27 novembre 2007
Texte repris du blogue de Gérard Huber.
Pour ceux qui veulent à tout prix que « lénigme Al Dura » devienne une « Affaire », rien de mieux que le charabia et le galimatias.
Celui qui connaît les mille et une manières auxquelles les censeurs « démocratiques » ont eu recours pour empêcher que le grand public prenne connaissance de Contre-expertise dune mise en scène, ne pourra soupçonner son auteur dêtre daccord avec les pressions (on aimerait savoir lesquelles ?) quun site (on aimerait savoir lequel ?) a subies pour retirer un texte de Pierre-André Taguieff sur le reportage de France 2 (voir le site Medias-Ratings).
Mais celui qui me lit depuis le début de cette histoire ne sera pas non plus surpris, si jen déconstruis la fumeuse logique.
On me dit : Taguieff, cest comme les carabiniers, il arrive trop tard.
À quoi je réponds que mieux vaut tard que jamais, comme le montre le fait que, dans Prêcheurs de haine (2004), il se dit convaincu par la thèse défendue dans mon livre, quil restitue fidèlement.
Non, le reproche, cest plutôt que, comme Talal Abou Rahma, Charles Enderlin, ou Richard Landes, quoique, bien sûr, de manière différente, il se sert, à présent, de cette énigme, pour avancer ses idées obsessionnelles dans la confusion.
On me reproche : Cest toi qui sèmes la confusion, à un moment où il existe un front anti-Enderlin et quil ne faut surtout pas quil se lézarde.
À quoi je réponds que la vérité nayant pas de frontière, le combat pour la vérité nen a pas non plus. Je ne fais pas partie dun « front anti-Enderlin », je lai annoncé depuis le début, jen ai parlé avec lintéressé, et je nai pas lintention de changer davis. Je ne fais pas non plus partie dun front pro-Enderlin. Je ne fais partie que de moi-même, de ceux que jaime et que jestime. Mon principe : déjouer les plans de la guerre avec soi-même et communiquer librement avec ceux qui ne veulent pas en être les dupes. (Cela ma valu, naguère, quelque différend avec feu Jacques Derrida).
Alors, quest-ce quil a de si extraordinaire, ce texte ?
Ma réponse est claire : il porte la confusion jusquà son paroxysme.
1. Quel rapport y a-t-il entre le simulacre de meurtre de lenfant par les soldats israéliens et la légende du « crime rituel juif » ? Aucun, si ce nest celui que Taguieff introduit, pour faire tenir debout sa thèse. Cest justement parce que cette légende a fait long feu que le scénario du simulacre dassassinat a été conçu sous la forme que nous lui connaissons, et cest parce quil a marché, que des esprits en ont rajouté en tirant de loubli cette légende et en la réactualisant. De ce point de vue, les textes de Taguieff et de tant dautres (dont ceux de Landes) sont mûs par la pulsion de prendre part à cette réactualisation (tant ils croient en sa puissance), certes, pour la combattre, mais, dans les faits, pour courir derrière elle.
2. Pourquoi le scénario a-t-il marché dans les pays musulmans ? Labsurdité du raisonnement de Taguieff saute aux yeux, lorsquon se rend compte quil passe sous silence le fait que le monde musulman ne peut intérioriser les mythes antisémites qui proviennent du monde chrétien, quil juge « infidèle ». Si relais (plutôt que transfert) il y a, aujourdhui, entre la culture antisémite chrétienne (qui nest pas toute cette culture, bien entendu) et la culture antisémite musulmane (qui nest pas non plus toute cette culture, bien entendu aussi), cest parce que le fantasme de tuer en soi le Juif (car le cur de lantisémitisme, cest cela - voir mon livre, Guérir de lantisémitisme), se réinscrit sous nos yeux dans le cadre dune reconstruction du conflit légendaire entre les fils de Jacob : Isaac et Ismaël. Je rappelle que le scénario du « meurtre de Mohammed Al Dura » met en présence un fils et son père, devant un mur. La symbolique abrahamique est présente. Pour le scénariste, le mur renvoie à lobstacle qui se trouve devant le Dôme du Rocher, Jamal à Abraham, Mohammed à Ismaël. Le meurtre de Mohammed/Ismaël signifie que le temps où, sur le Mont Moriah, symbolisé par le mur, Isaac pouvait être protégé par son père et par le Dieu du sacrifice, est révolu. Pour le dire autrement, les Juifs ont tué leur Dieu, sauveur dIsaac. Il nest plus que ce Dieu tueur dIsmaël. Il sagit de lintrusion dune rupture théologique dans la lecture du Coran, lequel laisse apparaître une ambiguïté sur lidentité du fils (avec une préférence pour Ismaël), mais sans jamais mettre en doute quil est sauvé.
3. Pourquoi le scénario a-t-il marché ailleurs ? Affirmer que France 2 et tous les médias de la planète ont diffusé et rediffusé ces images « en véhiculant et renforçant le stéréotype du Juif criminel et pervers, assassin denfants » laisse entendre que le scénario a marché parce que les médias et leurs téléspectateurs y adhèrent. Ce soupçon est dune gravité exceptionnelle. Il met une conviction à la place dun effet hypnotique. Pas un seul instant Taguieff ne sinterroge sur le fait quil a lui-même gardé le silence sur cette histoire jusquen 2004, semble-t-il. Pas une seule seconde, il ne tente de se remettre en question et de percevoir leffet dhypnose qui est produit par le scandale de linfanticide. Pas un instant, il ne comprend que cest justement parce que les médias et les téléspectateurs ne croient pas à ce stéréotype quils sont sidérés et se comportent comme des somnambules. À cet égard, le commentaire quil donne de la réaction de la journaliste Catherine Nay est révélateur. Dun côté, il combat son idée que limage du petit Mohammed annule celle de lenfant juif, les mains en lair devant les SS, de lautre, il la juge estimable « par ailleurs ». Lineptie et loutrance de laffirmation de Nay auraient dû lui mettre la puce à loreille. Seule la conviction qui résulte de la suggestion hypnotique a pu la conduire à se déconsidérer de la sorte.
Alors il ny a rien à conserver de ce texte ?
Pour ce qui concerne lhistoire de la capture, de la diffusion et de la déconstruction de ces images le récit que Taguieff donne est trop touffu pour servir de référence. Il est clair quil lui manque toute une série de chaînons intermédiaires et que ce quil raconte nest pas conforme à la chronologie. Il vaut mieux sen remettre au travail rigoureux de Menahem Macina (http://www.upjf.org)
Pour ce qui concerne lactualité judiciaire, rien nest plus utile que de se référer au principal intéressé
Sagissant de son analyse des raisons « qui ont conduit le professionnel aguerri quest Charles Enderlin à sombrer dans la faute professionnelle », la pauvreté de ses explications est consternante : « idéologiquement vraisemblable » en 2005, alors que lévénement a lieu en 2000, « désir de scoop », comme si Enderlin avait choisi le scoop au prix de la défiguration dIsraël et de la guerre !
Et ce quil dit du déferlement médiatique de la haine antisémite sur les médias arabo-musulmans ?
Pour prendre connaissance de ce déferlement et lanalyser, il est possible de lire les analyses de Daniel Pipes, ou de
La question du rapport de force entre intégristes et démocrates est trop sérieuse pour être ramenée à une grille de lecture par ouï-dire.
© Gérard Huber
Mis en ligne le 28 novembre 2007, par M.











