Vous êtes :
Accueil » Tribune/Opinions» Contributeurs Spécialisés
Contributeurs Spécialisés
"Disproportion", par Bernard Henry-Lévy
| Opinion - 19 juillet 2006 |
|
L'Ambassade d'Israël en France nous propose la lecture de cet article de Bernard-Henri-Lévy, paru dans Le Point : |
Un mot qui revient bizarrement dans les commentaires, en Europe, de la riposte israélienne à la déclaration de guerre du Hezbollah : le mot « disproportion ».
Je ne suis, certes, pas grand expert en affaires militaires. Et je pense évidemment, moi aussi, que chacune de ces victimes civiles que lon appelle pudiquement, chez les stratèges, « dommage collatéral » est une tragédie.
Mais, cela étant dit, jai quand même envie de demander à ceux qui parlent ainsi comment ils réagiraient si des commandos de terroristes venaient, sur notre territoire, dans le plus total mépris, voire la négation, de nos frontières, kidnapper des soldats français.
Si des villes comme Strasbourg, Lille, ou Lyon se trouvaient, comme Sderot, Ashkelon et, maintenant, Haïfa, soumises à une pluie de Katiouchas faisant des dizaines à léchelle française des centaines dautres victimes civiles, dont le martyre vaut bien, il me semble, celui des Libanais.
Si la capitale même de notre pays se trouvait à la portée de missiles moyenne portée, Zelsal-1, servis par des artificiers iraniens dûment missionnés par Ahmadinejad, et si lon nous disait, comme vient de le faire, à propos de Tel-Aviv, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, que frapper Paris nest plus une hypothèse décole mais un but de guerre prioritaire doublé dune tâche sainte.
Jai envie de leur demander quelle était, selon eux, la réaction « proportionnée » dès lors que lauteur de ce type de déclarations et des frappes qui les accompagnent est, de notoriété publique, inspiré, financé, armé par un pays dont le président na jamais fait mystère de sa double détermination de se doter de larme atomique et, avec ou sans celle-ci, de rayer de la carte un Etat hébreu intrinsèquement pervers et criminel.
Jai envie de leur demander encore comment il était possible de bâtir une riposte qui eût épargné un Liban redevenu, pour son malheur, lotage didéologues et de chefs de guerre irresponsables qui nont eu de cesse que dy construire, en contradiction flagrante avec sa culture, son génie, ses traditions de tolérance, de cosmopolitisme et de paix, un Etat dans lEtat qui est, dabord, un Etat terroriste et qui menace toute la région, ainsi que, naturellement, les Libanais eux-mêmes jai envie de leur demander, oui, comment lon pouvait éviter dintervenir au Liban dès lors que le gouvernement de celui-ci compte plusieurs ministres Hezbollah ; que son président, Emile Lahoud, affirme, chaque fois quil en a loccasion, sa solidarité de principe avec les objectifs et la cause du Hezbollah ; que ses routes servent à acheminer roquettes, lance-missiles et transports de troupe vers les lignes de front et les fortins tenus par le Hezbollah ; et que cest à partir des stations radar de ses aéroports et, notamment, de celui de Beyrouth que lon localise les cibles maritimes israéliennes que vont, comme la semaine dernière, toucher les batteries Hezbollah.
Et puis, « disproportion » pour « disproportion », comment esquiver, pour finir, la vraie, la seule question qui vaille, et qui est de savoir où sont, aujourdhui, les progrès concrets de lesprit de modération et de mesure que chacun appelle de ses vux : chez les Israéliens, qui, sans être, loin sen faut, des anges, se sont retirés du Liban il y a six ans, de Gaza il y a six mois, et sont prêts, dans une large majorité, dût-il leur en coûter, comme en ce moment, des avalanches de bombes sur leurs villes et villages, à se retirer de Cisjordanie pour voir sy installer lEtat palestinien en formation ou chez des fous de Dieu qui se moquent comme dune guigne de voir se former quelque Etat palestinien que ce soit et nont, en réalité, dautre souci que de voir Israël disparaître ?
Car là est bien la ligne de partage.
Et tel est lenjeu, le seul enjeu, dune guerre presque plus radicale, en ce sens, que ne le furent les guerres israélo-arabes précédentes.
Dun côté, les partisans de la cohabitation de deux peuples apprenant, avec le temps, sans illusions ni angélisme, à négocier, faire la paix, puis peut-être, un jour, sentendre et saimer : ce sont, en Palestine, les amis de Mahmoud Abbas ; cest, dans le monde arabe en général, un nombre croissant de dirigeants et de représentants de lopinion éclairée ; et cest lessentiel, droite et gauche confondues, dune population dIsraël qui a fini par comprendre quil ny a pas dautre voie, à terme, que celle du partage de la terre.
Et, de lautre, les jusquau-boutistes dune cause qui na plus quun très lointain rapport, et avec la cause nationale palestinienne, et avec la souffrance qui la soutient : cest, à Gaza, le Hamas de Khaled Mechaal et cest, ici, au Liban, le Hezbollah ces deux piliers dun fascislamisme dont on ne répétera jamais assez que les marionnettistes se cachent à Damas et, surtout à Téhéran et dont les responsables sur le terrain sont visiblement prêts, si la victoire finale est à ce prix, à se battre jusquau dernier Libanais, Palestinien et, bien sûr, Juif".
Bernard-Henri-Lévy
© Le Point
|
Retrouvez plus d'information sur le site de lAmbassade dIsraël en France :
visionnez des vidéos, des cartes, consultez le catalogue de publications et commandez en ligne, accédez à Rachel, une présentation ludique et animée dIsraël pour les enfants, consultez les anciennes Newsletters, consultez les documents de référence et l'actualité.
Site de lAmbassade dIsraël en France : http://paris.mfa.gov.il |
Mis en ligne le 20 juillet 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











