr, le diffuser largement. (Menahem Macina).
6 janvier 2008
| Sur le site Guysen International News |
Le professeur Richard Landes enseigne lhistoire médiévale à lUniversité de Boston. Il dirige le Centre pour les études sur le millénarisme. Il a forgé le néologisme Pallywood pour désigner lindustrie audiovisuelle de la propagande palestinienne. Le 9 janvier 2008, en Israël, il participera au symposium consacré à laffaire al-Dura. Dores et déjà, il lanalyse pour GIN. Vous êtes professeur dhistoire médiévale à luniversité de Boston, spécialisé dans le millénarisme. Pourriez-vous présenter vos travaux ?
Le millénarisme (mille : 1 000 et anni : années) promet un royaume messianique, un monde parfait sur terre, qui durera 1 000 ans.J'ai commencé par étudier les croyances millénaristes et leur activation au Moyen-âge, surtout aux alentours de l'an mil - paix de Dieu (1) -, et les croyances apocalyptiques, cest-à-dire les croyances en la transition imminente de ce monde, qui doit être purifié/détruit, vers un monde parfait. A lapproche de l'an 2000, je me suis intéressé plus particulièrement aux effets de la proximité du passage vers un nouveau millénaire sur les attentes apocalyptiques et au phénomène millénariste, laïc et religieux. Cest alors que jai approfondi mes connaissances sur le millénarisme apocalyptique dans l'islam, shiite (ayatollah Khomeiny) et sunnite (ben Laden). Le but principal du jihad est la domination de lislam dans le monde. Avançant des revendications millénaristes, lislamisme promet quune fois vainqueur, la paix régnera sur le monde. En outre, le Dajjal, version musulmane de lAntéchrist, devait survenir en 2000 : un juif prendrait dassaut al-Haram al-Sharif (mont du Temple) et piétinerait la mosquée al-Aqsa. Ce qui devait induire une guerre apocalyptique au cours de laquelle Dajjal entraînerait lOccident et Israël contre les musulmans. La description par des médias arabes de la visite dAriel Sharon sur le mont du Temple, en septembre 2000, correspond à cette croyance (2). Maintenant, je travaille sur les manifestations du médiévisme au XXIe siècle : guerre sainte, accusation fausse de meurtre rituel (blood libel), culte des « martyrs ». Comment avez-vous été amené à étudier lincident al-Dura ? Jai noté que lincident al-Dura a joué le rôle de blood libel (accusation fausse de crime rituel), et que cela avait réveillé le monde arabe de façon extraordinaire. A partir de la diffusion des images sur les al-Dura et l'Intifada II qui a suivi, le discours apocalyptique est passé des marges au centre du monde islamique. A ce moment-là, je navais pas lidée que ces images étaient mises en scène.Par la suite, sur lincident al-Dura, jai lu larticle de James Fallows dans Atlantic Monthly, (3) et jai aussi vu lenquête télévisuelle de la journaliste Esther Schapira, Drei Kugeln und ein todes Kind (Trois balles et un enfant mort, qui a tué Mohamed al Dura ?) Jai effectué une recherche documentaire sur les conséquences de laffaire al-Dura. Par exemple, on retrouve limage des al-Dura dans une manifestation en octobre 2000 à Paris où on comparait les Israéliens aux Nazis et on criait : « Mort aux juifs ! » pour la première fois en public depuis la Shoah (4). Ensuite je suis allé en Israël, où jai regardé à plusieurs reprises les rushes tournés par des cameramen (Reuters, AP) présents au carrefour de Netzarim ce 30 septembre 2000, date de lincident al-Dura. Je les ai analysés avec lassistance du physicien Nahum Shahaf qui ma fait comprendre à quel point ces rushes comprenaient des scènes de guerre jouées par les Palestiniens. Enfin, jai rencontré Charles Enderlin, correspondant de France 2 en Israël, dans son bureau à Jérusalem, et vu à trois reprises les fameux rushes du cameraman palestinien de France 2, Talal Abou Rahma. Parlez-nous de vos trois rencontres avec Charles Enderlin à Jérusalem J'ai été surtout frappé par son manque de connaissances de ce qui s'était passé ce jour-là : il m'a dessiné le carrefour de Netzarim en plaçant la position israélienne sur le mauvais côté de la rue ! Jai visionné les rushes dans son bureau. Jai dit que cela semblait mis en scène. Charles Enderlin a affirmé : « Oh, ils font cela tout le temps. Cest un trait de culture. Ils exagèrent » Je lui alors dit : « Ils font cela tout le temps, mais alors pourquoi pas dans le cas dal-Dura ? » Il ma répondu : « Oh, ils ne sont pas assez bons pour ça ». Je lui ai dit qu'il devrait au moins considérer comme hypothèse de travail la possibilité que son cameraman palestinien Talal Abou Rahma lait dupé. Charles Enderlin me répondit : « Talal n'aurait même pas songé à un tel projet, car pour le faire, il se serait rendu compte qu'il ne pourrait jamais me tromper, donc cela ne lui serait même pas venu a l'esprit ». Jai pensé exactement le contraire. Et, plus tard, Charles Enderlin ma dit : « Jamais [Talal Abou Rahma] ne me mentirait. Nous sommes des amis. Nos familles mangent ensemble ». Jai été étonné que Charles Enderlin nanalyse pas certaines sources. Lors de notre dialogue, il ma passé un fax triomphalement : « Vous voyez, c'est comme ça tous les jours ». Jai lu quun enfant palestinien avait été tué par un soldat israélien. « Comment est-on sûr de ces faits ? », ai-je demandé. Charles Enderlin ma répondu : « La source, c'est quelquun à l'hôpital ». Je lai interrogé : « Comment cette source sait-elle d'où provenaient les tirs ? » Charles Enderlin me regarda avec mépris, comme si j'étais un pauvre imbécile. Une autre fois, nous parlions des balles au sujet desquelles Talal Abou Rahma avait menti à Esther Schapira. Ce cameraman palestinien lui avait dit dabord que les Palestiniens avaient les balles. Puis, quand cette journaliste lui a dit que le général palestinien ne les avait pas, il lui a rétorqué : « France 2 took them » (Ndlr : en français, « France 2 les a prises »). Et, quand il a dû se rendre compte que ce nétait pas vrai et quEsther Schapira pouvait le constater en vérifiant ses allégations, il a souri et a dit : « Nous avons nos secrets pour nous, nous ne pouvons pas dire tout juste, nimporte quoi ». Quand jai interrogé Charles Enderlin au sujet des balles, il ma répondu : « Le général palestinien les a dans un sac, dans son bureau ». Il me semble que si ce général avait les balles qui ont tué le petit Mohamed al-Dura et ont blessé son père Jamal al-Dura, et si ces balles étaient israéliennes, il les aurait montrées au monde entier. « Et tu crois [ce général palestinien] ? », ai-je demandé à Charles Enderlin. « Je le crois autant que le général Yom Tov Samia », me rétorqua-t-il. Or, le général palestinien n'a procédé à aucune enquête en expliquant : « On sait qui est coupable », tandis que le général israélien Yom Tov Samia avait fait une enquête. Si Charles Enderlin a commenté sur France 2 lenquête du général Yom Tov Samia, donc il a dû la lire, comment dès lors a-t-il pu se tromper dans le dessin quil ma fait ? Il y a placé la position israélienne face aux al-Dura, alors que cette position se trouve de lautre côté du carrefour de Netzarim, en oblique par rapport aux al-Dura protégés derrière le baril en béton. ![]() France 2 a transmis à la Cour dappel de Paris des rushes dune durée de 18 minutes, et non de 27 minutes. Ces rushes ont été vus lors de laudience du 14 novembre 2007. Que pensez-vous de cette audience (5) ? Charles Enderlin a expliqué avoir procédé à des coupes dans les rushes. Aux Etats-Unis, la juge aurait dit : « Ce nest pas à vous de prendre une telle décision, amenez-nous tous les rushes ! ». Quand les avocats de France 2 se mirent debout et bloquèrent la vue au journaliste Luc Rosenzweig et à moi, jai été surpris que la juge ne leur ait pas dit de s'asseoir. Il me semble que, quand on a laissé Charles Enderlin parler pendant le visionnage de ces rushes, cela lui a conféré un avantage : il a pu nous dire ce qu'on était en train de voir. Et puisque la suggestion joue un rôle immense dans cette affaire les chaînes de télé ont dit aux spectateurs quils allaient voir un enfant être tué, et cest ce quils ont « vu » même si ce nest pas ce quils voyaient , cela ma semblé une erreur. Jai également été étonné que la juge ne demande pas au journaliste Luc Rosenzweig et à moi après ce visionnement si toutes les images des al-Dura que nous avions vues, à Paris ou à Jérusalem, correspondaient bien aux images des rushes communiqués par France 2 et Charles Enderlin à la Cour. Je me souviens avoir vu en présence de Charles Enderlin au moins cette scène : un Palestinien a fait semblant davoir été blessé à la jambe, mais au lieu dattirer des jeunes costauds qui pourraient le lever et lemmener vite, en dépassant les cameramen, il na attiré que des petits gamins. Il les a chassés, a regardé autour de lui, et, voyant que personne ne venait lévacuer, il sest redressé et sest éloigné sans boiter. Comme les « Nixon tapes » - les enregistrements sonores du président Nixon (6) , je pense que ces rushes discréditent la thèse de Charles Enderlin : les dernières images des rushes communiqués par France 2 et Charles Enderlin nous montrent en effet Mohamed al-Dura vivant, lever son coude, regarder la caméra, alors que sur limage précédente Charles Enderlin avait affirmé que lenfant était mort. Mais même si Philippe Karsenty, directeur de lagence de notation des médias Media-Ratings (7), avait un handicap il commentait les rushes de France 2 quil découvrait, quil navait pas vus auparavant -, je crois qu'il a montré de nombreux indices fondés permettant de douter de la version de Charles Enderlin. Quelle est votre position sur lincident al-Dura ? Pensez-vous quil sagit dune mise en scène ? Je crois que les probabilités que ce soit une mise en scène sont immenses. Et ceci pour de nombreuses raisons : parjure du seul témoin, Talal Abou Rahma, absence de la scène dagonie de lenfant que Charles Enderlin avait jugée « trop insupportable », angle des tirs exonérant les Israéliens, pas de sang, pas de scène dévacuation en ambulance, Mohamed al-Dura tient sa main sur ses yeux, et pas sur son ventre où il est censé avoir été blessé, etc.Comment analysez-vous laffaire médiatique al-Dura et ses conséquences ? Malheureusement, une grande partie du monde, surtout arabe et européen, a soif d'images d'Israéliens agissant mal et a gobé ces images comme un gourmand. Les conséquences de ces images sont entre autres : - l'essor d'une nouvelle phase du jihad mondial, beaucoup plus populaire parmi les musulmans à travers le monde. Mohamed al-Dura en est devenu le martyr. Ben Laden a déclaré : « En tuant ce gamin, les Israéliens ont tué tous les enfants du monde » et a tout de suite utilisé les images de Talal Abou Rahma dans sa vidéo de recrutement pour le jihad ; - l'essor d'un antisionisme/antisémitisme parmi les Européens qui à la fois encourage la violence de populations immigrées, et qui empêche les Européens de comprendre le danger qui les menace. Quand les Européens ont montré cette image à la télé - presqu'aussi souvent que le monde arabe -, ils ont éveillé des forces de la haine qui les visent comme « Croisés » - tout autant qu'elles visent les Israéliens. D'un autre point de vue, il me semble que de grands medias ont failli, nont pas fait dinvestigation, et au contraire, ont essayé de marginaliser ceux qui, comme moi, ont fait un travail de vérification à leur place. Ceci représente un avertissement essentiel aux publics français/européen/occidental. Si des medias ont agi ainsi sur une histoire comme celle du petit Mohamed, nos informations sur le conflit en Proche-Orient sont-elles atteintes par les mêmes faiblesses internes que lincident al-Dura ? Et quelles en sont les conséquences ? Vous avez créé le néologisme Pallywood (Palestine/Hollywood). Comment définissez-vous Pallywood ? C'est un jeu de mots sur Bollywood, l'industrie cinématographique indienne (Bombay), et Hollywood. Pallywood désigne l'industrie cinématographique palestinienne qui réalise ses mises en scène, des scènes créées pour être présentées au public, palestinien aussi bien quoccidental, comme étant des vrais événements, des actualités.Le mot Pallywood mest venu à lesprit après avoir vu les rushes de Talal Abou Rahma chez Charles Enderlin : ces rushes contenaient des scènes jouées. Quand on examine les rushes des cameramen palestiniens, on s'aperçoit qu'il y a des scènes « spontanées » - quelquun fait semblant d'être blessé, on l'amène à toute vitesse en passant devant les cameras dans une ambulance -, on a des metteurs en scène, et des lieux de tournage. Mais le plus terrible, ce n'est pas que les Palestiniens emploient les medias comme arme de guerre, c'est quune très grande partie de nos medias, au lieu de leur expliquer que cela ne se fait pas selon la déontologie journalistique, prennent ces images et nous les présentent comme étant réelles. Vous avez fondé deux sites Internet : The Second Draft et The Augean Stables (8). Dans quels buts ? The Second Draft - deuxième jet en américain est ma réponse aux journalistes qui se présentent comme écrivant « le premier jet de lhistoire. » En tant quhistorien, jexamine et critique leur « premier jet ». Dans le cas de Pallywood et laffaire al Dura, jai mis sur ce site non seulement mon analyse, mais toute la « documentation » sur Pallywood et sur laffaire al-Dura. Cela laisse à ceux qui veulent se former leur propre opinion la possibilité de visionner les rushes, pas ceux de France 2, mais ceux d'un autre cameraman palestinien datant du même jour, le 30 septembre 2000, des émissions, des interviews et discussions. Je crois que chacun devrait se faire ses propres conclusions dans cette affaire, et disposer dinformations quand il lit les articles publiés sur laffaire. Je ne pense pas que tout le monde sera d'accord avec moi, mais j'imagine que parmi ceux qui verront ces images, la majorité conviendra que de grands medias se sont trompés. Theaugeanstables est mon blog. Je lai appelé ainsi en référence aux écuries dAugias, le 5e des 12 travaux dHercule/Héraclès (9). Jy présente et janalyse les erreurs de médias et lextraordinaire résistance de ces derniers à les reconnaître, ce qui crée des problèmes dans le monde. Jy publie également mes articles, ceux dautres auteurs journalistes, islamologues, etc. que je commente. Le 9 janvier 2008, à Herzliya, le professeur Richard Landes sexprimera lors du symposium Licône de la haine : laffaire Mohamed al-Dura, des médias à Internet à la justice organisé par The Global Research in International Affairs (GLORIA) Center, la Raphael Recanati International School (RRIS), lAmbassadors Club et StandWithUs International. ------------------------------------------------------------------------ (1) Dans lOccident médiéval (Xe-XIe siècles), lEglise catholique a promu la paix de Dieu, un mouvement spirituel et social afin de maîtriser ou juguler lusage de la violence dans la société. (2) Richard Landes, Jihad, Apocalypse et Antisémitisme. JCPA, Post-Holocauste et Antisémitisme, n° 24, 1er septembre 2004/15 Elul 5764. (3) James Fallows, Who Shot Mohammed al-Dura ?, The Atlantic Monthly, juin 2003. (4) Sur le site Augean Stables. (5) Véronique Chemla, Mohamed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 ! (6) Richard Landes, Gambling with a Lie : Enderlin pulls a Rosemary Woods, 14 novembre 2007, et, en français : Al-Dura: Pari sur un mensonge, Enderlin joue la carte Rosemary Wood. (7) Media-Ratings. (8) Second Draft et Augean Stables. 9) Ce héros de la mythologie devait nettoyer, en un jour, les écuries dAugias, rendues inaccessibles par la grande quantité de fumier de ses nombreux troupeaux. Interview du psychanalyste et écrivain Gérard Huber sur laffaire al-Dura |
Mis en ligne le 7 janvier 2008, par M.












Le professeur Richard Landes enseigne lhistoire médiévale à lUniversité de Boston. Il dirige le Centre pour les études sur le millénarisme. Il a forgé le néologisme Pallywood pour désigner lindustrie audiovisuelle de la propagande palestinienne. Le 9 janvier 2008, en Israël, il participera au symposium consacré à laffaire al-Dura. Dores et déjà, il lanalyse pour GIN.
Le millénarisme (mille : 1 000 et anni : années) promet un royaume messianique, un monde parfait sur terre, qui durera 1 000 ans.
Jai noté que lincident al-Dura a joué le rôle de blood libel (accusation fausse de crime rituel), et que cela avait réveillé le monde arabe de façon extraordinaire. A partir de la diffusion des images sur les al-Dura et l'Intifada II qui a suivi, le discours apocalyptique est passé des marges au centre du monde islamique. A ce moment-là, je navais pas lidée que ces images étaient mises en scène.
Je crois que les probabilités que ce soit une mise en scène sont immenses. Et ceci pour de nombreuses raisons : parjure du seul témoin, Talal Abou Rahma, absence de la scène dagonie de lenfant que Charles Enderlin avait jugée « trop insupportable », angle des tirs exonérant les Israéliens, pas de sang, pas de scène dévacuation en ambulance, Mohamed al-Dura tient sa main sur ses yeux, et pas sur son ventre où il est censé avoir été blessé, etc.
C'est un jeu de mots sur Bollywood, l'industrie cinématographique indienne (Bombay), et Hollywood. Pallywood désigne l'industrie cinématographique palestinienne qui réalise ses mises en scène, des scènes créées pour être présentées au public, palestinien aussi bien quoccidental, comme étant des vrais événements, des actualités.