26/11/07
Traduction française : A. Soued, corrigée et entièrement revue par M. Macina.
Il y a un brin de poésie perverse dans le fait que la conférence dAnnapolis a [eu] lieu la même semaine que le 60ème anniversaire de la résolution de lAssemblée Générale des Nations unies, qui recommandait que le Mandat britannique sur la Palestine soit scindé en un Etat juif et un Etat arabe.
Cette coïncidence dévénements ne fait quillustrer combien peu de choses ont changé au cours des soixante années écoulées.
Tant la résolution de lONU de 1947, que la conférence dAnnapolis se consacrent à amener le peuple juif à faire des compromis concernant ses droits, dans le but de se concilier ses voisins, qui, 60 ans après, persistent toujours à refuser au peuple juif le droit à la souveraineté sur sa terre. Et ces deux Assemblées sont présentées comme des performances diplomatiques par le gouvernement israélien.
Soutenu par les médias de la gauche israélienne, le gouvernement Olmert a présenté comme une percée majeure la décision des Etats arabes et musulmans, comme lArabie saoudite, la Syrie, le Pakistan et lIndonésie - qui nacceptent pas le droit dIsraël à lexistence de participer à la conférence dAnnapolis. Mais cest une absurdité. Les représentants de ces Etats utilisent cette occasion fournie par lAmérique pour condamner Israël, exactement comme ils utilisent toute autre scène internationale à cet effet.
De même, soutenu par les médias de la gauche israélienne, le gouvernement Olmert célèbre la résolution de 1947 de lONU, comme si elle était le fondement de la légitimité internationale dIsraël. Non seulement cest inexact, mais à la longue, la perception quIsraël doit sa légitimité à cette résolution de lONU a un effet néfaste sur la capacité dIsraël à mener une politique étrangère qui fasse progresser ses intérêts nationaux. Le résultat est clairement visible dans la manière dont Olmert gère la politique étrangère du gouvernement.
Le 29 novembre 1947, lAssemblée Générale de lONU a adopté la résolution 181. En tant que résolution de lAssemblée Générale, la 181 na pas force de loi internationale. Le fondement légal international de lEtat juif reste donc le Mandat sur la Palestine de 1922 de la Société des Nations, qui a chargé le gouvernement britannique dadministrer un territoire désigné comme le futur Etat juif.
De fait, tout ce qua fait la résolution 181 a été de chercher à légitimer des décisions illégales que na cessé de prendre la Grande-Bretagne jusquau terme de son mandat. Comme le Mandat de la Ligue des Nations le stipulait clairement, la Grande Bretagne était censée gérer le territoire de la Palestine mandataire et favoriser létablissement dun Etat juif qui remplacerait, en fin de compte, le Mandat britannique. Pourtant, pratiquement depuis le début, les Britanniques firent exactement le contraire. Ils fondèrent le royaume hachémite de Transjordanie sur la plus grande partie du territoire qui était destiné à lEtat juif. De plus, ils prirent toutes les mesures possibles pour empêcher les Juifs détablir un Etat sur le reste du territoire. Ils bloquèrent limmigration juive, et limitèrent les droits des Juifs à acheter la terre et à sy installer, à une minuscule portion de territoire, quils croyaient trop petite pour leur permettre dy créer un Etat souverain.
Cest parce que les Britanniques ne parvinrent pas à détruire le sionisme et à empêcher la population de fonder leur Etat que le plan onusien de partition vit le jour. C'est-à-dire que, loin de fonder un Etat juif, la résolution 181 ne faisait quaccepter une entité nationale déjà existante. Malgré tous les efforts de la Grande-Bretagne, les Juifs avaient déjà fondé leur Etat en 1947. Il aurait existé même si la résolution navait pas été adoptée.
Malheureusement, plutôt que de reconnaître le fondement légal réel de la création de son Etat et, de ce fait, ses droits sur la Judée, la Samarie et Jérusalem, Israël agit comme si ses frontières légales étaient déterminées par le Conseil de Sécurité de lONU. Sa gratitude mal placée envers lONU a entraîné les gouvernements israéliens successifs à ignorer et à minimiser le mauvais traitement dIsraël par lONU.
Pendant les quarante dernières années, loin de correspondre à la haute idée qu'Israël sen faisait, lONU a été le principal moteur d'une campagne qui déniait à Israël le droit d'exister. LONU a relégué la population dIsraël au statut de citoyens de seconde zone, victimes dune discrimination systématique dans tous les rouages de lONU. Le traitement injuste de lONU lui fait violer sa propre Charte, qui stipule que tout Etat doit être traité à égalité avec les autres. Et de fait, lorganisation s'est corrompue de manière irréparable.
Reportons-nous à 1975. Lambassadeur dIsraël à lONU, Chaim Herzog, avait fait face à lAssemblée Générale et déchiré la résolution antisémite de cette organisation, qui définissait le sionisme comme une forme de racisme. Mais, au cours des quinze dernières années, la capacité dIsraël à s'opposer à la discrimination de lONU sest affaiblie. Sous le gouvernement Olmert, cette érosion de la capacité dIsraël à reconnaître lagressivité de lONU pour ce quelle est, a atteint des sommets. Loin de se tenir à lécart de lONU, le Premier Ministre, Ehud Olmert, et sa ministre des affaires étrangères, Tzipi Livni, se sont jetés dans les bras de cette organisation hostile, et lui ont donné plein pouvoir de déterminer leur politique étrangère, notamment au niveau des trois menaces les plus importantes pour la sécurité nationale dIsraël: le programme darmes nucléaires de lIran, la puissance du Hezbollah au Liban, et le terrorisme palestinien ainsi que la guerre politique quil mène contre lEtat juif.
Depuis que le programme nucléaire de lIran a été mis au jour pour la première fois, en 2002, Israël a soutenu les efforts des Etats-Unis pour gérer cette menace par le biais du Conseil de Sécurité de lONU. Suite au soutien apporté à lIran par les Chinois et les Russes, cette politique na jamais eu de logique. Et pourtant, alors que lIran est parvenu plus près que jamais de laccession à la capacité nucléaire, Israël a subordonné ses efforts, durant cinq ans, à une organisation institutionnellement incapable d'empêcher lIran davoir la bombe.
Durant la guerre contre le Hezbollah, en 2006, le Conseil de Sécurité de l'ONU a mené la charge en condamnant Israël. Pourtant, plutôt que de marginaliser cette organisation hostile, le gouvernement Olmert a choisi de lui donner encore plus de pouvoir. Le Conseil de Sécurité, qui tenait quotidiennement des sessions spéciales pour condamner Israël et laccusait de crimes de guerre, a été autorisé à dicter les clauses du cessez-le-feu. Et Israël a accepté la résolution qui permettait au Hezbollah de se réarmer et daffirmer son contrôle non seulement sur le sud-Liban, mais au nord du fleuve Litani.
Israël a également poussé avec enthousiasme à lextension de la force de la FINUL au sud-Liban, sous le contrôle de laquelle le Hezbollah a été autorisé à se réarmer, tandis quIsraël était empêché de mener des actions militaires pour neutraliser la menace croissante contre son territoire.
Et enfin il y a les Palestiniens. Le jour où Israël fête le 60ème anniversaire de la résolution 181, lONU porte le deuil, au cours dune journée officielle de solidarité avec le peuple palestinien. En effet, lONU marque cet anniversaire en adoptant une dizaine de résolutions condamnant Israël la plupart rédigées par les mêmes pays qui ont envoyé des représentants à Annapolis.
Lattitude envers les Palestiniens a été la même que celle à légard de lIran et du Hezbollah : le gouvernement Olmert a répondu à la radicalisation croissante de la société palestinienne en étendant lautorité de lONU sur le conflit. Et cette attitude nest nulle part plus visible que dans la promotion de lUNWRA (Agence de lONU pour les Réfugiés Palestiniens) par le gouvernement israélien. Après que le Hamas eut remporté les élections palestiniennes, en janvier 2006, Israël appela la communauté internationale à augmenter son soutien financier à lUNWRA. Cet organisme, qui gère les camps de réfugiés palestiniens, a permis que ceux-ci soient utilisés comme bases terroristes. Le seul objectif de lUNWRA est de perpétuer linfortune des soi-disant réfugiés palestiniens et de leurs descendants, en les empêchant de se réinstaller de façon permanente dans les pays où ils ont vécu durant quatre générations. Et pourtant, le gouvernement est devenu lun des avocats les plus fervents de ces agences de lUNWRA.
Le gouvernement Olmert dénigre ses critiques, qui font remarquer que la conférence dAnnapolis est nuisible pour la sécurité nationale dIsraël, et les taxe dopposants à la paix. Dans la même veine, il attaque les partisans dIsraël qui critiquent lONU pour sa ligne de conduite anti-israélienne. Le 18 novembre, des experts en droit international, des juristes américains et des diplomates israéliens à la retraite se sont réunis à New York pour une conférence intitulée: "Détournement des droits de lhomme: la diabolisation dIsraël par les Nations Unies", parrainée par le Touro College, le Hudson Institute (lun des plus anciens et plus prestigieux centres de réflexion stratégique aux Etats-Unis), et lAssociation Américaine des Avocats et Juristes Juifs. Le seul défenseur de lONU à ce conclave a été lambassadeur adjoint d'Israël à lONU, Daniel Carmon.
Carmon a banalisé leffet du traitement discriminatoire dIsraël par lONU, en le déclarant seulement déplaisant, et soutenu lutilité de lONU concernant lIran, les Palestiniens et le Hezbollah, état dans l'état au Liban. Il a réprimandé les Israéliens qui s'attaquaient à lONU et fait tout son possible pour démoraliser lauditoire.
Comme la dit à la revue Jewish Week Esther Kandel, une militante juive qui a participé à un groupe qui fait pression auprès du Congrès Américain pour la suppression du financement de lUNWRA, en raison de son soutien au terrorisme,
« Alors que nous travaillons à informer les membres du Congrès de la fraude et de la duplicité de lUNWRA, il nest pas utile davoir un représentant dIsraël qui dise que lUNWRA est une bonne chose. Je me sens minée et sabotée par le gouvernement dIsraël sur ce point".
Le problème auquel les partisans dIsraël sont confrontés quand ils s'opposent au gouvernement Olmert est le même que celui auquel se heurtent les Israéliens qui comprennent combien la politique étrangère du gouvernement est dangereuse et autodestructrice. Dans les deux cas, ceux qui décident de tout sont les "officiels" aveuglés qui croient avoir accompli quelque chose quand des Etats arabes et islamiques acceptent de siéger à la même table qu'eux (sans leur serrer la main) et condamnent lEtat juif en leur présence, et ce sont les mêmes "officiels" qui considèrent léchec de ladoption dune résolution insignifiante de l'Onu comme un grand succès diplomatique.
Tant quIsraël naura pas des dirigeants qui mènent une politique étrangère basée sur la reconnaissance de la réalité et la célébration des réalisations du Peuple juif, pour bâtir un Etat sûr, les partisans dIsraël continueront dêtre déconcertés par ce gouvernement israélien, et le peuple israélien continuera à être attaqué et humilié.
Caroline B. Glick *
© The Jerusalem Post
* C.B. Glick est collaboratrice du Middle East Fellow au "Center for Security Policy" à Washington, rédactrice en chef adjointe du Jerusalem Post.
[Traduction d'A. Soued aimablement transmise par G. Branstatter.]
Mis en ligne le 5 décembre 2007, par M.











