05/12/07
Le récent rapport des agences de renseignements américaines (National Intelligence Estimate NIE) sur le programme nucléaire iranien, publié le 4 décembre, estime que lIran avait gelé son programme darme nucléaire (cest-à-dire le travail sur la conception de larme nucléaire et la production clandestine de matériaux fissibles pour cette arme), à lautomne 2003, et ne l'a pas relancé. L'Iran aurait pris cette décision en raison des pressions internationales exercées sur lui, suite à la découverte de ses activités nucléaires secrètes.
Il sagit dune révision fondamentale par rapport au précédent rapport du NIE, publié en mai 2005, qui affirmait : « lIran est réellement déterminé à développer l'arme nucléaire malgré ses engagements internationaux et les pressions internationales ». On peut en conclure que, tout comme celui de 2005, le dernier rapport du NIE risque de ne pas être le dernier mot de la communauté du renseignement américain sur ce sujet.
Néanmoins, même si cette dernière estimation est correcte, la menace que représente le programme nucléaire iranien demeure bien réelle. Le même document affirme que lIran a travaillé jusquà lautomne 2003 au développement de l'arme nucléaire, et quil conserve au moins loption de la développer. Le rapport ne prétend pas que lIran a pris la décision stratégique de ne pas développer l'arme nucléaire, ou de démanteler son programme nucléaire militaire. Au contraire, il affirme qu'il sera difficile de convaincre les dirigeants iraniens de renoncer à un éventuel développement de l'arme nucléaire, puisque nombreux sont ces dirigeants qui voient un lien entre le développement de l'arme nucléaire et les principaux objectifs de l'Iran quant à sa sécurité nationale et à sa politique étrangère, outre leffort considérable déployé par ce pays dans le développement de l'arme nucléaire entre les années 1980 et 2003.
Cela signifie que lIran pourrait relancer son programme nucléaire à tout moment. Ce dont il a besoin, cest de matériau fissible - à savoir, de luranium hautement enrichi, ou du plutonium. L'Iran na jamais cessé de développer sa capacité de production de ces deux matériaux.
Si lIran navait besoin duranium enrichi que pour produire de lélectricité dans les centrales nucléaires civiles quil est en train dacquérir, il aurait pu accepter dutiliser des combustibles nucléaires fournis par des entités internationales - possibilité qui lui a été offerte, à plusieurs reprises, et quil a toujours refusée. Dès que lIran sera capable denrichir luranium au niveau requis par les centrales nucléaires, rien ne l'empêchera de passer au niveau d'enrichissement supérieur que nécessite la bombe. De même, le seul but de la recherche nucléaire ne nécessite pas la construction d'un réacteur de recherche à eau lourde aussi puissant (40 MW) que celui que l'Iran est en train de construire à Arak. Avec ce réacteur, lIran sera en mesure de produire les grandes quantités de plutonium, nécessaires à la fabrication de l'arme nucléaire.
Tout cela est bien connu de la communauté internationale, y compris de la Russie et de la Chine, et cest pourquoi, à plusieurs reprises, le Conseil de sécurité des Nations Unies a exhorté lIran à mettre un terme à ces activités (voir résolutions 1696, 1737, 1747). Mais lIran a poursuivi le développement de ces deux projets, malgré le prix à payer que constituent lisolement international et les sanctions économiques. Et selon le récent rapport de la National Intelligence Estimate, le projet denrichissement de luranium permettrait peut-être à l'Iran de produire suffisamment duranium hautement enrichi pour produire larme nucléaire dès la fin 2009.
Une fois que lIran aura acquis la capacité de produire suffisamment de matériau fissible pour l'arme nucléaire, rien ne l'empêchera de relancer son programme et dêtre en mesure de produire la bombe, à court terme et au moment où il laura décidé. Daprès le récent rapport de la National Intelligence Estimate, le fait quen 2003, lIran ait réagi aux pressions internationales en gelant son programme nucléaire, montre que ses décisions sont guidées par une approche rationnelle qui prend en compte les risques politiques, économiques et militaires. Si tel est le cas, la meilleure manière de convaincre lIran de mettre un terme à ses activités denrichissement duranium et à la construction du réacteur à eau lourde, comme de le dissuader de lancer son programme nucléaire, est le renforcement de la pression internationale et ladoption de sanctions plus lourdes encore.
© Israël Elad Altman
Mis en ligne le 5 décembre 2007, par M.











