2 janvier 2008
Texte repris du site désinfos.com.
Lemonde.fr annonce, sous la plume de son correspondant à Jérusalem, Michel Bôle-Richard, et la repris dans son numéro daté du 3 janvier, que « Ehoud Olmert présente comme inéluctable un partage de Jérusalem avec les Palestiniens ».
Cest ce qui résulterait dun entretien, publié le 1er janvier par le Jerusalem Post : « Ceux qui, dans le monde, sont les amis dIsraël - qui soutiennent réellement Israël lorsquils évoquent lavenir - parlent de lEtat juif dans les frontières de 1967. Ils parlent de la division de Jérusalem », a-t-il déclaré, tout en affirmant également quil nest toutefois pas question de renoncer à lintégration à la partie israélienne de la ville du plus grand bloc de colonies de Cisjordanie, celui de Maale Adoumim.
Il a expliqué au Jerusalem Post que la création dun Etat palestinien est une nécessité, car lalternative « dun Etat pour deux peuples va mettre fin à lexistence dIsraël en tant quEtat juif ». « Cest un danger qui ne doit pas être nié. Il existe. Cest même une réalité », a-t-il insisté, avant dajouter : « sinon, nous allons vivre éternellement dans une réalité confuse où 50% de la population, ou plus, sont des résidents mais pas des citoyens égaux ». « Mon travail, en tant que Premier ministre, est de faire en sorte que cela ne se produise pas », a-t-il soutenu. M. Olmert ne cache pas quil va falloir faire des concessions et que « lon ne peut demander [aux Palestiniens] daccomplir leurs obligations sans honorer les nôtres », faisant référence à la "feuille de route", un plan de paix international relancé à Annapolis.
Il est évident que cette prise de position coïncide avec la venue de George Bush, le 9 janvier, pour sa première visite en Israël et dans les territoires occupés, « pour appuyer le processus diplomatique ».
Ehoud Olmert estime que les conditions sont particulièrement favorables, avec également son interlocuteur Mahmoud Abbas, qui « veut la paix avec Israël et accepte Israël tel quil se définit ». Avec, enfin, « cette coïncidence qui relève du miracle », la présence, outre M. Bush, de Nicolas Sarkozy en France, Angela Merkel en Allemagne, Gordon Brown en Grande-Bretagne et Tony Blair comme envoyé spécial dans la région, « une combinaison qui ne peut être plus satisfaisante pour Israël ».
Sans nous considérer nullement comme chargé de cautionner systématiquement les déclarations officielles du Premier ministre israélien, nous pensons devoir souligner que sa dernière prise de position est frappée [lire : "marquée"] au coin du bon sens, malgré les remous quelle risque de susciter tant en Israël (voir ici même) quen Diaspora.
Nous nous considérons comme dautant mieux placé pour le faire que, par le passé, nous avions adopté un point de vue diamétralement opposé.
Ainsi, au cours du XIXème colloque des intellectuels juifs de langue française, en novembre 1978, nous avions longuement développé le point de vue selon lequel les Palestiniens navaient aucun droit à revendiquer Jérusalem comme capitale (voir « Jérusalem, capitale disputée », in Jérusalem lunique et luniversel, Paris, PUF, 1979, pp. 89-117 - voir également France Israël Information, n° 164-165, sept.-oct. 1989, pp. 15-19).
Sur la base des données de lhistoire et des éléments juridiques en cause, un partage éventuel de la ville nous apparaissait alors non fondé, tandis que la revendication dIsraël quant à sa souveraineté sur toute la ville nous semblait justifiée, tout en soulignant la nécessité de dissocier le statut territorial de la ville du statut des Lieux saints.
Si à près de trente ans décart, sans renier ce que nous avons écrit, nous considérons aujourdhui quun partage - dont les modalités pratiques restent encore à définir, par voie de négociation - simpose, cest pour des considérations dopportunité.
Il nous paraît, effectivement, illustrer la volonté dIsraël de faire la paix avec ses voisins, quelle que soit lampleur du sacrifice, sur le plan sentimental [*].
Accepter un tel partage ne nous paraît pas de nature à constituer un signe de faiblesse, mais traduire le souci dIsraël, au prix dune lourde concession, dont nous ne sous-estimons pas lampleur, de sengager résolument dans la voie de la paix.
Cette concession ne nous paraît nullement devoir constituer un fâcheux précédent, de nature à entraîner une « capitulation » systématique dIsraël devant toutes les prétentions palestiniennes.
La délimitation des frontières par rapport à la ligne de cessez-le-feu de 1949 (« Ligne verte ») laisse une large marge de manuvre.
En revanche, Israël ne peut renoncer à sa vocation à être l « Etat des juifs » - formule que nous préférons, aujourdhui, à celle d « Etat juif », pourtant utilisée par la résolution des Nations Unies de 1947, qui voulait distinguer un « Etat arabe » et un « Etat juif », car, de nos jours, lexpression d « Etat juif » est à connotation théocratique, ce que même la majorité des Israéliens nest pas prête à accepter.
De telle sorte que, sur cette question, Israël est en droit de sopposer à toute concession de nature à le délégitimer, ce à quoi aboutirait, incontestablement, la reconnaissance du principe du droit au retour, à lintérieur des limites juridiques actuelles de lEtat juif, des réfugiés palestiniens (notion dont nous avons déjà souligné, dailleurs, le caractère imprécis).
© David Ruzié *
* Professeur émérite des universités, spécialiste de droit international.
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Remarque de Menahem Macina
[*] Ainsi, pour le prof. Ruzié, la judéité de Jérusalem n'aurait qu'une valeur « sentimentale » ! Je ne sais si cet universitaire est croyant, mais, même sans l'être, il ne peut ignorer que pour des générations de juifs, depuis des millénaires, et pour une grande partie des juifs contemporains, en Eretz Israel comme en diaspora, Jérusalem a une valeur que l'on pourrait qualifier d'existentielle, voire de vitale. Tant de juifs sont morts pour cette ville, ou à cause d'elle, tant d'événements concernant leur histoire, ancienne et moderne, s'y sont déroulés, qu'Israël ne serait pas Israël sans sa Ville sainte.
Un internaute a tenu à réagir sur le site même où l'article du Prof. Ruzié a été mis en ligne.
Jérusalem, capitale éternelle de lEtat dIsraël
Quel est ce pluriel de majesté que le "Pr Ruzié, professeur émérite de droit international" se permet dutiliser de façon agaçante ? Croit-il que sa parole, précédée de ce titre ronflant, lui permettrait de donner un avis plus autorisé que les autres, du haut de sa chaire "émérite" ?
M. Ruzié se flatte de rebaptiser Israël : "Etat des Juifs" plutôt que "LEtat juif" des pères fondateurs, excipant dune connotation théocratique de ce dernier ?! Mais sur quel sondage M. Ruzié sappuie-t-il pour déclarer avec condescendance que cela est repoussé par une "majorité dIsraéliens" ?
Aucun : M. Ruzié nous assène son point de vue comme sil redescendait du Sinaï.
Eh oui, M. Ruzié, le sionisme a des fondements religieux, ne vous en déplaise, même si des Juifs laïques ont largement contribué à la naissance dIsraël.
M. Olmert ne devra pas oublier quavant dengager le moindre centimètre carré de Jérusalem, il lui faudra au minimum laval de la Knesset à la majorité qualifiée.
Je préconise, pour ma part, que le Peuple dIsraël se prononce sur la question par un vote, et jose avancer que les Juifs de Diaspora, selon des modalités à définir, devront aussi y participer, car Jérusalem est le premier lieu saint du judaïsme.
Nos amis bien intentionnés, de par le monde - les Présidents Bush et Sarkozy compris -, ne devraient pas loublier.
Simon Frajdenrajch
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Mis en ligne le 4 janvier 2008, par M.











