[Rappel : on peut trouver des centaines de textes afférents à cette controverse sur mon site personnel : debriefing.org.]
Article rédigé à la demande d'Israël Magazine, et paru dans le numéro 2/83 de décembre 2007 de cette revue.
26/11/07
Le 30 septembre 2000, les téléspectateurs du JT 20 h de France 2 ont la stupeur dassister, en direct, à ce quun journaliste jusque là inconnu, Charles Enderlin, leur décrit comme la mort en direct dun enfant palestinien de 12 ans, sous les balles de larmée israélienne.
On apprendra plus tard que la scène, qui dure moins dune minute, a été tournée par le caméraman palestinien de France 2 à Gaza, Talal Abu Rahma. Elle est accompagnée du bref commentaire suivant du dit Enderlin - qui nétait pas présent sur les lieux :
« 15 heures, tout vient de basculer près de limplantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne. Mohammed a 12 ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes, mais une nouvelle rafale : Mohammed est mort et son père, gravement blessé ».
Dès le lendemain (1er octobre 2000), le porte-parole de Tsahal lui-même reconnaît que lenfant a été la victime collatérale de tirs croisés, et exprime ses regrets. Il est désavoué par dautres militaires de haut rang. Cest la confusion. Rapidement, les premiers doutes commencent à se faire jour, mais personne, alors, nimagine lincendie de violence que va causer ce document qui, chose peu commune, sera distribué gracieusement aux chaînes du monde entier par France Télévisions.
En octobre 2000, deux civils, lingénieur Josef Doriel et le physicien Nahum Shahaf, chargés par le général Samia, commandant en chef de la région sud, denquêter sur lincident, parviennent à la conclusion que lépisode a été mis en scène et que lenfant a été tué par des Palestiniens tirant de la position Pita, quils occupaient, juste en face de lenfant et de son père recroquevillés derrière un baril de béton. Doriel est limogé pour avoir fait part de sa théorie à des journalistes qui ny accorderont dailleurs aucun crédit.
Par la suite, des enquêteurs indépendants sefforcent de mettre au jour la vérité des faits. Sans minimiser le rôle important des commentateurs postérieurs, tels le professeur Richard Landes, la journaliste et écrivaine, Nidra Poller, et dautres, ni le zèle militant que déploieront des personnes privées combatives, tel Philippe Karsenty - convaincues quil y a mise en scène et soucieuses de blanchir larmée dIsraël de laccusation immonde de « tueuse denfants » -, trois personnages-clé vont jouer un rôle de premier plan : le physicien israélien Nahum Shahaf, la cinéaste allemande Esther Shapira, et le psychanalyste et écrivain français, Gérard Huber.
Mais ces enquêtes, même étayées de preuves aussi sérieuses, ne peuvent avoir dimpact que si elles retiennent lattention de la presse et des décideurs politiques. Dès lors, des clivages vont apparaître, qui séparent, voire opposent les collaborateurs dhier. La tendance 'dure' lemporte rapidement. Il faut alerter la presse, faire pression sur lopinion afin que la diabolisation mortelle dont a été victime Israël soit dénoncée pour ce quelle est : une imposture. Au tournant de 2004, la presse française semble prête à relever le défi. Contactés par Luc Rosenzweig, ancien Rédacteur en Chef au Monde, deux journalistes connus, Denis Jeambar, alors directeur de LExpress, et Daniel Leconte, producteur de télévision, prennent connaissance de la fameuse vidéo de la Ména, et sont plus quintrigués. Ils font part de leur trouble à la direction de France 2, qui leur propose de visionner les rushes filmés par Talal Abu Rahma. Mais la chose sébruite, des imprudences sont commises et les deux journalistes ont le sentiment quon cherche à les manipuler. Convaincus des mensonges de Charles Enderlin et des inconsistances des scènes, visiblement jouées, ils ne peuvent, pour autant, adhérer aux thèses extrêmes accusant la chaîne nationale et ses journalistes davoir participé, au moins passivement, à la diffusion dun faux, par sympathie pour la cause palestinienne. Jeambar et Leconte, jettent le gant. La médiatisation dont rêvaient les défenseurs de lhonneur dIsraël naura pas lieu.
Dès lors, les sites et les blogues communautaires juifs prennent le relais. Les accusations à lencontre de France 2 et de Charles Enderlin se font de plus en plus dures et tranchées. A lautomne 2004, Philippe Karsenty, un jeune homme daffaires prospère et décidé prend au mot France 2, qui menace de poursuites judiciaires quiconque laccuse davoir diffusé un faux, et met en ligne sur son site, le 22 novembre, un communiqué déclarant que « la société éditrice de Media-Ratings - GETZE S.A. est prête à répondre devant la justice française de ce quelle avance ». Assigné, puis condamné, le 19 octobre 2006, il fait immédiatement appel du jugement. Lors de laudience du 19 septembre 2007, coup de théâtre : la Cour dappel exige la communication des rushes, à laquelle France 2 sétait jusquà présent opposée de la manière la plus ferme.
La projection publique de ces rushes a lieu le 14 novembre dernier, dans une ambiance houleuse au moins à lextérieur de la salle daudience. La stupeur est grande lorsquon apprend quau lieu des 27 minutes de rushes, France 2 nen a fourni que 18, sans apporter de justifications convaincantes à cette différence.
Le jugement sur le fond aura lieu en février 2008. Dici là, les spéculations vont bon train. Mais surtout, des voix qui nont pas été entendues lorsquelles mettaient en garde contre linadéquation du recours à la justice dans une affaire de cette nature et de ce calibre, commencent à retenir lattention, comme celle du psychanalyste Gérard Huber, professeur à lInstitut dÉtudes juives Élie Wiesel, et auteur de Contre-expertise dune mise en scène (Éditions Raphaël, 2003), dont je reproduis les propos, pour conclure cet article.
« Ma thèse est celle dune mise en scène palestinienne du simulacre de meurtre de Mohammed Al Dura, qui a produit un effet dhypnose, au point dêtre authentifiée par France 2, puis diffusée gratuitement aux chaînes du monde entier, dans des conditions contraires à la Charte déthique de France Télévisions. Depuis, ce que jai affirmé a été démontré. Il appartient donc à France 2 dappliquer cette Charte et daller jusquau bout de son enquête interne, avant de corriger linformation publiquement et de manière exhaustive.
Mais ce dossier dépasse le cadre strictement audiovisuel, puisque ces images ont relancé la guerre israélo-palestinienne (des milliers de morts) et déclenché une vague antisémite en France et dans le monde, que lon navait jamais vue depuis la fin de la Shoah.
Cest pourquoi, nous nous trouvons devant une alternative : hurler avec les loups qui veulent que cette histoire se termine mal, ou assurer une sortie vers le haut, sur fond de reconnaissance des responsabilités, directes et indirectes, de tous les acteurs (je dis bien tous, sans exception : individus, organisations, Etats) de ce cauchemar médiatico-politique.
Pour ma part, et depuis le début, jai opté pour le second terme de lalternative. Cest pourquoi, jappelle à la constitution dune Commission denquête internationale. Car seule une telle entité peut obtenir des autorités politiques (Autorité palestinienne, Israël, France, Etats-Unis, ONU, etc.) quelles fassent toute la lumière sur cet événement. Il me semble que cest au Président de la République française de prendre linitiative de cette Commission (pourquoi pas, lors de la réunion des pays donateurs sur le processus de paix israélo-palestinien, quinze jours après la Conférence dAnnapolis à Paris). La France poursuivra ainsi son combat contre lantisémitisme et jouera un rôle capital dans la relance du processus de paix au Proche-Orient. »
Si irréaliste que puisse paraître cette initiative, je pense quelle mérite dêtre tentée, ne serait-ce que parce quelle constitue une sortie de crise susceptible de sauvegarder lhonneur des parties en cause (Etat dIsraël, Autorité Palestinienne, Télévision nationale française). Mais elle doit, pour avoir des chances de voir le jour, rallier lintelligentsia politique, humaniste et culturelle, tant juive que non juive. Je souhaite quelle y parvienne.
Menahem Macina
Notes
(1) Dans son article "Qui a tué M. al-Dura? Calomnie meurtrière médiévale version 2000", Amnon Lord a rendu compte du rôle capital joué par Shahaf.
(2) Consultable sur le site de Guysen-TV.
(3) Voir le dossier très documenté que lui a consacré le site de Primo.
(4) Dossier Enderlin - France 2.
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Mis en ligne le 1er janvier 2008, par M.











